XVII. PLOTIN. Ho! compere, que vous allez vîte! Comme vous dépêchez
tout!
GODEFROI. Je ne vais pas si vîte que le plumacier de l'univers.
CICERON. Quel diable de nouveau mot est ceci? Qui est ce _plumacier_?
PLOTIN. C'est celui qui pose les panaches sur les têtes des hommes de
l'univers.
POGGE. Je gage qu'il veut parler de cornage.
PLOTIN. Tu l'as trouvé; qu'il te puisse accompagner comme accident
indélébile!
ASCLEPIADES. Comment est-ce qu'il va si-tôt?
PLOTIN. O cher compere de toute la fressure, je te le dirai! Sache, toi
qui as belle & jeune femme; sache, mon tendre & jovial petit belleau,
mon petit prêteur de franches repues, que, si tu étois au Grand-Caire, &
que ta femme tant poupine fût à Paris, & que de son consentement, me
faisant ouverture de ses bonnes graces, elle me laissât entrer à elle,
je n'aurois pas si-tôt mis mon V, I, T, pied, dans son C, O, N,
pantoufle, que l'admirable, grand & révéré cocuage ne fût, en un
instant, au Grand-Caire, à te frétiller avant la tête, pour te réjouir
du beau petit plumage d'amourettes.
PLANUDES. Triste garçon à demi vieil que tu es, je t'assure que ta
journée n'y monteroit gueres. Tu es de ceux auxquels on peut dire:
depuis que la couille passe le vit; adieu vous dis.
BIONON. Paix, de par tous les diables, taisez-vous, ou je vous couperai
le cou, comme je fis un jour à un roi qui chioit. Achevez le discours de
ce conseiller, & meshui ne vous interromprai; ou j'abomine, je
contamine, je précipite, je diable, je trente mille: a, ha! je ne le
dirai pas: faites votre devoir.
GODEFROI. Parlez-vous de ce conseiller de la prévôté, lequel le pere le
présentant à messieurs, demandant séance pour lui, leur dit: messieurs,
mon fils n'a point de science, il vous plaira lui en donner. (Un gâta
tout. Non, dit-il, c'est de celui qui se faisoit recevoir à la cour, qui
est tant bonne & douce, la bonne dame, qu'elle ne reçoit, ou n'a reçu,
ou ne recevra, de peur de faillir, je ne le dirai pas; en voilà qui me
veulent faire dire _des ânes_, je n'en ferai rien.) Ainsi que messieurs
interrogeoient ce bon personnage déja âgé, ils l'incitoient à répondre;
& il ne savoit, d'autant qu'il n'entendoit pas ce qu'ils disoient. (S'il
eût été encore comme moi, qui plaidant ma premiere cause, je dis à ces
messieurs-là beaucoup de choses que je n'entendois pas, ni eux aussi, ce
qui m'apporta une belle dayée de réputaison.) Ce personnage écoutoit;
puis, comme revenu de bien en songerie, dit: messieurs, je n'ai pas
accoutumé ce ménage ainsi que vous dites. Bien je ne sais rien, il est
vrai; mais j'ai un fils qui est bien savant, qui répondra pour moi,
comme mon compere le sieur Basgrand a répondu de l'argent que je dois de
mon office. Par dépit qu'il ne put être reçu, si-tôt que sa femme fut
morte, il récompensa une prébende, & fut official.
L'AUTRE. Ce fut à lui, auquel Menaud, notre métayer fit une jolie
réponse. On agissoit devant lui d'une cause de fouculterie; & Menaud
étoit appellé à témoin, pour dire que le garçon eût eu habitation de
concupiscence charnelle avec cette fille. Ainsi que Menaud fut entré, il
dit: j'y étois, & ce que je vous dis est vrai, monsieur l'official. Dieu
me doint bonne vie & longue! on m'a dit que vous me demandiez.
L'official lui dit: & bien, mon ami, dites vrai. Avez-vous vu que ce
gars ait envahi cette fille? Avez-vous vu qu'il l'ait travaillée?
Monsieur l'official, je n'en saurois que dire; je suis votre serviteur.
Là, mon ami, dites; je suis le vôtre. A, a! monsieur, il suffit, si vous
me faites plaisir. Dites donc, mon ami, dites. Et bien, monsieur
l'official, je vous dirai: j'ai vu quatre fesses & deux culs; mais je
n'ai point vu de vit; je crois que le larron de con l'avoit en la goule.
SAPHO. Hé gai, voilà de beaux contes à dire devant des gens d'église.
Aussi
Je suis si aise quand je cous,
Si pour un C. je mets une F,
Qu'il m'est avis, à tous les coups,
Que j'ente une mignonne greffe.