1971: LE PROJET GUTENBERG EST LA PREMIERE BIBLIOTHEQUE NUMERIQUE

= [Résumé]

Fondé par Michael Hart en juillet 1971 alors qu’il était étudiant à

l’Université d’Illinois (Etats-Unis), le Projet Gutenberg a pour but de

diffuser gratuitement par voie électronique le plus grand nombre

possible d’oeuvres du domaine public. «Nous considérons le texte

électronique comme un nouveau médium, sans véritable relation avec le

papier, écrit Michael. Le seul point commun est que nous diffusons les

mêmes oeuvres, mais je ne vois pas comment le papier peut concurrencer

le texte électronique une fois que les gens y sont habitués,

particulièrement dans les établissements d'enseignement.» Lorsque

l’utilisation du web se généralise dans les années 1990, le Projet

Gutenberg trouve un second souffle et un rayonnement international. Au

fil des ans, des centaines d’oeuvres sont patiemment numérisées en mode

texte par des milliers de volontaires. D’abord essentiellement

anglophones, les collections deviennent peu à peu multilingues. Le

Projet Gutenberg Europe débute en janvier 2004. Le Projet Gutenberg

franchit la barre des 20.000 titres en décembre 2006 et celle des

25.000 titres en avril 2008.

= Un pari depuis 38 ans

# Gestation

Quels furent les tous débuts du projet? Alors étudiant à l’Université

d’Illinois (Etats-Unis), Michael Hart se voit attribuer quelques

millions de dollars de «temps machine» dans le laboratoire informatique

(Materials Research Lab) de son université. Le 4 juillet 1971, jour de

la fête nationale, il saisit "The United States Declaration of

Independence" (Déclaration de l’indépendance des Etats-Unis, signée le

4 juillet 1776) sur le clavier de son ordinateur. En caractères

majuscules, puisque les caractères minuscules n’existent pas encore. Le

texte électronique représente 5 Ko (kilo-octets). Mais l’envoi d’un

fichier de 5 Ko à la centaine de personnes que représente le réseau de

l’époque aurait fait imploser celui-ci, la bande passante étant infime.

Michael diffuse donc un message indiquant où le texte est stocké - sans

lien hypertexte toutefois, puisque le web ne voit le jour que vingt ans

après - suite à quoi le fichier est téléchargé par six personnes.

Dans la foulée, Michael décide de consacrer ce crédit-temps de quelques

millions de dollars à la recherche des oeuvres du domaine public

disponibles en bibliothèque et à la numérisation de celles-ci. Il

décide aussi de stocker les textes électroniques de la manière la plus

simple possible, au format ASCII, pour que ces textes puissent être lus

sans problème quels que soient la machine, la plateforme et le logiciel

utilisés. Au lieu d’être un ensemble de pages reliées, le livre devient

un texte électronique que l’on peut dérouler en continu, avec des

lettres capitales pour les termes en italique, en gras et soulignés de

la version imprimée.

Peu après, Michael définit la mission du Projet Gutenberg: mettre à la

disposition de tous, par voie électronique, le plus grand nombre

possible d’oeuvres du domaine public. «Nous considérons le texte

électronique comme un nouveau médium, sans véritable relation avec le

papier, explique-t-il plus tard, en août 1998. Le seul point commun est

que nous diffusons les mêmes oeuvres, mais je ne vois pas comment le

papier peut concurrencer le texte électronique une fois que les gens y

sont habitués, particulièrement dans les écoles.»

Après avoir saisi "The United States Declaration of Independence en

1971", Michael poursuit ses efforts en 1972 en saisissant un texte plus

long, "The United States Bill of Rights" (Déclaration des droits

américaine). Cette Déclaration des droits comprend les dix premiers

amendements ajoutés en 1789 à la Constitution des Etats-Unis (qui date

elle-même de 1787), et définissant les droits individuels des citoyens

et les pouvoirs respectifs du gouvernement fédéral et des Etats. En

1973, un volontaire saisit "The United States Constitution"

(Constitution des Etats-Unis) dans son entier.

