Un tout petit enfant s'en allait à l'école.

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SAIS-TU?

OUI.--RETIENS NON.--APPRENDS

RECUEIL DE POÉSIES SIMPLES ET FACILES

DESTINÉES A SERVIR D'EXERCICES ÉLÉMENTAIRES DE MÉMOIRE

ET DE DÉCLAMATION

OUVRAGE SPÉCIALEMENT UTILE AUX ÉCOLES, AUX FAMILLES AUX ÉTRANGERS

ET AUX SOCIÉTÉS D'APPRENTIS

5e ÉDITION

PARIS

GRASSART, LIBRAIRE-ÉDITEUR

2, RUE DE LA PAIX, 2

1887

PRÉFACE

Exercer graduellement la mémoire de l'enfant et du jeune homme;

développer l'important organe de la voix; meubler l'esprit de

pensées justes, d'expressions heureuses, de tournures élégantes;

commencer l'éducation littéraire de l'élève par la _fréquentation_

des bons auteurs, tels sont entre mille les principaux avantages

d'un semblable recueil.

Comment s'étonner, après cela, qu'un but si utile ait tenté un grand

nombre d'auteurs attirés suffisamment d'ailleurs par la facilité

apparente de l'entreprise?

Étonnons-nous plutôt que parmi tant de recueils qui tous ont, avec

beaucoup de qualités, quelques défauts, il n'y en ait aucun qui

réunisse les conditions suivantes:

_Bon marché et moralité.--Bonne poésie et simplicité._ Par

conséquent, aucun qui puisse servir avec avantage dans les familles,

dans les classes élémentaires, dans les sociétés d'apprentis, et, en

général, dans tous les cas où les conditions énoncées plus haut sont

d'une nécessité absolue.

La plupart des recueils sont trop chers et trop volumineux. Le

nôtre, en évitant ces deux inconvénients, devient facile à acheter,

commode à remplacer, et rentre, sous ce rapport, dans la catégorie

des livres classiques.

Ce qui manque surtout dans beaucoup de recueils destinés à

l'enfance, c'est un langage à sa portée. Longtemps on a cru que pour

qu'un recueil convînt au jeune âge, il suffisait qu'il fût moral et

religieux; il n'en est rien. Outre ces deux qualités indispensables,

nous en avons recherché une non moins nécessaire: la simplicité.

On se met trop peu à la portée des enfants; de là vient que si

souvent nous perdons notre temps à les fatiguer ou à les ennuyer

inutilement.

Mais la simplicité dans les termes ne doit pas exclure la beauté

dans la forme, la pureté de la diction, la correction du style.

Aussi, nous sommes-nous fait un devoir de ne puiser nos citations

qu'à bonnes sources, et de n'admettre d'entre les productions

contemporaines que celles qui sont généralement estimées.

Nous sommes heureux d'ajouter que nous avons reçu bien des conseils

et que nous les avons mis à profit. Nous comptons que la

bienveillance de nos collègues et de nos supérieurs ne nous fera pas

défaut, qu'elle nous suggérera encore quelques bonnes idées, et,

s'il le faut, nous éclairera par une critique affectueuse, mais

sincère.

VICTOR JUHLIN.

LE PÈRE ET L'ENFANT

--Père, apprenez-moi, je vous prie,

Ce qu'on trouve après le coteau

Qui borne à mes yeux la prairie?

--On trouve un espace nouveau:

Comme ici, des bois, des campagnes,

Des hameaux, enfin des montagnes.

--Et plus loin?

--D'autres monts encor.

--Après ces monts?

--La mer immense.

--Après la mer?

--Un autre bord.

--Et puis?

On avance, on avance,

Et l'on va si loin, mon petit,

Si loin, toujours faisant sa ronde,

Qu'on trouve enfin le bout du monde...

Au même lieu d'où l'on partit.

J.-J. PORCHAT.

UNE BONNE SEMAINE

Mon Dieu, pendant cette semaine,

Dans mes leçons et dans mes jeux

Garde-moi de faute et de peine;

Car qui dit l'un, dit tous les deux.

Donne-moi cette humeur docile

Qui rend le devoir plus facile;

Et si ma mère m'avertit,

Au lieu de cet esprit frivole

Que distrait la mouche qui vole,

Seigneur, donne-moi ton esprit.

Mme AMABLE TASTU.

AUX JEUNES GENS

SONNET

Jeunesse, ne suis point ton caprice volage:

Au plus beau de tes jours souviens-toi de ta fin.

Peut-être verras-tu ton soir dans ton matin;

Et l'hiver de ta vie au printemps de ton âge.

La plus verte saison est sujette à l'orage:

De la certaine mort le temps est incertain;

Et de la fleur des champs le fragile destin

Exprime de ton sort la véritable image.

Mais veux-tu dans le ciel refleurir pour toujours?

Ne garde point à Dieu l'hiver qui des vieux jours

Tient, sous ses dures lois, la faiblesse asservie;

Consacre-lui les fleurs de ton jeune printemps,

L'élite de tes jours, la force de ta vie,

Puisqu'il est et l'arbitre et l'auteur de tes ans.

DRELINCOURT.

LA FEUILLE DU CHÊNE

Reposons-nous sous la feuille du chêne.

Je vous dirai l'histoire qu'autrefois,

En revenant de la cité prochaine,

Mon père, un soir, me conta dans les bois:

(O mes amis, que Dieu vous garde un père!

Le mien n'est plus.)--De la terre étrangère,

Seul, dans la nuit, et pâle de frayeur,

S'en revenait un riche voyageur.

Un meurtrier sort du taillis voisin.

O voyageur! Ta perte est trop certaine;

Ta femme est veuve et ton fils orphelin.

«Traître, a-t-il dit, nous sommes seuls dans l'ombre;

«Mais, près de nous, vois-tu ce chêne sombre?

«Il est témoin: au tribunal vengeur

«Il redira la mort du voyageur!»

Le meurtrier dépouilla l'inconnu;

Il emporta dans sa maison lointaine

Cet or sanglant, par le crime obtenu.

Près d'une épouse industrieuse et sage,

Il oublia le chêne et son feuillage;

Et seulement une fois la rougeur

Couvrit ses traits, au nom du voyageur.

Un jour enfin, assis tranquillement

Sous la ramée, au bord d'une fontaine,

Il s'abreuvait d'un laitage écumant.

Soudain le vent fraîchit; avant l'automne,

Au sein des airs la feuille tourbillonne:

Sur le laitage elle tombe... O terreur!

