A CLAIR MATIN

La nuit au loin s'est effacée

comme les lignes tremblantes d'un rêve;

la nuit s'est fondue au courant du Passé

et le jour attendu se lève.

Regardez! en les courbes molles des rideaux

une heure attendue se révèle

et ma fenêtre enfin s'éclaire,

cristalline du gîvre où se rit la lumière.

Une parure enfantine de neiges

habille là-bas d'immobiles eaux

et c'est les cortèges des fées nouvelles

à tire d'ailes, à tire d'ailes

du grand lointain qui toutes reviennent

aux flocons de ce jour en neiges qui s'épèle.

Des courbes de mes rideaux clairs

--voici! c'est un parfum de ciel!--

blanc des guirlandes de l'hiver

le jeune matin m'est apparu

avec un visage de fiancée.

Des fées

(ah je ne sais quelles mortelles fées)

jadis elles vinrent toucher la paupière

d'un être enfantin qui mourut.

Son âme, où se jouait en songes la lumière,

diaphane corolle épanouie au jour

son âme était vive de toute lumière!

Lui, comme un frère il suivait ma course

et nous allions en confiants de la montagne à la vallée

par les forêts des chênes, des hêtres

--car eux, les ancêtres, ils ont le front grave

ils virent maints rêves des autres âges

et nous parlent, très doucement, comme nos Pères.

Mais voyez! à mes rideaux pâles

le matin glisse des sourires;

car la Fiancée est venue

car la Fiancée est venue

avec un simple et très doux visage,

avec des mots qu'on n'entend pas,

en silence la Fiancée est apparue

comme une grande sœur de l'enfant qui mourut;

et les hêtres, les chênes royaux des forêts

par douce vocalise égrenant leur parure,

les voix ressuscitées en la plaine sonore

et toute la forêt d'aurore

quand elle secoue du crépuscule sa chevelure,

tout chante, bruit, pétille et rayonne

car la céleste Joie que la clarté délivre

d'un hymne répercute aux miroirs du futur

le front pâle où scintille en étoiles le givre.

_--Albert Mockel in "La Wallonie," Dernier fascicule, '92._

I have left Gide and Van Lerberghe unquoted, unmentioned, but I have, I

dare say, given poems enough to indicate the quality and the scope of

the poetry in _La Wallonie_.

In prose their cousinage is perhaps more quickly apparent. Almost the

first sentence I come upon (I suspect it is Mockel's) runs as follows:

"_La Revue des deux Mondes_ publie un roman de Georges Ohnet ce qui ne

surprendra personne."

This is the proper tone to use when dealing with elderly muttonheads;

with the _Harpers_ of yester year. _La Wallonie_ found it out in the

eighties. The symboliste movement flourished on it. American letters did

not flourish, partly perhaps for the lack of it, and for the lack of

unbridled uncompromising magazines run by young men who did not care for

_reputations surfaites_, for elderly stodge and stupidity.

If we turn to Mockel's death notice for Jules Laforgue we will find _La

Wallonie_ in '87 awake to the value of contemporary achievement:

Instigations Together with An Essay on the Chinese Written Character · 第 90 / 178 题