# Persévérance

D’année en année, la capacité de la disquette augmente régulièrement -

le disque dur n’existe pas encore - si bien qu'il est possible

d’envisager des fichiers de plus en plus volumineux. Des volontaires

entreprennent la numérisation de la Bible, composée elle-même de

plusieurs livres, qui peuvent être traités séparément et occuper chacun

un fichier différent.

Michael Hart débute la saisie des oeuvres complètes de Shakespeare, une

pièce après l’autre, avec un fichier pour chaque pièce. Cette version

n'est d’ailleurs jamais mise en ligne, du fait d’une loi plus

contraignante sur le copyright entrée en vigueur dans l’intervalle, et

qui vise non pas le texte de Shakespeare, tombé depuis longtemps dans

le domaine public, mais les commentaires et notes de l'édition

correspondante. D’autres éditions annotées appartenant au domaine

public seront mises en ligne quelques années plus tard.

Parallèlement, l’internet, qui était encore embryonnaire en 1971,

débute véritablement en 1974, suite à la création du protocole TCP/IP

(transmission control protocol/internet protocol). En 1983, le réseau

est en plein essor.

# De 10 à 1.000 ebooks

En août 1989, le Projet Gutenberg met en ligne son dixième texte, "The

King James Bible", publiée pour la première fois en 1611 et dont la

version la plus connue date de 1769. L'ensemble des fichiers de

l'Ancien Testament et du Nouveau Testament représente 5 Mo (méga-

octets).

En 1990, les internautes sont au nombre de 250.000, et le standard en

vigueur est la disquette de 360 Ko. En janvier 1991, Michael Hart

saisit "Alice’s Adventures in Wonderland" (Alice au pays des

merveilles) de Lewis Carroll (paru en 1865). En juillet de la même

année, il saisit "Peter Pan" de James M. Barrie (paru en 1904). Ces

deux classiques de la littérature enfantine tiennent chacun sur une

disquette standard.

Arrive ensuite le web, opérationnel en 1991. Le premier navigateur,

Mosaic, apparaît en novembre 1993. Lorsque l’utilisation du web se

généralise, il devient plus facile de faire circuler les textes

électroniques et de recruter des volontaires.

Le Projet Gutenberg rode sa méthode de travail, avec la numérisation

d’un texte par mois en 1991, deux textes par mois en 1992, quatre

textes par mois en 1993 et huit textes par mois en 1994.

En janvier 1994, le Projet Gutenberg fête son centième livre avec la

mise en ligne de "The Complete Works of William Shakespeare" (Les

oeuvres complètes de William Shakespeare). Shakespeare écrivit

l'essentiel de son oeuvre entre 1590 et 1613.

La production continue ensuite d’augmenter, avec une moyenne de 8

textes par mois en 1994, 16 textes par mois en 1995 et 32 textes par

mois en 1996.

Comme on le voit, entre 1991 et 1996, la production double chaque

année. Tout en continuant de numériser des livres, Michael coordonne

désormais le travail de dizaines de volontaires.

Depuis la fin 1993, le Projet Gutenberg s’articule en trois grands

secteurs: a) Light Literature (littérature de divertissement), qui

inclut par exemple "Alice’s Adventures in Wonderland", "Peter Pan" ou

"Aesop’s Fables" (Les Fables d’Esope); b) Heavy Literature (littérature

«sérieuse»), qui inclut par exemple La Bible, les oeuvres de

Shakespeare ou "Moby Dick"; c) Reference Literature (littérature de

référence), composée d’encyclopédies et de dictionnaires, par exemple

le "Roget’s Thesaurus". Cette présentation en trois secteurs est

abandonnée par la suite pour laisser place à un classement par

rubriques plus détaillé.

Le Projet Gutenberg se veut universel, aussi bien pour les oeuvres

choisies que pour le public visé, le but étant de mettre la littérature

à la disposition de tous, en dépassant largement le public habituel des

étudiants et des enseignants. Le secteur consacré à la littérature de

divertissement est destiné à amener devant l’écran un public très

divers, par exemple des enfants et leurs grands-parents recherchant le

texte électronique de "Peter Pan" après avoir vu le film Hook, ou

recherchant la version électronique d’"Alice au pays des merveilles"

après avoir regardé l'adaptation filmée à la télévision, ou recherchant

l’origine d’une citation littéraire après avoir vu un épisode de Star

Trek. Pratiquement tous les épisodes de Star Trek citent des livres

ayant leur correspondant numérique dans le Projet Gutenberg.

