REVERS.

VIII. ARISTOTE. A ce que je vois, le pays des sots n'est pas une isle,

c'est le monde même, & rien hors d'icelui: ainsi qu'il y a de ces

gens-là hors du monde, qui sont de gros veaux, témoin le moine curé, qui

se pensoit paillarder sur le bien dire à son prône, annonçant les fêtes

qu'il falloit festiner, & disoit: mes amis, il y a de bonnes fêtes cette

semaine, lesquelles pourtant ne sont de commande; l'église les fustigera

pour vous.

BUCHANAN. N'étoit-ce pas lui, qui, au lieu de dire à la leçon, _qui

moechantur cum illâ_, dit, _qui monachantur cum illâ_.

APULÉE. Et que vous faut-il? Vraiment vous êtes bien cruel de regarder à

des paroles, & non à l'intention.

BUCHANAN. Je sais bien pourquoi vous le dites: c'est de peur que je ne

parle de votre cousine de Malenoue.

NERON. Dites donc tout, puisque vous êtes détravé.

BUCHANAN. Durant la ligue, il y eut un bruit qui courut (puisqu'il faut

ainsi dire) qu'une nonnain de Malenoue avoit eu apparition d'ange. A

cette nouvelle, quelques dames des plus grandes firent partie de l'aller

voir: ce qu'elles accomplirent. Etant là avec elle, voyant discourir des

merveilles de cet ange, elles étoient en extase de douceur; & comme

cette fille les voyoit ainsi transportées d'aise, elle leur amplifioit

son discours du reste de la merveille, puis ajouta: j'étois si contente,

Madame, que jamais tant, ni plus. C'étoit le plus beau l'ange du monde;

& puis, quand ce beau l'ange fut sorti, toute ma chambre étoit si

embaumée, que c'étoit merveille, tant elle sentoit l'usc, & le membre

vert & gris.

CÉSAR. Quel ange? Je gage que c'étoit un esprit vital.

BUCHANAN. Comme vous dites. Au moins souvenez-vous de dame Catherine,

qui, oyant parler de sa maîtresse que l'on pensoit qui fût morte, & que

le médecin disoit que les esprits vitaux y étoient encore tous: elle

répliqua: je ne dis que cela ne fût, si c'étoit à un homme, mais à une

femme, ce sont les esprits conaux.

CÉSAR. Je ne sais quels esprits, si vous ne l'entendez à l'antique, que

l'engin & l'esprit sont tout un, ainsi que le pratiqua la chambriere

d'une veuve. Je vous assure que cette garce étoit jolie, mais un peu

follette; sur quoi sa maîtresse lui disoit toujours qu'elle n'avoit

point d'esprit. Or est-il qu'il y avoit un jambon à la cheminée; & cette

fille le voyant là si long-tems, elle s'ennuyoit; elle demanda à madame,

si elle le mettroit cuire. Non, dit-elle, c'est pour les Pâques. Cette

fille en fit le conte à quelques autres de ses compagnes, qui s'en

gaussoient en son absence. Mais le clerc du notaire Bardé ne fut point

si sot, qu'il n'y prît garde pour éprouver le sens de la fillette. Un

jour que la bonne femme étoit allée à sa métairie, & qu'elle avoit

laissé Mauricette toute seule, il vint heurter, & demanda madame.

Mauricette dit qu'elle n'y étoit pas. J'en suis bien marri, parce que je

suis Pâques, qui étois venu quérir le jambon qu'elle m'a promis. Il

passa; & la chambriere le laissa paisiblement entrer & prendre le

jambon. Lui qui la voyoit si nicette & belle, pensoit à meilleure

aventure. Il faut, dit-il, que je voie si c'est ici mon jambon. Si ce

l'est, j'ai un esprit qui me le dira. Il tire son chouart vif &

glorieux. Quand la fille le vit: qu'est-ce que cela? C'est mon esprit.

Je vous prie, donnez-m'en un peu: ma maîtresse ne me fait que tancer, &

dire que je n'ai point d'esprit. Il la prit, & lui en distribua autant

qu'à lui, dont elle se trouva passablement bien; aussi en étoit-elle

toute réjouie, comme celle qui disoit que Claude lui avoit farfouillé en

son cul de devant. Quand sa maîtresse fut venue, elle lui conta comme

Pâques étoit venu quérir le jambon: & dà, madame, vous ne me reprocherez

plus que je n'ai point d'esprit, Pâques m'en a baillé à bon escient.

