A LA ROYNE.

Madame, il vous plairra veoir, en la lettre du Roy, le compte, que je

donne à Voz Majestez, de certains propoz que j'ay naguières tenuz à la

Royne d'Angleterre et des responces qu'elle m'y a faictes, parmy

lesquelles j'ay recuilly de ses discours aulcunes aultres

particularitez, que je réserve vous fère entendre par le premier des

miens que je vous dépescheray; et vous diray davantaige, Madame, que

j'ay adviz qu'on a, secrètement et en grand dilligence, dépesché le

Sr. Gilles Grays, avec ung brigantin à rames, devers Me. Oynter, pour

luy dire qu'aussitost qu'il aura conduict la flotte en Hembourg, il

ayt à la laysser là, et qu'avec les grandz navyres, hommes et tout son

aultre équipaige de guerre, il fasse incontinent voyle vers les

quartiers d'Escoce; mais je n'ay encores descouvert pour quelle

occasion, seulement je présume que c'est pour s'opposer à

l'entreprinse qu'on leur a persuadée du capitaine St. Martin, de

laquelle je vous ay naguières faict mencion, ou bien pour remédier

aulx affères d'Irlande. Je travailleray d'en sçavoir la certitude.

L'on a vollu, ici, calompnier la nouvelle de la mort de Mr. Dandellot,

affirmans y avoir lettre, du VIIe de ce moys, de la Rochelle, qui

monstroit le contraire; mais j'entendz que, devant hyer, il vint

lettres à ceste Royne de son ambassadeur, Mr. Norrys, par lesquelles

il luy en confirme la mort, et luy mande davantaige qu'il y a gens en

vostre court, qui poursuyvent leur reccompence pour avoir empoysonné

Mr. l'Admyral, Dandellot, de La Rochefoucault et de Montgommery,

jouxte la certitude, qui aparoit desjà, de ce qui est advenu du dict

Sr. Dandellot, lequel ayant esté ouvert s'est trouvé empoysonné, et

que, sur leur vye, il s'ensuyvra bientost la semblable espreuve des

aultres; et que le duc de Deux Pontz a passé la rivière de Loyre à la

Charité, dellibérant s'acheminer, par Dun le Roy et Bourges, droict à

l'exécution de son entreprinse sellon sa première intention, et que

Voz Majestez estiez à Orléans pour assembler vostre camp. Lesquelles

nouvelles ont diversement esmeu ceste court; dont je prendray garde si

elles y produyront rien de nouveau.

Au surplus, la pratique d'accord que je vous ay mandée, qu'on

commançoit avec l'ambassadeur d'Espaigne, qui est icy, se continue

toutjour, mais assés froidement, et la met on en termes, par des

personnes qui s'en meslent, sans fère semblant d'y estre employez;

mais il y aparoit une telle jalouzie et compétance des entremetteurs,

que je ne voy que cella preigne encores ung si droict chemyn qu'il

s'en puysse espérer, de long temps, la conclusion. Une chose, à la

vérité, y concourt des deux costez, c'est ung desir d'accorder et

évitter la guerre, et n'y a que la formalité et le poinct de la

réputation, et quelque partie de la restitution qui y met le

retardement. Je bayse très humblement les mains de Vostre Majesté, et

prie Dieu qu'il vous doinct, Madame, en parfaite santé, très longue

vie et toute la prospérité que vous désire.

De Londres ce IIIe de juing 1569.

Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Second Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 15 / 189 题