L’objectif est donc que le public, qu’il soit familier ou non avec le

livre imprimé, puisse facilement retrouver des textes entendus dans des

conversations, des films, des musiques, ou alors lus dans d’autres

livres, journaux et magazines. Les fichiers électroniques prennent peu

de place grâce à l’utilisation du format ASCII. On peut facilement les

télécharger par le biais de la ligne téléphonique. La recherche

textuelle est tout aussi simple. Il suffit d’utiliser la fonction

«chercher» présente dans n’importe quel logiciel.

En 1997, la production est toujours de 32 titres par mois. En juin

1997, le Projet Gutenberg met en ligne "The Merry Adventures of Robin

Hood" (Les aventures de Robin des Bois) de Howard Pyle (paru en 1883).

En août 1997, il met en ligne son millième texte électronique, "La

Divina Commedia" (La Divine Comédie) de Dante Alighieri (parue en

1321), dans sa langue d’origine, en italien.

En août 1998, Michael Hart écrit: «Mon projet est de mettre 10.000

textes électroniques sur l’internet. (Ce sera chose faite en octobre

2003, ndlr.) Si je pouvais avoir des subventions importantes,

j’aimerais aller jusqu’à un million et étendre aussi le nombre de nos

usagers potentiels de 1,x% à 10% de la population mondiale, ce qui

représenterait la diffusion de 1.000 fois un milliard de textes

électroniques, au lieu d’un milliard seulement.»

# De 1.000 à 10.000 ebooks

Entre 1998 et 2000, la moyenne est constante, avec 36 textes par mois.

En mai 1999, les collections comptent 2.000 livres. Le 2.000e texte est

Don Quijote (Don Quichotte) de Cervantès (paru en 1605), dans sa langue

d’origine, en espagnol.

Disponible en décembre 2000, le 3.000e titre est le troisième volume de

"A l’ombre des jeunes filles en fleurs" de Marcel Proust (paru en

1919), dans sa langue d'origine, en français. La moyenne passe à 104

livres par mois en 2001.

Mis en ligne en octobre 2001, le 4.000e texte est "The French Immortals

Series" (La série des Immortels français), dans sa traduction anglaise.

Publié à Paris en 1905 par la Maison Mazarin, ce livre rassemble

plusieurs fictions d’écrivains couronnés par l’Académie française,

comme Emile Souvestre, Pierre Loti, Hector Malot, Charles de Bernard,

Alphonse Daudet, etc.

Disponible en avril 2002, le 5.000e texte est "The Notebooks of

Leonardo da Vinci" (Les Carnets de Léonard de Vinci), qui datent du

début du 16e siècle. Un texte qui, en 2009, se trouve toujours dans le

Top 100 des livres téléchargés.

En 1988, Michael Hart choisit de numériser "Alice’s Adventures in

Wonderland" et "Peter Pan" parce que, dans l’un et l’autre cas, leur

version numérisée tient sur une disquette de 360 Ko, le standard de

l’époque. Quinze ans plus tard, en 2002, on dispose de disquettes de

1,44 Mo et on peut aisément compresser les fichiers en les zippant. Un

fichier standard peut désormais comporter trois millions de caractères,

plus qu’il n’en faut pour un livre de taille moyenne, puisqu'un roman

de 300 pages numérisé au format ASCII représente un mégaoctet. Un livre

volumineux tient sur deux fichiers ASCII, téléchargeables tels quels ou

en version zippée. Cinquante heures environ sont nécessaires pour

sélectionner un livre de taille moyenne, vérifier qu’il est bien du

domaine public, le scanner, le corriger, le formater et le mettre en

page.

Quelques numéros de livres sont réservés pour l’avenir, par exemple le

numéro 1984 (eBook #1984) pour le roman éponyme de George Orwell,

publié en 1949, et qui est donc loin d’être tombé dans le domaine

public.

En 2002, les collections s’accroissent de 203 titres par mois. Au

printemps 2002, elles représentent le quart des oeuvres du domaine

public en accès libre sur le web, recensées de manière pratiquement

exhaustive par l’Internet Public Library (IPL). Un beau résultat dû au

patient travail de milliers de volontaires actifs dans de nombreux

pays.