QUELQU'UN. Voilà un beau moyen d'avoir de l'esprit! C'est à quoi pensoit

ma cousine Martine, l'autre jour en dînant, que sa mere parloit de son

lard. Oui, vraiment, ma mere, notre lard étoit bon; mais la couaine

_sent le vit_.

RENÉE. Elle ne dit pas ainsi; dà, je la veux défendre; elle dit:

s'enlevit.

SOCRATE. Si vous y regardez de si près, il n'y aura jamais plus de bien

au monde.

LE BON HOMME. Vous pensez à autre chose; je m'assure que vous songez

autant à ce que nous disons, que si vous n'étiez pas ici.

ARCHIMEDE. C'est que j'avisois, & m'est avis que je vois, comme un jour

j'étois avec une dame qui cherchoit quelque chose en son cabinet; & elle

avoit avec elle une sienne cousine qui la considéroit fort. Cette dame

ayant mis la main sur ce qu'elle cherchoit, en se retournant va dire:

vraiment je suis une grande sotte. L'autre va dire: c'est ce que je

voulois dire, madame.

LISET. Cette-là même étoit avec nous, quand nous parlâmes à monsieur

Champis d'aller à la messe de minuit: je ne daignerois y aller; j'y ai

été plus de cinq cents fois.

SOCRATE. Or bien je vous avise donc que ce bon personnage a ses pensées

autre part qu'à nos discours.

MENOT. Il est possible intéressé, & a volonté de pisser, comme avoit

l'abbé de Grandmont; quand il vint voir madame l'amirale. Ce monsieur

alors douanant sur son mulet, avec intention & pensée d'en descendre

pour pisser, quand il seroit à la porte. Or madame qui avoit affaire de

lui, & le vouloit gratifier, sachant qu'il approchoit, vint au-devant de

lui, & le surprit; ainsi il remit sa pisserie à une autre fois; de quoi

il fut trompé, d'autant qu'elle le mena en la salle, où le souper étoit

préparé. Il se fallut asseoir & faire bonne chere. Cependant monsieur

l'abbé étoit en grand peine, ne pensant qu'à pisser; puis voyant que le

discours seroit long, il résolut de pisser en sa botte. Vous savez comme

les abbés les portent ouvertes par en haut, & larges d'embouchure. Ainsi

qu'on apporta le bassin pour laver, il n'en pouvoit plus; parquoi il

avoit mis la main à son engin, & déja le déchargeoit dans sa botte.

Madame pensoit que ce fût son couteau qu'il serrât, (pour ce que

volontiers telles gens en portent un de damas à leur ceinture) & qu'il

ne voulut pas laver avec elle. Vraiment, dit-elle, vous ne ferez point

cette difficulté. Et ainsi elle lui tira la main, qui emporta aussi le

virolet, qui acheva sa décharge dans le bassin.

THIART. Le bassin fut un de ceux qui servirent aux ambassadeurs du duc,

(aussi il y a des étoffes fées) quand il envoya vers le pape, lui

remontrer la disette du pays, & le prier de lui donner deux cueillettes,

l'an d'après. Il y avoit six ambassadeurs, notables seigneurs, & de

crédit, qui, étant arrivés, le firent savoir au pape, qui, sachant leur

venue, fit mettre une oie en mue, mais toute nue. (Elle étoit fille du

jars si gras, qui fut mangé à Grenoble, quand le roi prit la Savoye. Ce

jars présenté sur la table d'un seigneur, lequel en chercha l'ame, & ne

la trouvant, appella le cuisinier: où est l'ame de cette oie? Ce n'est

pas une oie, monsieur; c'est un jars, qui a tant chauché sa mere, que le

diable a mangé son ame, que le cuisinier avoit donnée à sa mie: comme

fit celui qui donna le bon brochet à une pour aller coucher avec elle:

mais il fut trompé, le pauvre puceau, d'autant qu'elle avoit pris des

dents du brochet, qu'elle avoit agencées de sorte que, quand il voulut

engaîner, elle lui en serra le bout, dont il fut fort malade; depuis,

quand il fut parlé de le marier, il voulut voir le comment a nom de sa

promise, & y voyant je ne sais quelle petite éminence de clitoris: ô!

ho, dit-il, voilà la langue, les dents ne sont gueres loin; je n'en veux

point.

Le moyen de parvenir, tome 3/3 · 第 24 / 65 题