C'était ta feuille, arbre du voyageur!

Le meurtrier devint pâle et tremblant:

La verte feuille et la claire fontaine,

Et le lait pur, tout lui parut sanglant.

Il se trahit; on l'écoute, on l'enchaîne;

Devant le juge en tumulte on l'entraîne;

Tout se révèle et l'échafaud vengeur

Réclame, hélas! le sang du voyageur.

Reposons-nous sous la feuille du chêne.

MILLEVOYE.

LE SÉJOUR DANS LE PAYS NATAL

Il est un pays fortuné:

Un doux ciel rit à ses campagnes;

Et d'un beau lac son sol baigné

S'appuie à de blanches montagnes:

Vraie image du paradis,

C'est mon pays, mon cher pays!

Là mon enfance a pris l'essor,

De mon aïeul là dort la cendre;

Là ma mère possède encor

Un bon père, une mère tendre.

Combien d'attraits tu réunis,

O mon pays, mon cher pays!

Là des soins tendres, maternels,

Sont prodigués à ma faiblesse;

De mes intérêts éternels

C'est là qu'on instruit ma jeunesse;

Oh! combien mes jours sont bénis

Dans mon pays, mon cher pays!

Bien loin de toi j'ai vu le jour,

Mais mon père, à chaque veillée,

Te vantait avec tant d'amour,

Que je pleurais comme exilée.

Quel bonheur quand je te revis,

O mon pays, mon cher pays!

Loin de toi s'il faut me bannir,

Je garde, ô terre de mes pères,

Dans mon coeur ton doux souvenir,

Et ton doux nom dans mes prières.

Oui, je prierai pour tous tes fils,

O mon pays, mon cher pays!

Que par les soins de l'Éternel,

Ta terre soit fertilisée,

Et que la parole du ciel

Y pleuve comme une rosée.

Sois d'avance un vrai paradis,

O mon pays, mon cher pays!

A. VINET.

PRIÈRE D'ESTHER

O mon souverain roi,

Me voici donc tremblante et seule devant toi.

Mon père mille fois m'a dit dans mon enfance,

Qu'avec nous tu juras une sainte alliance

Quand, pour te faire un peuple agréable à tes yeux,

Il plut à ton amour de choisir nos aïeux:

Même tu leur promis de ta bouche sacrée

Une postérité d'éternelle durée.

Hélas! ce peuple ingrat a méprisé ta loi;

La nation chérie a violé sa foi;

Elle a répudié son époux et son père,

Pour rendre à d'autres dieux un honneur adultère:

Maintenant elle sert sous un maître étranger.

Mais c'est peu d'être esclave, on la veut égorger:

Nos superbes vainqueurs, insultant à nos larmes,

Imputent à leurs dieux le bonheur de leurs armes,

Et veulent aujourd'hui qu'un même coup mortel

Abolisse ton nom, ton peuple et ton autel.

Ainsi donc un perfide, après tant de miracles,

Pourrait anéantir la foi de tes oracles,

Ravirait aux mortels le plus cher de tes dons,

Le saint que tu promets, et que nous attendons!

Non, non, ne souffre pas que ces peuples farouches,

Ivres de notre sang, ferment les seules bouches

Qui dans tout l'univers célèbrent tes bienfaits;

Et confonds tous ces dieux qui ne furent jamais.

Pour moi, que tu retiens parmi ces infidèles,

Tu sais combien je hais leurs fêtes criminelles,

Et que je mets au rang des profanations

Leur table, leurs festins et leurs libations;

Que même cette pompe où je suis condamnée,

Ce bandeau dont il faut que je paraisse ornée,

Dans ces jours solennels à l'orgueil dédiés,

Seule et dans le secret je les foule à mes pieds;

Qu'à ces vains ornements je préfère la cendre

Et n'ai de goût qu'aux pleurs que tu me vois répandre.

J'attendais le moment marqué dans ton arrêt

Pour oser de ton peuple embrasser l'intérêt.

Ce moment est venu: ma prompte obéissance

Va d'un roi redoutable affronter la présence.

C'est pour toi que je marche: accompagne mes pas

Devant ce fier lion qui ne te connaît pas;

Commande en me voyant que son courroux s'apaise,

Et prête à mes discours un charme qui lui plaise;

Les orages, les vents, les cieux te sont soumis.

Tourne enfin sa fureur contre nos ennemis.

RACINE.

LES HIRONDELLES

Captif au rivage du Maure,

Un guerrier, courbé sous ses fers,

Disait: Je vous revois encore

Oiseaux ennemis des hivers.

Hirondelles que l'espérance

Suit jusqu'en ces brûlants climats,

Sans doute vous quittez la France.

De mon pays ne me parlez-vous pas?

Depuis trois ans je vous conjure

De m'apporter un souvenir

Du vallon où ma vie obscure

Se berçait d'un doux avenir.

Au détour d'une eau qui chemine

A flots purs, sous de frais lilas,

Vous avez vu notre chaumine.

De ce vallon ne me parlez-vous pas?

L'une de vous peut-être est née

Au toit où je reçus le jour;

Là, d'une mère infortunée,

Vous avez dû plaindre l'amour.

Mourante, elle croit à toute heure

Entendre le bruit de mes pas.

Elle écoute et puis elle pleure.

De son amour ne me parlez-vous pas?

Ma soeur est-elle mariée?

Avez-vous vu de nos garçons

La foule aux noces conviée

La célébrer dans leurs chansons?

Et ces compagnons du jeune âge

Qui m'ont suivi dans les combats,

Ont-ils tous revu le village?

De tant d'amis ne me parlez-vous pas?

Sur leurs corps l'étranger peut-être

Du vallon reprend le chemin.

Sous mon chaume il commande en maître,

De ma soeur il trouble l'hymen.

Pour moi, plus de mère qui prie,

Et partout des fers ici-bas!

Hirondelles, de ma patrie,

De ses malheurs ne me parlez-vous pas?

BÉRANGER.

LA PAUVRE FILLE

J'ai fui ce pénible sommeil

Qu'aucun songe heureux n'accompagne;

J'ai devancé sur la montagne

Les premiers rayons du soleil.

S'éveillant avec la nature,

Le jeune oiseau chantait sur l'aubépine en fleurs;

Sa mère lui portait la douce nourriture;

Mes yeux se sont baignés de pleurs!

Oh! pourquoi n'ai-je pas de mère?

Pourquoi ne suis-je pas semblable au jeune oiseau

Dont le nid se balance aux branches de l'ormeau?