1.000 livres en août 1997, 2.000 livres en mai 1999, 3.000 livres en

décembre 2000, 4.000 livres en octobre 2001, 5.000 livres en avril

2002, 10.000 livres en octobre 2003. Le 10.000e livre est The Magna

Carta, qui fut le premier texte constitutionnel anglais, signé en 1215.

Entre avril 2002 et octobre 2003, les collections doublent, passant de

5.000 à 10.000 livres en dix-huit mois. La moyenne mensuelle est de 348

livres numérisés en 2003.

Dix mille livres. Un chiffre impressionnant quand on pense à ce que

cela représente de pages scannées, relues et corrigées. Cette

croissance rapide est due à l’activité de Distributed Proofreaders

(DP), un site conçu en 2000 par Charles Franks pour permettre la

correction partagée. Les volontaires choisissent un livre en cours de

traitement pour relire et corriger une page donnée. Chacun travaille à

son propre rythme. A titre indicatif, il est conseillé de relire une

page par jour. C’est peu de temps sur une journée, et c’est beaucoup

pour le projet.

En août 2003, un CD "Best of Gutenberg" est disponible avec une

sélection de 600 livres. En décembre 2003, date à laquelle le Projet

Gutenberg franchit la barre des 10.000 livres, la quasi-totalité des

livres (9.400 livres) est gravée sur un DVD. CD et DVD sont envoyés

gratuitement à qui en fait la demande. Libre ensuite à chacun de faire

autant de copies que possible et de les distribuer autour de soi.

# De 10.000 à 20.000 ebooks

En décembre 2003, les collections approchent les 11.000 livres.

Plusieurs formats sont désormais présents, par exemple les formats

HTML, XML et RTF, le format principal - et obligatoire - restant

l’ASCII. Le tout représente 46.000 fichiers, soit une capacité totale

de 110 gigaoctets. Le 13 février 2004, date de la conférence de Michael

Hart au siège de l’UNESCO à Paris, les collections comprennent très

exactement 11.340 livres dans 25 langues. En mai 2004, les 12.500

livres disponibles représentent 100.000 fichiers dans vingt formats

différents, soit une capacité totale de 135 Go (giga-octets), destinée

à doubler chaque année avec l’ajout d'environ 300 livres par mois (338

livres en 2004).

Parallèlement, le Project Gutenberg Consortia Center (PGCC), qui avait

été lancé en 1997 pour rassembler des collections de livres numériques

déjà existantes et provenant de sources extérieures, est officiellement

affilié au Projet Gutenberg en 2003.

Par ailleurs, un projet européen est lancé à l’instigation du Projet

Rastko, basé à Belgrade, en Serbie. Distributed Proofreaders Europe

débute en décembre 2003, et Projet Gutenberg Europe en janvier 2004,

avec cent livres disponibles en avril 2005. Les livres sont en

plusieurs langues pour refléter la diversité linguistique prévalant en

Europe, avec cent langues prévues sur le long terme.

En janvier 2005, le Projet Gutenberg fête ses 15.000 livres, avec la

mise en ligne de "The Life of Reason" de George Santayana (paru en

1906).

En juin 2005, le nombre de livres s’élève à 16.000. Si 25 langues

seulement étaient présentes en février 2004, 42 langues sont

représentées en juin 2005, dont l’iroquois, le sanscrit et les langues

mayas.En décembre 2006, on compte 50 langues. A la date du 16 décembre

2006, les langues comprenant plus de 50 titres sont l’anglais (17.377

livres), le français (966 titres), l’allemand (412 titres), le finnois

(344 titres), le hollandais (244 titres), l’espagnol (140 titres),

l’italien (102 titres), le chinois (69 titres), le portugais (68

titres) et le tagalogue (51 titres).

Lancé en août 2001, le Project Gutenberg Australia fête ses 500 livres

en juillet 2005, tandis que le Project Gutenberg Canada est en

gestation, tout comme un Projet Gutenberg au Portugal et un autre aux

Philippines.

