Sire, la dépesche que j'ay faict à Voz Majestez, devant ceste cy, est
du IIIe du présent, et, despuy, m'ayant esté donné quelque adviz que
la prinse de la Charité, et le passaige de l'armée du duc de Deux
Pontz par dellà la rivière de Loyre, commançoient de remectre en
vigueur dans ce conseil la querelle de Callais, et encores d'aultres
partiz (que j'ay eu occasion d'avoir fort suspectz, pour me venir
devant les yeulx), que l'avance, qu'ilz ont faicte d'aulcuns deniers à
l'entreprinse des princes d'Allemaigne, n'a volontiers esté sans y
conclure quelque marché pour eulx, et qu'il y a aparance que le dict
Duc ne s'est hazardé d'entrer si avant en pays, sans estre bien
asseuré de leur intelligence; j'ay travaillé, par le prétexte de
négocier, avec les seigneurs du susdict conseil, d'aulcunes
particularitez (comme de la prinse de mon paquet;--de la pleincte que
j'ay dernièrement faicte à la Royne, leur Mestresse, touchant le
mauvais office de ses agentz en Allemaigne;--de ma réplicque sur les
responces qu'ilz ont données à mes précédantes remonstrances,
laquelle, tout exprès, je leur ay de nouveau baillée par escript;--et
du faict de la Royne d'Escoce); de tirer principallement quelque
notice de ceste aultre affère, dont ay aprins, Sire, que, à la vérité,
il a esté par aulcuns miz en avant de se prévaloir de la présente
occasion des adversitez de vostre royaulme, et qu'il ne failloit
qu'ilz s'attendissent d'en avoir jamais une aultre plus à propos, pour
pouvoir fère leurs besoignes en France. Mais, ou soit pour la
naturelle inclination, que ceste Royne a à la paix; ou pour la
recordation du Hâvre de Grâce; ou pour n'estre les principaulx
seigneurs accordans à la guerre, ou pour n'avoir bien prest ce qui
leur faict besoing pour la commancer, ou encores, qui est plus à
croyre, pour estre le playsir de Dieu d'ainsy disposer meintennant les
personnes et les présens affères de ce royaulme, la dellibération
n'est passée si avant que je vous en veuille encores mettre en peyne,
et je travailleray cependant, aultant qu'il me sera possible, de la
divertir du tout.
Seulement, Mr. l'admyral d'Angleterre, sur une grande crierye et
remonstrance qu'il a faicte, comme il estoit bien adverty qu'après
avoir, à mon instance, et pour satisfère à Vostre Majesté, nettoyé, de
leur costé, la mer de pirates, l'on armoit meintennant navyres et
vaysseaulx à force, par toutz les portz et hâvres de vostre royaulme,
pour remplir vostre mer, de dellà, de nouveaulx pillartz, et ayant
touché aussi quelque mot du passaige de voz gallères par deçà, il a
obtenu commission de pourvoir dilligentment à tout ce qu'il verra
estre requiz, concernant le faict de sa charge, pour garder que les
pays et subjectz de la dicte Dame ne soyent ny offancés, ny surprins.
Et ainsy, luy et Me. Cecille ont esté, despuys trois jours, à Gélingan
donner ordre de rabiller et mettre promptement en équipage toutz les
grandz navyres de guerre, pour s'en pouvoir servir au besoing; et Me.
Ouynter, qui est desjà de retour, avec cinq de ceulx qu'il avoit mené
en Hembourg, se tient à Haruich, sur l'emboucheure de la Tamize, avec
tout son équipage, sans rien licencier, et les monstres généralles
continuent se fère par ce royaulme, avec quelque aprest d'armes, en
quoy, à la vérité, ilz procèdent de la plus grande aparance et
démonstration qu'ilz peuvent, pour donner expectation de quelque
grande chose aulx leurs et aulx estrangiers; mais je ne descouvre,
pour encores, qu'ilz ayent en main aulcune déterminée entreprinse
contre Vostre Majesté; tant y a que, comme je ne vous veulx donner
allarme de ce costé que le plus tard que je pourray, bien qu'on
s'esforce de me la fère desjà prendre bien grande, aussi vous supliè
je, Sire, de n'en demeurer en tant de confiance que ne commandiez
toutjour aulx gouverneurs et capitaines, d'icelle partie de vostre
frontière qui regarde ce royaulme, de ne la laysser desgarnye, et
qu'ilz ayent à prendre toutjour garde aulx surprinses qui s'y
pourroient fère, qui sera ung vray moyen pour mieulx conserver la
paix.
