En hiver, dans la chambre claire,
Tout en haut de la maison,
Le poêle de faïence blanche,
Cerclé de cuivre, provincial, doux,
Chauffait mes doigts et mes livres.
Et le peuplier mandarine,
Dans le soir d'argent dédoré,
Dressait, en silence, ses branches,
Devant ma fenêtre close.
--Mère, le printemps aux doigts tièdes
A soulevé l'espagnolette
De mes fenêtres sans rideaux.
Faites taire toutes ces voix qui montent
Jusqu'à ma table de travail.
--Ce sont les amies de ma mère
Et de la mère de ton père,
Qui causent de leurs maris morts,
Et de leurs fils partis.
--Avec, au coin de leurs lèvres,
Ces moustaches de café au lait?
Et dans leurs mains ces tartines?
Dans leurs bouches ces Kouguelofs?
--Ce sont des cavales anciennes
Qui mâchonnent le peu d'herbe douce
Que Dieu veut bien leur laisser.
--Mère, les maîtres sensibles
Lâchent les juments inutiles
Dans les prés, non dans mon jardin!
--Sois tranquille, mon fils, sois tranquille,
Elles ne brouteront pas tes fleurs.
--Mère, que n'y occupent-elles leurs lèvres,
Et leurs trop courtes dents trop blanches
De porcelaine trop fragile!
--Mon fils, fermez votre fenêtre.
Mon fils, vous n'êtes pas chrétien!