En décembre 2006, le Projet Gutenberg franchit la barre des 20.000

livres. Le 20.000e livre est un livre audio, "Twenty Thousand Leagues

Under the Sea", version anglaise de "Vingt mille lieues sous les mers

de Jules Verne" (publié en 1869). La moyenne est de 345 nouveaux livres

par mois en 2006.

S'il a fallu 32 ans, de juillet 1971 à octobre 2003, pour numériser les

10.000 premiers livres, il n’aura fallu que trois ans et deux mois,

d’octobre 2003 à décembre 2006, pour numériser les 10.000 livres

suivants.

A la même date, le Project Gutenberg Australia approche les 1.500

livres (c'est chose faite en avril 2007) et le Projet Gutenberg Europe

compte 400 livres.

La section Project Gutenberg PrePrints débute en janvier 2006 pour

accueillir de nouveaux documents suffisamment intéressants pour être

mis en ligne, mais ne pouvant être intégrés aux collections existantes

sans traitement ultérieur par des volontaires, pour diverses raisons:

collections incomplètes, qualité insuffisante, conversion souhaitée

dans un autre format, etc. Cette section comprend 379 titres en

décembre 2006.

# Des dizaines de milliers d'ebooks

Project Gutenberg News débute en novembre 2006 à l’instigation de Mike

Cook. Il s'agit d'un site web qui complète la lettre d’information

hebdomadaire et mensuelle existant depuis nombre d'années. Le site

offre par exemple les statistiques de production hebdomadaires,

mensuelles et annuelles depuis 2001. La production hebdomadaire est de

24 livres en 2001, 47 livres en 2002, 79 livres en 2003, 78 livres en

2004, 58 livres en 2005, 80 livres en 2006 et 78 livres en 2007. La

production mensuelle est de 104 livres en 2001, 203 livres en 2002, 348

livres en 2003, 338 livres en 2004, 252 livres en 2005, 345 livres en

2006 et 338 livres en 2007. La production annuelle est de 1.244 livres

en 2001, 2.432 livres en 2002, 4.176 livres en 2003, 4.058 livres en

2004, 3.019 livres en 2005, 4.141 livres en 2006 et 4.049 livres en

2007.

Le Projet Gutenberg Canada (PGC) voit le jour le 1er juillet 2007, le

jour de la fête nationale, à l'instigation de Michael Shepard et David

Jones. Il est suivi de Distributed Proofreaders Canada (DPC), avec une

production qui débute en décembre 2007. Les cent premiers livres sont

disponibles en mars 2008, avec des livres en anglais, en français et en

italien.

Distributed Proofreaders (DP), lancé en octobre 2000, comptabilise

52.000 volontaires en janvier 2008, avec un nombre total de 11.950

livres traités en sept ans et trois mois. Distributed Proofreaders

Europe (DP Europe), lancé en décembre 2003, comptabilise 1.500

volontaires. Distributed Proofreaders Canada (DPC), lancé en décembre

2007, comptabilise 250 volontaires.

Le Projet Gutenberg franchit la barre des 25.000 livres en avril 2008.

Le 25.000e livre est "English Book Collectors", de William Younger

Fletcher (publié en 1902).

Le Projet Gutenberg comptabilise 32.500 ebooks le 1er mars 2009 pour

l'ensemble de ses sites, avec 28.147 ebooks pour le Project Gutenberg

USA, 1.750 ebooks pour le Project Gutenberg Australia, 600 ebooks pour

le Project Gutenberg Europe et 250 ebooks pour le Project Gutenberg

Canada, auxquels il convient d'ajouter les 2.020 ebooks de la section

PrePrints. Le Project Gutenberg Consortia Center (PGCC) – qui rassemble

des collections de livres numérisés par d'autres sources - comptabilise

75.000 ebooks à la même date.

= Du passé vers l'avenir

Le pari fait par Michael Hart en 1971 est donc réussi, avec une

progression assez impressionnante si on pense au nombre de pages relues

et corrigées: 10 livres en août 1989, 100 livres en janvier 1994, 1.000

livres en août 1997, 2.000 livres en mai 1999, 3.000 livres en décembre

2000, 4.000 livres en octobre 2001, 5.000 livres en avril 2002, 10.000

livres en octobre 2003, 15.000 livres en janvier 2005, 20.000 livres en

décembre 2006 et 25.000 livres en avril 2008.