Rien ne m'appartient sur la terre;

Je n'ai pas même de berceau;

Et je suis un enfant trouvé sur une pierre,

Devant l'église du hameau.

Loin de mes parents exilée,

De leurs embrassements j'ignore la douceur,

Et les enfants de la vallée

Ne m'appellent jamais leur soeur!

Je ne partage point les jeux de la veillée;

Jamais sous un toit de feuillée

Le joyeux laboureur ne m'invite à m'asseoir.

Et de loin je vois sa famille,

Autour du sarment qui pétille

Chercher sur ses genoux les caresses du soir.

Vers la chapelle hospitalière

En pleurant j'adresse mes pas,

La seule demeure ici-bas

Où je ne sois pas étrangère,

La seule devant moi qui ne se ferme pas!

Souvent je contemple la pierre

Où commencèrent mes douleurs:

Je cherche la trace des pleurs

Qu'en m'y laissant peut-être y répandit ma mère!

Souvent aussi mes pas errants

Parcourent des tombeaux l'asile solitaire;

Mais pour moi les tombeaux sont tous indifférents,

La pauvre fille est sans parents

Au milieu des cercueils ainsi que sur la terre.

J'ai pleuré quatorze printemps,

Loin des bras qui m'ont repoussée;

Reviens, ma mère: je t'attends

Sur la pierre où tu m'as laissée.

A. SOUMET.

LE COLPORTEUR VAUDOIS

Oh! regardez, ma noble et belle dame,

Ces chaînes d'or, ces joyaux précieux.

Les voyez-vous, ces perles dont la flamme

Effacerait un éclair de vos yeux?

Voyez encor ces vêtements de soie

Qui pourraient plaire à plus d'un souverain.

Quand près de vous un heureux sort m'envoie,

Achetez donc au pauvre pèlerin!

La noble dame, à l'âge où l'on est vaine,

Prit les joyaux, les quitta, les reprit,

Les enlaça dans ses cheveux d'ébène,

Se trouva belle, et puis elle sourit.

--«Que te faut-il, vieillard? des mains d'un page

«Dans un instant tu vas le recevoir.

«Oh! pense à moi, si ton pèlerinage

«Te reconduit auprès de ce manoir.»

Mais l'étranger d'une voix plus austère,

Lui dit: «Ma fille, il me reste un trésor

«Plus précieux que les biens de la terre,

«Plus éclatant que les perles et l'or.

«On voit pâlir aux clartés dont il brille,

«Les diamants dont les rois sont épris.

«Quels jours heureux luiraient pour vous, ma fille,

«Si vous aviez ma _perle de grand prix_!»

--«Montre-la-moi, vieillard, je t'en conjure;

«Ne puis-je pas te l'acheter aussi?»

Et l'étranger, sous son manteau de bure,

Chercha longtemps un vieux livre noirci.

--«Ce bien, dit-il, vaut mieux qu'une couronne;

«Nous l'appelons la _Parole de Dieu_.

«Je ne vends pas ce trésor, je le donne;

«Il est à vous: le Ciel vous aide! Adieu!»

Il s'éloigna. Bientôt la noble dame

Lut et relut le livre du Vaudois,

La vérité pénétra dans son âme,

Et du Sauveur elle comprit la voix;

Puis, un matin, loin des tours crénelées,

Loin des plaisirs que le monde chérit,

On l'aperçut dans les humbles vallées

Où les Vaudois adoraient Jésus-Christ.

G. DE FÉLICE.

LA PAUVRE VEUVE MALADE

Viens, mon enfant, près de ta mère.

Élevons nos mains vers le ciel;

Prions que dans ta coupe amère

Le Seigneur verse un peu de miel!

Je n'ai plus rien, mon fils, pour soulager ta peine,

Rien pour sécher tes yeux qui se baignent de pleurs,

Je suis pauvre et débile, et la fièvre m'enchaîne

Sur cette couche de douleurs.

Les amis qui naguère égayaient ma jeunesse,

Ont déjà de mon chaume oublié le chemin.

Hélas! le monde fuit au jour de la détresse

Et ne vient plus le lendemain.

Par pitié, mon enfant, n'appelle point ton père!

Ton père, s'il vivait, protégerait tes jours;

Mais son âme est au ciel et son corps sous la pierre;

Il nous a quittés pour toujours!

Mon toit des vents du nord ne sait point te défendre;

Tu trembles sur mon sein qui ne peut te couvrir,

Si jeune encor, mon fils, te faut-il donc apprendre

Qu'ici-bas l'homme doit souffrir?

Que dis-je! Ah! loin de moi, loin d'indignes murmures!

Dieu n'exauce-t-il pas le cri des opprimés?

N'est-il pas avec nous pour guérir nos blessures,

Celui qui nous a tant aimés?

Viens, mon enfant, près de ta mère,

Élevons nos mains vers le ciel;

Prions que dans ta coupe amère

Le Seigneur verse un peu de miel!

Oui, tu seras toujours son guide et sa défense;

Mon fils peut regarder l'avenir sans effroi:

Il a deux titres saints, le malheur et l'enfance,

Grand Dieu, pour espérer en toi!

Oui, comme tu répands une fraîche rosée

Sur la fleur qui s'incline aux feux brûlants du jour,

Tu répandras, Seigneur, sur son âme brisée,

Les eaux vives de ton amour.

Mais n'attends plus! Déjà pâlissante et flétrie,

Sa tête s'est penchée au souffle des revers.

Oh! viens, il en est temps, l'orphelin qui te prie

N'a que toi seul dans l'univers.

Rends-lui, Dieu juste et bon, les plaisirs du jeune âge,

Rends-lui le doux espoir d'un heureux avenir;

Et, parmi les écueils de son pèlerinage,

Veille sur lui pour le bénir!

Viens, mon enfant, près de ta mère,

Élevons nos mains vers le ciel;

Prions que dans ta coupe amère

Le Seigneur verse un peu de miel!

Ainsi parlait la veuve et son regard humide

Sollicitait encor la céleste bonté.

Quand déjà sous les traits d'une vierge timide

Accourait l'humble Charité.

Elle connaît l'asile où gémit la souffrance;

Au foyer qu'on oublie elle sème des fleurs;

Et près d'elle s'assied la riante Espérance,

Heureuse d'essuyer des pleurs.

«Ne crains plus,» lui disait l'humble fille chrétienne,

«Dieu ne veut pas briser le fragile roseau.

«Il envoie une soeur, pour que sa main soutienne

«Une moitié de ton fardeau.»