Du reste, l'on m'a faict aparoir, touchant l'interception de mon
paquet, que, à la vérité, le postillon, qui le pourtoit, estoit passé
en la compaignye d'un gentilhomme angloix, nommé Trassan, qui avoit
demeuré absent unze ans hors du pays, et avec d'aultres escolliers
angloix, qui venoient de Louvain, qu'on a souspeçonné estre toutz
envoyez pour servir d'espyes par deçà, lesquelz ont esté despuys miz
en pryson. Et, de ma remonstrance touchant les mauvaiz offices que les
agentz de ceste Royne faisoient en Allemaigne, aulcuns du dict conseil
m'ont asseuré que ce que la dicte Dame m'en avoit respondu estoit
vray; aultres m'ont dict que, pour n'avoir eu cognoissance de toutes
ces despesches d'Allemaigne, ilz ne me vouloient asseurer de rien, ce
qui monstre qu'il en est quelque chose, mais qu'il est secrètement
conduict; tant y a que j'ay quelque adviz que, despuys ma dicte
dernière audience, cest ordre de fornyr XL mille {lt} esterlin, par
les marchans de Londres, ès mains de Quillegrey, dont j'ay faict
mencion en mes précédantes, et l'emprunct de cent mille {lt} esterlin,
sur les bien aysez de ce royaulme, a esté aulcunement révoqué, et
qu'en lieu de ce, a esté seulement donné commission au maire de ceste
ville d'empruncter sur le crédict de la chambre de Londres, qui est
comme sur la mayson de ville de Paris, par lettres du privé scel,
XVIII ou XX mille {lt} esterlin, qui est soixante quinze mille escuz,
et rien davantaige; sinon qu'on est après à fornyr vingt huict mille
florins de plus pour retirer deux obligations de pareille somme, qui a
esté naguières employée en quelque lieu d'Allemaigne, au nom de la
dicte Dame; que touchant les aultres particullaritez, dont j'ai faict
instance, pour asseurer la mer et le commerce par deçà aulx Françoys,
et leur rendre leurs biens et navyres, qui y sont arrestez, et fère
cesser le traffic de la Rochelle, qu'il m'y sera si bien satisfaict
que j'en demeureray contant. Dont retournant, ceste après diner,
trouver la dicte Dame et iceulx seigneurs, sur l'occasion de vostre
dépesche du XXVIIIe du passé, que j'ay receu le Ve d'estuy cy, et sur
celle du IIe du présent, que le Sr. de Vassal, ung des miens, me
vient, tout présentement, de bailler, je mettray peyne d'avoir une
finalle résolution de toutes ces choses, et de confirmer la volonté de
ceste princesse et de ces seigneurs, tant qu'il me sera possible, en
la continuation de la paix.
La flotte de la Rochelle n'est encores de retour, de laquelle devisant
hyer avec ung seigneur de ceste court d'où pouvoit venir l'occasion du
retardement, veu qu'elle avoit arrivé le VIIIe de may au dict lieu, et
qu'on ne met guières à charger grande quantité de sel, et qu'il a
despuys faict fort bon vent pour revenir, il m'a dict qu'il
souspeçonnoit que ceulx du dict lieu pourroient bien avoir retenu les
vaysseaulx de la dicte flotte, pour s'en servir à transporter des
hommes à quelque aultre quartier, affin de se pouvoir plus ayséement
joindre à leurs aultres troupes, ou bien pour faire quelque aultre
entreprinse; mais encores qu'aulcuns de deçà fussent, possible, bien
consentans de telle chose, il me pouvoit asseurer que ce n'estoit au
moins par dellibération du conseil, et qu'il croyoit que la Royne, sa
Mestresse, n'en sçavoit rien.
Ceulx cy ont commancé procéder de quelque modération sur les affères
qu'ilz ont avec le Roy d'Espaigne, ayant le maire de ceste ville,
despuys deux jours, miz en liberté envyron cent pouvres Espaignolz
maryniers, qui estoient dettenuz prisonniers en ceste ville despuys le
commancement de ces prinses, et bien qu'on ayt serché, du
commancement, de les délivrer soubz caution de dix escuz pour teste,
en cas que les choses passassent à quelque ouverture de guerre;
néantmoins, après que monsieur l'ambassadeur d'Espaigne a eu
remonstré que telle chose s'esloigneroit trop de la bonne paix d'entre
Leurs Catholique et Sérenissime Majestez, qui ne debvoit estre mise en
tel doubte, et que, mesmes, le duc d'Alve, naguières, luy estant
admené plusieurs pouvres maryniers et pescheurs anglois, prins sur la
coste de Zélande, les avoit toutz renvoyez sans en retenir ung seul,
le dict maire a, par ordonnance de ce conseil, franchement dellivré
les dictz Espaignolz, et les a desjà faictz embarquer pour les passer
en Flandres. Qui est tout ce que, pour ceste foys, je diray à Vostre
Majesté, à laquelle baysant en cest endroict très humblement les
mains, je prieray atant le Créateur qu'il vous doinct, etc.
De Londres ce Xe de juing 1569.
L'on me vient présentement d'advertyr qu'il a esté mandé à Me. Oynter
de ramener les cinq grandz navyres dans la rivière de Rochestre; s'il
est ainsy, c'est signe qu'on ne veult point encores rien entreprendre.
Monsieur le cardinal de Chatillon n'a point esté en ceste court
despuys la nouvelle de la mort de son frère, de laquelle l'on dict
qu'il porte un extrême regrect; il s'en est allé à quelques beings,
qui sont par dellà Oxfort.