Mais les résultats du Projet Gutenberg ne se mesurent pas seulement à

ces chiffres, qui restent assez modestes par rapport au nombre de

livres imprimés appartenant au domaine public. Les résultats se

mesurent également à l’influence du projet, qui est considérable.

Premier site d’information sur l’internet et première bibliothèque

numérique, le Projet Gutenberg a inspiré bien d’autres bibliothèques

numériques au fil des ans, par exemple le Projekt Runeberg pour la

littérature scandinave ou le Projekt Gutenberg-DE pour la littérature

allemande, pour n’en citer que deux.

La structure administrative et financière du Projet Gutenberg se limite

au strict minimum, avec une devise qui tient en trois mots: «Less is

more.» Michael Hart insiste régulièrement sur la nécessité d’un cadre

aussi souple que possible laissant toute initiative aux volontaires, et

la porte grande ouverte aux idées nouvelles. Le but est d’assurer la

pérennité du projet indépendamment des crédits, des coupures de crédits

et des priorités culturelles, financières et politiques du moment. Pas

de pression possible donc par le pouvoir et par l’argent. Et respect à

l’égard des volontaires, qui sont assurés de voir leur travail utilisé

pendant de nombreuses années, si ce n’est pour plusieurs générations,

d’où l’intérêt d’un format numérique qui soit toujours valable dans

quelques siècles. Le suivi régulier du projet est assuré grâce à une

lettre d’information hebdomadaire et mensuelle, des forums de

discussion, des wikis et des blogs.

Les dons servent à financer des ordinateurs et des scanners, et à

envoyer des CD et DVD gratuits à tous ceux qui en font la demande.

Suite au CD Best of Gutenberg disponible en août 2003 avec une

sélection de 600 titres et à un premier DVD disponible en décembre 2003

avec 9.400 titres, un deuxième DVD est disponible en juillet 2006 avec

17.000 titres. A partir de 2005, CD et DVD sont disponibles sous forme

d'images ISO sur le site de BitTorrent, ces images pouvant être

téléchargées pour graver des CD et DVD sur place à titre personnel. En

2007, le Projet Gutenberg envoie 15 millions de livres par voie postale

sous forme de CD et DVD.

Chose souvent passée sous silence, Michael Hart est le véritable

inventeur de l’ebook. Si on considère l’ebook dans son sens

étymologique, à savoir un livre numérisé pour diffusion sous forme de

fichier électronique, celui-ci aurait bientôt quarante ans et serait né

avec le Projet Gutenberg en juillet 1971. Une paternité beaucoup plus

réconfortante que les divers lancements commerciaux dans un format

propriétaire ayant émaillé le début des années 2000. Il n’y a aucune

raison pour que la dénomination «ebook» ne désigne que l’ebook

commercial et soit réservée aux Amazon, Barnes & Noble, 00h00, Gemstar

et autres. L’ebook non commercial est un ebook à part entière - et non

un parent pauvre - tout comme l’édition électronique non commerciale

est une forme d’édition à part entière - et tout aussi valable que

l’édition commerciale. En 2003, les etexts du Projet Gutenberg

deviennent des ebooks, pour coller à la terminologie ambiante.

En juillet 1971, l’envoi d’un fichier de 5 Ko à cent personnes aurait

fait sauter l’embryon de réseau disponible à l’époque. En novembre

2002, le Projet Gutenberg peut mettre en ligne les 75 fichiers du

"Human Genome Project" (à savoir le séquençage du génome humain),

chaque fichier se chiffrant en dizaines sinon en centaines de méga-

octets. Ceci peu de temps après la parution initiale du Human Genome

Project en février 2001, puisqu’il appartient d’emblée au domaine

public.

En 2004, la capacité de stockage des disques durs est telle qu’il

serait possible de faire tenir l’intégralité de la Library of Congress

au format texte sur un support de stockage coûtant 140 dollars US. Et

quelques années seulement nous sépareraient d’une clé USB (universal

serial bus) permettant de stocker l’intégralité du patrimoine écrit de

l’humanité.