Et la veuve, attendrie à ces douces paroles,

Montrait du doigt son fils qui priait à genoux;

Puis elle dit: «C'est toi, mon Dieu, qui nous consoles,

«Ton ange descend parmi nous!»

Viens, mon enfant, près de ta mère,

Bénissons le Maître du ciel;

N'a-t-il pas, dans ta coupe amère,

Daigné répandre un peu de miel?

G. DE FÉLICE.

LE DÉPART DU PETIT SAVOYARD

Pauvre petit, pars pour la France;

Que te sert mon amour? je ne possède rien;

On vit heureux ailleurs, ici dans la souffrance:

Pars, mon enfant; c'est pour ton bien.

Tant que mon lait put te suffire,

Tant qu'un travail utile à mes bras fut permis,

Heureuse et délassée en te voyant sourire,

Jamais on n'eût osé me dire:

Renonce aux baisers de ton fils.

Mais je suis veuve, on perd la force avec la joie.

Triste et malade, où recourir ici,

Où mendier pour toi? Chez des pauvres aussi.

Laisse ta pauvre mère, enfant de la Savoie;

Va, mon enfant, où Dieu t'envoie.

Vois-tu ce grand chêne là-bas?

Je pourrai jusque-là t'accompagner, j'espère;

Quatre ans déjà passés, j'y conduisis ton père;

Mais lui, mon fils, ne revint pas.

Encor s'il était là pour guider ton enfance,

Il m'en coûterait moins de t'éloigner de moi;

Mais tu n'as pas dix ans, et tu pars sans défense.

Que je vais prier Dieu pour toi!

Que feras-tu, mon fils, si Dieu ne te seconde,

Seul, parmi les méchants (car il en est au monde),

Sans ta mère, du moins, pour t'apprendre à souffrir?..

Oh! que n'ai-je du pain, mon fils pour te nourrir!

Mais Dieu le veut ainsi; nous devons nous soumettre.

Ne pleure pas en me quittant;

Porte au seuil des palais un visage content.

Parfois mon souvenir t'affligera peut-être...

Pour distraire le riche, il faut chanter pourtant!

Chante, tant que la vie est pour toi moins amère;

Enfant, prends ta marmotte et ton léger trousseau,

Répète, en cheminant, les chansons de ta mère,

Quand ta mère chantait autour de ton berceau.

Si ma force première encor m'était donnée,

J'irais te conduisant moi-même par la main!

Mais je n'atteindrais pas la troisième journée;

Il faudrait me laisser bientôt sur ton chemin;

Et moi je veux mourir aux lieux où je suis née.

Maintenant de ta mère entends le dernier voeu:

Souviens-toi, si tu veux que Dieu ne t'abandonne,

Que le seul bien du pauvre est le peu qu'on lui donne;

Prie et demande au riche, il donne au nom de Dieu;

Ton père le disait: sois plus heureux, adieu.

Mais le soleil tombait des montagnes prochaines;

Et la mère avait dit: Il faut nous séparer;

Et l'enfant s'en allait à travers les grands chênes,

Se tournant quelquefois et n'osant pas pleurer.

A. GUIRAUD.

LE PETIT SAVOYARD A PARIS

J'ai faim: vous qui passez, daignez me secourir.

Voyez, la neige tombe et la terre est glacée;

J'ai froid: le vent se lève et l'heure est avancée...

Et je n'ai rien pour me couvrir.

Tandis qu'en vos palais tout flatte votre envie,

A genoux sur le seuil, j'y pleure bien souvent;

Donnez, peu me suffit, je ne suis qu'un enfant,

Un petit sou me rend la vie.

On m'a dit qu'à Paris je trouverais du pain:

Plusieurs ont raconté dans nos forêts lointaines,

Qu'ici le riche aidait le pauvre dans ses peines:

Eh bien! moi je suis pauvre, et je vous tends la main.

Faites-moi gagner mon salaire:

Où me faut-il courir? dites, j'y volerai;

Ma voix tremble de froid: eh bien! je chanterai,

Si mes chansons peuvent vous plaire.

Il ne m'écoute pas, il fuit,

Il court dans une fête (et j'en entends le bruit)

Finir son heureuse journée!

Et moi je vais chercher, pour y passer la nuit,

Cette guérite abandonnée.

Au foyer paternel quand pourrai-je m'asseoir?

Rendez-moi ma pauvre chaumière,

Le laitage durci qu'on partageait le soir,

Et, quand la nuit tombait, l'heure de la prière,

Qui ne s'achevait pas sans laisser quelque espoir.

Ma mère, tu m'as dit, quand j'ai fui ta demeure:

Pars, grandis et prospère, et reviens près de moi.

Hélas! et tout petit faudra-t-il que je meure,

Sans avoir rien gagné pour toi?...

Non, l'on ne meurt pas à mon âge;

Quelque chose me dit de reprendre courage...

Eh! que sert d'espérer? Que puis-je attendre enfin?...

J'avais une marmotte, elle est morte de faim.

Et, faible, sur la terre il reposait sa tête;

Et la neige, en tombant, le couvrait à demi;

Lorsqu'une douce voix, à travers la tempête,

Vint réveiller l'enfant par le froid endormi.

«Qu'il vienne à nous, celui qui pleure,»

Disait la voix mêlée au murmure des vents;

«L'heure du péril est notre heure;

«Les orphelins sont nos enfants.»

Et deux femmes en deuil recueillaient sa misère;

Lui, docile et confus, se levait à leur voix.

Il s'étonnait d'abord! mais il vit à leurs doigts

Briller la croix d'argent, au bout du long rosaire;

Et l'enfant les suivit en se signant deux fois.

A. GUIRAUD.

LE RETOUR DU PETIT SAVOYARD

Avec leurs grands sommets, leurs glaces éternelles,

Par un soleil d'été, que les Alpes sont belles!

Tout, dans leurs frais vallons, sert à nous enchanter,

La verdure, les eaux, les bois, les fleurs nouvelles.

Heureux qui sur ces bords peut longtemps s'arrêter!

Heureux qui les revoit, s'il a pu les quitter!

Quel est ce voyageur que l'été leur renvoie,

Seul, loin de la vallée, un bâton à la main?

C'est un enfant... il marche, il suit le long chemin

Qui va de France à la Savoie.

Bientôt de la colline il prend l'étroit sentier;

Il a mis ce matin la bure du dimanche;

Et dans un sac de toile blanche

Est un pain de froment qu'il garde tout entier.

Pourquoi tant se hâter à sa course dernière?

C'est que le pauvre enfant veut gravir le coteau

Et ne point s'arrêter qu'il n'ait vu son hameau,

Et n'ait reconnu sa chaumière.

Les voilà... tels encor qu'il les a vus toujours,

Ces grands bois, ce ruisseau qui fuit sous le feuillage;

Il ne se souvient plus qu'il a marché dix jours,

Il est si près de son village!

Tout joyeux il arrive, il regarde... mais quoi?

Personne ne l'attend! Sa chaumière est fermée!

Pourtant du toit aigu sort un peu de fumée;

Et l'enfant plein de trouble: Ouvrez, dit il, c'est moi...

La porte cède, il entre, et sa mère attendrie,

Sa mère qu'un long mal près du foyer retient,

Se relève à moitié, tend les bras et s'écrie:

N'est-ce pas mon fils qui revient?

Son fils est dans ses bras, qui pleure et qui l'appelle.

--Je suis infirme, hélas! Dieu m'afflige, dit-elle,

Et depuis quelques jours je te l'ai fait savoir;

Car je ne voulais pas mourir sans te revoir.

Mais lui: De votre enfant vous étiez éloignée;

Le voilà qui revient, ayez des jours contents;

Vivez, je suis grandi, vous serez bien soignée,

Nous sommes riches pour longtemps.

Et les mains de l'enfant, des siennes détachées,

Jetaient sur ses genoux tout ce qu'il possédait,

Les trois pièces d'argent dans sa veste cachées,

Et le pain de froment que pour elle il gardait.

Sa mère l'embrassait et respirait à peine,

Et son oeil se fixait, de larmes obscurci,

Sur un grand crucifix de chêne,

Suspendu devant elle et par le temps noirci.

«C'est lui, je le savais, le Dieu des pauvres mères

«Et des petits enfants, qui du mien a pris soin;

«Lui qui me consolait quand mes plaintes amères

«Appelaient mon fils de si loin.

«C'est le Christ du foyer que les mères implorent,

«Qui sauve nos enfants du froid et de la faim,

«Nous gardons nos agneaux, et les loups les dévorent,

«Nos fils s'en vont tout seuls... et reviennent enfin.

«Toi, mon fils, maintenant me seras-tu fidèle?

«Ta pauvre mère infirme a besoin de secours;

«Elle mourrait, sans toi.»--L'enfant à ce discours

Grave et joignant les mains, tombe à genoux près d'elle

Disant: «Que le bon Dieu vous fasse de longs jours!»

A. GUIRAUD.

L'ÉCOLIER

Un tout petit enfant s'en allait à l'école.

On avait dit: Allez! Il tâchait d'obéir;

Mais son livre était lourd; il ne pouvait courir;

Il pleure et suit des yeux une abeille qui vole.

«--Abeille! lui dit-il, voulez-vous me parler?

«Moi, je vais à l'école, il faut apprendre à lire.

«Mais le maître est tout noir et je n'ose pas rire.

«Voulez-vous rire, abeille, et m'apprendre à voler?»

«Non, dit-elle, j'arrive, et je suis très pressée.

«J'avais froid, l'aquilon m'a longtemps oppressée,

«Enfin j'ai vu des fleurs; je redescends du ciel,

«Et je vais commencer mon doux rayon de miel.

«Voyez! j'en ai déjà puisé dans quatre roses;

«Avant une heure encor nous en aurons d'écloses.

«Vite, vite, à la ruche. On ne rit pas toujours:

«C'est pour faire le miel qu'on nous rend les beaux jours.»

Elle fuit, et se perd sur la route embaumée.

Le frais lilas sortait d'un vieux mur entr'ouvert:

Il saluait l'aurore, et l'aurore charmée

Se montrait sans nuage et riait de l'hiver.

Une hirondelle passe; elle offense la joue

Du petit nonchalant qui s'attriste et qui joue,

Et dans l'air suspendue, en redoublant sa voix,

Fait tressaillir l'écho qui dort au fond des bois.

«--Oh! bonjour, dit l'enfant qui se souvenait d'elle.

«Je t'ai vue à l'automne; oh! bonjour, hirondelle!

«Viens; tu portais bonheur à ma maison, et moi

«Je voudrais du bonheur: veux-tu m'en donner, toi?

«Jouons!»--Je le voudrais, répond la voyageuse;

«Mais j'ai beaucoup d'amis qui doutent du printemps;

«Ils rêveraient ma mort, si je tardais longtemps.

«Oh! je ne puis jouer. Pour finir leur souffrance,

«J'emporte un brin de mousse, en signe d'espérance.

«Nous allons relever nos palais dégarnis:

«L'herbe croît, c'est l'instant des amours et des nids,

«J'ai tout vu. Maintenant, fidèle messagère,

«Je vais chercher mes soeurs là-bas sur le chemin.

«Ainsi que nous, enfant, la vie est passagère,

«Il en faut profiter. Je me sauve: à demain.»

L'enfant reste muet, et, la tête baissée,

Rêve, et compte ses pas pour tromper son ennui,

Quand le livre importun, dont sa main est lassée,

Rompt ses fragiles noeuds, et tombe auprès de lui.

Un dogue l'observait du seuil de sa demeure.

Stentor, gardien sévère et prudent à la fois,

De peur de l'effrayer retient sa grosse voix.

Hélas! peut-on crier contre un enfant qui pleure?

«--Bon dogue, voulez vous que je m'approche un peu?

«Dit l'écolier plaintif; je n'aime pas mon livre.

«Voyez! ma main est rouge: il en est cause. Au jeu

«Rien ne fatigue, on rit, et moi je voudrais vivre

«Sans aller à l'école, où l'on tremble toujours.

«Je m'en plains tous les soirs et j'y vais tous les jours,

«J'en suis très mécontent; je n'aime aucune affaire;

«Le sort d'un chien me plaît, car il n'a rien à faire.»

«--Écolier, voyez-vous ce laboureur aux champs?

«Eh bien! ce laboureur, dit Stentor, c'est mon maître:

«Il est très vigilant, je le suis plus, peut-être:

«Il dort la nuit, et moi j'écarte les méchants;

«J'éveille aussi ce boeuf, qui d'un pied lent, mais ferme,

«Va creuser les sillons quand je garde la ferme.

«Pour vous-même on travaille, et grâce à nos brebis,

«Votre mère en chantant vous file des habits.

«Par le travail tout plaît, tout s'unit, tout s'arrange.

«Allez donc à l'école, allez, mon petit ange.

«Les chiens ne lisent pas, mais la chaîne est pour eux:

«L'ignorance toujours mène à la servitude;

«L'homme est fin...