Qu’en est-il des documents autres que l’écrit? En septembre 2003, le

Projet Gutenberg se lance dans la diffusion de livres audio. En

décembre 2006, on compte 367 livres lus par une synthèse vocale (Audio

Book, computer-generated) et 132 livres lus par l’être humain (Audio

Book, human-read). Le nombre de ces derniers devrait régulièrement

augmenter. Par contre, les livres lus par une synthèse vocale ne seront

plus être stockés dans une section spécifique, mais réalisés à la

demande à partir des fichiers électroniques existant dans les

collections générales. Les lecteurs aveugles ou malvoyants pourront à

l'avenir utiliser une commande vocale pour demander le fichier de tel

ou tel livre.

Lancée elle aussi en septembre 2003, la section "Sheet Music

Subproject" est consacrée aux partitions musicales numérisées (Music,

Sheet). Elle est complétée par une section d’enregistrements musicaux

(Music, recorded). Des sections sont également disponibles pour les

images fixes (Pictures, still) et animées (Pictures, moving). Ces

collections devraient être développées dans les prochaines années.

Mais la numérisation des livres reste prioritaire. Et la demande est

énorme. En témoigne le nombre de téléchargements, qui se comptent

désormais en dizaines de milliers par jour. A la date du 31 juillet

2005, on compte 37.532 fichiers téléchargés dans la journée, 243.808

fichiers téléchargés dans la semaine et 1.154.765 fichiers téléchargés

dans le mois. A la date du 6 mai 2007, on compte 89.841 fichiers

téléchargés dans la journée, 697.818 fichiers téléchargés dans la

semaine et 2.995.436 fichiers téléchargés dans le mois. Courant mai, ce

nombre atteint les 3 millions. Ceci uniquement pour le principal site

de téléchargement, ibiblio.org (basé à l’Université de Caroline du

Nord, Etats-Unis), qui héberge aussi le site du Projet Gutenberg. Le

deuxième site de téléchargement est l’Internet Archive, qui est le site

de sauvegarde et qui met à la disposition du Projet Gutenberg une

capacité de stockage illimitée.

Un Top 100 recense les cent titres et les cent auteurs les plus

téléchargés dans la journée, dans la semaine et dans le mois.

Le Projet Gutenberg dispose de 40 sites miroirs répartis dans de

nombreux pays, et il en cherche d’autres. La circulation des fichiers

se fait aussi en mode P2P (peer-to-peer), qui permet d’échanger des

fichiers directement d’un utilisateur à l’autre.

Les livres du Projet Gutenberg peuvent aider à combler la fracture

numérique. Ils sont aisément téléchargeables sur PDA. Un ordinateur ou

un PDA d’occasion ne coûte que quelques dollars ou quelques dizaines de

dollars, en fonction du modèle. Certains PDA fonctionnent à l’énergie

solaire, permettant la lecture dans les régions pauvres et reculées.

Plus tard, il sera peut-être possible d'envisager une traduction

simultanée dans une centaine de langues, en utilisant un logiciel de

traduction automatique qui aurait alors un taux de fiabilité de l’ordre

de 99%, un pourcentage dont on est encore loin. Ce logiciel de

traduction automatique serait relayé par des traducteurs (non pas des

machines, mais des êtres humains), sur un modèle comparable à la

technologie OCR relayée par des correcteurs (non pas des logiciels,

mais des êtres humains) pour offrir un contenu de grande qualité.

38 ans après les débuts du Projet Gutenberg, Michael Hart se définit

toujours comme un fou de travail dédiant toute sa vie à son projet,

qu’il voit comme étant à l’origine d’une révolution néo-industrielle.

Il se définit aussi comme altruiste, pragmatique et visionnaire. Après

avoir été traité de toqué pendant de nombreuses années, il force

maintenant le respect.

Au fil des ans, la mission du Projet Gutenberg reste la même, à savoir

changer le monde par le biais de l’ebook gratuit indéfiniment

utilisable et reproductible, et favoriser ainsi la lecture et la

culture pour tous à moindres frais. Cette mission se résume en quelques

mots: «encourager la création et la distribution d’ebooks», par autant

de personnes que possible, et par tous les moyens. Tout en prenant les

virages nécessaires pour intégrer de nouvelles idées, de nouvelles

méthodes et de nouveaux supports.

Une histoire de l'eBook · 第 6 / 26 题