L'homme est sage: il nous défend l'étude.

«Enfant, vous serez homme, et vous serez heureux.

«Les chiens vous serviront.» L'enfant l'écouta dire,

Et même il le baisa. Son livre était moins lourd.

En quittant le bon dogue, il pense, il marche, il court;

L'espoir d'être homme un jour lui ramène un sourire.

A l'école, un peu tard, il arrive gaiement,

Et dans le mois des fruits il lisait couramment.

Mme DESBORDES-VALMORE.

LES DIX FRANCS D'ALFRED

Alfred était, je pense,

Un enfant tel que vous ayant huit à neuf ans.

Bien, bien riche, il avait dans sa bourse dix francs,

Dix francs beaux et tout neufs! C'était la récompense

Donnée à sa sagesse, à ses petits travaux,

Ce qui rendait encor ces dix francs-là plus beaux.

Mais l'idée arriva d'en chercher la dépense,

Car c'eût été vilain de les garder toujours.

L'argent qui ne sert pas est sans valeur aucune,

Le point est de savoir lui donner un bon cours.

On avait fait Alfred maître de sa fortune;

Tantôt il la voyait en beau cheval de bois...

Tantôt c'était un livre... Un livre... Alors sa mère

Souriait de plaisir sans l'aider toutefois,

Lui laissant tout l'honneur de ce qu'il allait faire.

Sur un livre son choix à la fin se fixa.

Charmant enfant! combien sa mère l'embrassa!

C'était un jour d'hiver quand la neige et le givre

Des arbres effeuillés blanchissent les rameaux,

Quand vous, heureux enfants, dans de larges manteaux,

Dans de bons gants fourrés, du froid on vous délivre.

Alfred courait joyeux pour acheter son livre.

Mais voici tout à coup qu'il s'arrête surpris...

Deux enfants étaient là, tels hélas! qu'à Paris

Si souvent on en voit sur les ponts de la Seine.

Dans les bras l'un de l'autre ils étaient enlacés.

L'un, de son petit frère, avec sa froide haleine,

Cherchait à réchauffer les pauvres doigts glacés.

Ils grelottaient bien fort, car leurs habits percés

Presque à nu les laissaient étendus sur la pierre.

Tournant vers les passants un regard de prière,

Ensemble ils répétaient:

J'ai grand froid, j'ai grand faim.

Mais les riches passaient sans leur donner du pain;

Et leurs yeux se gonflaient, et puis de grosses larmes

Roulaient dans leur paupière et sillonnaient leur sein.

Certes, vous eussiez pris pitié de leurs alarmes.

Or, vers le petit pauvre Alfred porta ses pas,

Voilà des maux cuisants que vous ne saviez pas.

«Pourquoi, dit-il, tous deux restez-vous dans la neige?

Vous n'avez donc pas, vous, de maman comme moi

Qui vous donne du pain, du feu; qui vous protège?

--Oh! nous en avons une aussi, monsieur.--Pourquoi

Vous laisse-t-elle ainsi sans elle ou votre bonne,

Les pieds nus sur la terre? Elle n'est donc pas bonne,

Votre maman à vous?--Si fait, elle avait faim,

Elle nous a donné ce qu'elle avait de pain.

Et voilà deux grands jours, hélas! qu'elle est couchée.

Comme il ne restait plus chez nous une bouchée,

Elle nous embrassa, disant: Pauvres petits,

Allez et mendiez! et nous sommes sortis:

Et nous sommes venus nous coucher sur la pierre;

Et personne, ô mon Dieu, n'entend notre prière;

Et voilà que bientôt mon frère va mourir,

Car le froid, car la faim nous ont tant fait souffrir!

--Vous n'avez donc pas, vous, reprit Alfred, un père

Qui donne tous les jours de l'or à votre mère?»

Le pauvre enfant se prit à sangloter plus fort.

«Hélas! répondit-il, notre père... il est mort...

«Il est mort et c'est lui qui nous faisait tous vivre!»

Alfred, pleurant aussi, ne songea plus au livre,

Et dans la main du pauvre il glissa ses dix francs.

Sa mère le saisit dans ses bras triomphants

Et lui dit: «Mon Alfred, un livre pour apprendre,

C'était déjà bien beau; mais tu m'as fait comprendre,

Mon fils, que mieux encore est de donner du pain

A ceux qui vont mourir et de froid et de faim.»

Et moi, je dis: «Heureux est l'enfant charitable

Qui donne à l'indigent le peu qu'il reçoit d'or,

Et qui, des miettes de la table,

S'il ne peut rien de plus, sait faire aumône encor.»

A. GUÉRIN.

LA VACHE PERDUE

Ah! ah!... de la montagne

Reviens, Néra, reviens!

Réponds-moi, ma compagne,

Ma vache, mon seul bien!

La voix d'un si bon maître,

Néra,

Peux-tu la méconnaître?

Ah! Ah!

Néra!

Reviens, reviens! c'est l'heure

Où le loup sort des bois.

Ma chienne qui te pleure,

Répond seule à ma voix.

Hors l'ami qui t'appelle,

Néra,

Qui t'aimera comme elle?

Ah! Ah!

Néra!

Dis-moi si dans la crèche,

Où tu léchais ma main,

Tu manquas d'herbe fraîche,

Quand je manquais de pain?

Nous n'en avions qu'à peine,

Néra,

Et ta crèche était pleine,

Ah! Ah!

Néra?

Hélas! c'est bien sans cause

Que tu m'as délaissé.

T'ai-je dit quelque chose,

Hors un mot, l'an passé!

Oui, quand mourut ma femme,

Néra!

J'avais la mort dans l'âme.

Ah! Ah!

Néra!

De ta mamelle avide,

Mon pauvre enfant criera;

S'il voit l'étable vide,

Qui le consolera?

Toi, sa chère nourrice,

Néra,

Veux-tu donc qu'il périsse?

Ah! Ah!

Néra!

Quand les miens en famille

Tiraient les rois entre eux,

Je te disais: «Ma fille,

Ma part est à nous deux.»

A la fève prochaine,

Néra,

Tu ne seras pas reine.

Ah! Ah!

Néra!

Ingrate, quand la fièvre

Glaçait mes doigts raidis,

Otant mon poil de chèvre,

Sur vous je l'étendis.

Faut-il que le froid vienne,

Néra,

Pour qu'il vous en souvienne?

Ah! Ah!

Néra!

Adieu, sous mon vieux hêtre

Je m'en reviens sans vous.

Allez chercher pour maître

Un plus riche que nous!

Allez, mon coeur se brise,

Néra!...

Pourtant, Dieu te conduise!

Ah! Ah!

Néra!

Je n'ai pas le courage

De te vouloir du mal:

Sur nos monts crains l'orage!

Crains l'ombre dans le val!

Pais longtemps l'herbe verte,

Néra!

Nous mourrons de ta perte,

Ah! Ah!

Néra!

Un soir, à ma fenêtre,

Néra, pour t'abriter,

De la corne peut-être

Tu reviendras heurter.

Si la famille est morte,

Néra,

Qui t'ouvrira la porte?

Ah! Ah!

Néra!

CASIMIR DELAVIGNE.

ATHALIE INTERROGEANT JOAS

ATHALIE (_à part_).

O ciel! plus j'examine, et plus je le regarde...

C'est lui! D'horreur encor tous mes sens sont saisis.

(_A Josabet en lui montrant Joas_).

Épouse de Joad, est-ce là votre fils?

JOSABET.

Qui? lui, madame?

ATHALIE.

Lui.

JOSABET.

Je ne suis point sa mère.

(_Montrant Zacharie._)

Voilà mon fils.

ATHALIE _à Joas_.

Et vous, quel est donc votre père?

Jeune enfant, répondez.

JOSABET.

Le ciel jusqu'aujourd'hui...

ATHALIE _à Josabet_.

Pourquoi vous pressez-vous de répondre pour lui!

C'est à lui de parler.

JOSABET.

Dans un âge si tendre,

Quel éclaircissement en pouvez-vous attendre?

ATHALIE.

Cet âge est innocent; son ingénuité

N'altère point encor la simple vérité:

Laissez-le s'expliquer sur tout ce qui le touche.

JOSABET (_à part_).

Daigne mettre, grand Dieu! ta sagesse en sa bouche.

ATHALIE.

Comment vous nommez-vous?

JOAS.

J'ai nom Éliacin.

ATHALIE.

Votre père?

JOAS.

Je suis, dit-on, un orphelin,

Entre les bras de Dieu jeté dès ma naissance,

Et qui de mes parents n'eus jamais connaissance.

ATHALIE.

Vous êtes sans parents?

JOAS.

Ils m'ont abandonné.

ATHALIE.

Comment et depuis quand?

JOAS.

Depuis que je suis né.

ATHALIE.

Ne sait-on pas au moins quel pays est le vôtre?

JOAS.

Ce temple est mon pays, je n'en connais point d'autre.

ATHALIE.

Où dit-on que le sort vous a fait rencontrer?

JOAS.

Parmi des loups cruels prêts à me dévorer.

ATHALIE.

Qui vous mit dans ce temple?

JOAS.

Une femme inconnue,

Qui ne dit point son nom, et qu'on n'a point revue.

ATHALIE.

Mais de vos premiers ans quelles mains ont pris soin?

JOAS.

Dieu laissa-t-il jamais ses enfants au besoin?

Aux petits des oiseaux il donne leur pâture,

Et sa bonté s'étend sur toute la nature.

Tous les jours je l'invoque, et d'un soin paternel

Il me nourrit des dons offerts sur son autel.

ATHALIE (_à part_).

Quel prodige nouveau me trouble et m'embarrasse!

La douceur de sa voix, son enfance, sa grâce,

Font insensiblement à mon inimitié

Succéder... Je serais sensible à la pitié!

(_A Joas._)

..... Quel est tous les jours votre emploi?

JOAS.

J'adore le Seigneur; on m'explique sa loi;

Dans son livre divin on m'apprend à la lire,

Et déjà de ma main je commence à l'écrire.

ATHALIE.

Que vous dit cette loi?

JOAS.

Que Dieu veut être aimé.

Qu'il venge tôt ou tard son saint nom blasphémé;

Qu'il est le défenseur de l'orphelin timide;

Qu'il résiste au superbe et punit l'homicide.

ATHALIE.

J'entends. Mais tout ce peuple enfermé dans ce lieu,

A quoi s'occupe-t-il?

JOAS.

Il loue et bénit Dieu.

ATHALIE.

Dieu veut-il qu'à toute heure on prie, on le contemple?

JOAS.

Tout profane exercice est banni de son temple.

ATHALIE.

Quels sont donc vos plaisirs?

JOAS.

Quelquefois à l'autel,

Je présente au grand-prêtre ou l'encens ou le sel;

J'entends chanter de Dieu les grandeurs infinies;

Je vois l'ordre pompeux de ses cérémonies.

ATHALIE.

Hé quoi! vous n'avez pas de passe-temps plus doux?

Je plains le triste sort d'un enfant tel que vous.

Venez dans mon palais, vous y verrez ma gloire.

JOAS.

Moi! des bienfaits de Dieu je perdrais la mémoire!

ATHALIE.

Non, je ne vous veux pas contraindre à l'oublier.

JOAS.

Vous ne le priez point.

ATHALIE.

Vous pourrez le prier.

JOAS.

Je verrais cependant en invoquer un autre.

ATHALIE.

J'ai mon Dieu que je sers: vous servirez le vôtre:

Ce sont deux puissants dieux.

JOAS.

Il faut craindre le mien:

Lui seul est Dieu, madame, et le vôtre n'est rien.

ATHALIE.

Les plaisirs près de moi vous chercheront en foule.

JOAS.

Le bonheur des méchants comme un torrent s'écoule.

ATHALIE.

Ces méchants, qui sont-ils?

JOSABET.

Hé, madame! excusez

Un enfant...

ATHALIE (_à Josabet_).

J'aime à voir comme vous l'instruisez.

(_A Joas._)

Enfin, Éliacin, vous avez su me plaire;

Vous n'êtes point sans doute un enfant ordinaire.

Vous voyez, je suis reine, et n'ai point d'héritier;

Laissez là cet habit, quittez ce vil métier:

Je veux vous faire part de toutes mes richesses.

Essayez dès ce jour l'effet de mes promesses;

A ma table, partout, à mes côtés assis,

Je prétends vous traiter comme mon propre fils.

JOAS.

Comme votre fils!

ATHALIE.

Oui.. Vous vous taisez?

JOAS.

Quel père

Je quitterais! et pour...

ATHALIE.

Hé bien?

JOAS.

Pour quelle mère!

(Athalie, acte II, scène VII.)

RACINE.

BONHEUR DE L'ENFANT PIEUX

Oh! bienheureux mille fois

L'enfant que le Seigneur aime,

Qui de bonne heure entend sa voix,

Et que ce Dieu daigne instruire lui-même!

Loin du monde élevé, de tous les dons des cieux

Il est orné dès son enfance,

Et du méchant l'abord contagieux

N'altère point son innocence.

Tel en un secret vallon,

Sur le bord d'une onde pure,

Croît à l'abri de l'aquilon

Un jeune lis, l'amour de la nature,

Heureux, heureux mille fois

L'enfant que le Seigneur rend docile à ses lois!

J. RACINE.

L'ENFANT ET LA FAUVETTE

Si j'étais toi, ma fauvette,

Toi qui becquettes le pain

Que pour toi répand ma main

Aux abords de ma chambrette;

Si j'étais toi, je prendrais

Mon vol bien loin de la terre:

Adieu! dirais-je à ma mère;

Et j'irais, je monterais

Bien haut, par-dessus les nues;

Je franchirais ces sommets

Où l'homme n'atteint jamais,

Par des routes inconnues

J'irais au fond du ciel bleu,

Plus haut qu'où l'astre étincelle;

Je n'arrêterais mon aile

Qu'après avoir trouvé Dieu.

Mon ami, dit la fauvette,

Pour cela point n'est besoin

D'aller si haut ni si loin:

Cherche Dieu dans ta chambrette!

L. TOURNIER.

L'HIRONDELLE

«Où va ce petit oiseau

Quand il quitte le hameau?

Disait un fils à sa mère.

«Va-t-il en terre étrangère,

Chercher un toit plus béni

Pour y suspendre son nid?

Pourquoi, dans cette saison,

Quitte-t-il notre maison?

--«Mon enfant, reprit la mère,

Regarde vers ces grands bois;

Les feuilles jonchent la terre;

Les oiseaux n'ont plus de voix.

Dans l'air plus de doux murmure,

Plus de chants mélodieux:

C'est le deuil de la nature:

Vois, tout est mort sous les cieux!

Voilà pourquoi l'hirondelle,

Quand tout meurt autour de nous,

Au loin fuit à tire-d'aile,

Pour chercher des cieux plus doux.»

De notre vie, enfant, l'hirondelle est l'image:

Nous sommes ici-bas des oiseaux de passage,

Et quand le long sommeil vient nous fermer les yeux,

Nous prenons notre essor vers le séjour des cieux.

P.-T. GONTARD.

ÉLÉGIE

SUR UNE JEUNE FILLE TOMBÉE A LA MER

Pleurez, doux alcyons! ô vous, oiseaux sacrés,

Oiseaux chers à Thétis; doux alcyons, pleurez!

Elle a vécu, Myrto, la jeune Tarentine!

Un vaisseau la portait aux bords de Camarine:

Là, l'hymen, les chansons, les flûtes, lentement

Devaient la reconduire au seuil de son amant.

Une clef vigilante a, pour cette journée,

Sous le cèdre enfermé sa robe d'hyménée,

Et l'or dont au festin ses bras seront parés,

Et pour ses blonds cheveux, les parfums préparés.

Mais seule sur la proue invoquant les étoiles,

Le vent impétueux qui soufflait dans ses voiles

L'enveloppe: étonnée et loin des matelots,

Elle tombe, elle crie, elle est au sein des flots...

Elle est au sein des flots, la jeune Tarentine!

Son beau corps a roulé sous la vague marine.

Thétis, les yeux en pleurs, dans le creux d'un rocher,

Aux monstres dévorants eut soin de le cacher.

Par son ordre bientôt les belles Néréides

S'élèvent au-dessus des demeures humides,

Le poussent au rivage, et dans ce monument

L'ont au cap du Zéphyr déposé mollement;

Et de loin à grands cris appelant leurs compagnes,

Et les Nymphes des bois, des sources, des montagnes,

Toutes, frappant leur sein et traînant un long deuil,

Répétèrent, hélas! autour de son cercueil:

Hélas! chez ton amant tu n'es point ramenée,

Tu n'as point revêtu ta robe d'hyménée.

L'or autour de ton bras n'a point serré de noeuds,

Et le bandeau d'hymen n'orna point tes cheveux.

ANDRÉ CHÉNIER.

LE PETIT ENFANT

Pour le bon Dieu que puis-je faire?

Je suis si petit, si petit!

Voici ce que mon coeur me dit:

J'aimerai bien ma bonne mère;

Je puis l'aimer quoique petit!

Pour Dieu, que puis-je faire encore?

Puisque c'est Dieu qui nous bénit,

Je prierai bien, près de mon lit,

Ce bon Dieu que ma mère adore.

On peut prier, quoique petit!

Et puis-je faire davantage?

A l'école où l'on me conduit,

Attentif à tout ce qu'on dit,

Je m'efforcerai d'être sage:

On peut l'être, quoique petit!

Et quoi d'autre enfin?... Si ma mère

Me réprimande ou m'avertit,

J'y veillerai quoique petit,

Pour corriger mon caractère:

C'est comme cela qu'on grandit!

L. TOURNIER.

LE PETIT ESPIÈGLE

Au loup! au loup! à moi! criait un jeune pâtre,

Et les bergers entre eux suspendaient leurs discours,

Trompés par les clameurs du rustique folâtre;

Tout venait, jusqu'au chien, tout volait au secours.

Ayant de tant de coeurs éveillé le courage,

Tirant l'un du sommeil et l'autre de l'ouvrage,

Il se mettait à rire, il se croyait bien fin.

Je suis loup, disait-il; mais attendez la fin.

Un jour que les bergers, au fond de la vallée,

Appelant la gaieté sur leurs aigres pipeaux,

Confondaient leurs repas, leurs chansons, leurs troupeaux

Et de leurs pieds joyeux pressaient l'herbe foulée:

«Au loup! au loup! à moi!» dit le jeune garçon,

«Au loup!» répéta-t-il d'une voix lamentable:

Pas un n'abandonna la danse ni la table.

«Il est loup,» dirent-ils, «à d'autres la leçon.»

Et toutefois le loup dévorait la plus belle

De ses belles brebis;

Et pour punir l'enfant qu'il traitait de rebelle,

Il lui montrait les dents, déchirait ses habits:

Et le pauvre menteur, élevant ses prières,

N'attristait que l'écho: ses cris n'amenaient rien,

Tout riait, tout dansait au loin sur les bruyères.

«Eh quoi! pas un ami,» dit-il, «pas même un chien!»

On ajoute (et vraiment c'est pitié de le croire)

Qu'il serrait la brebis dans ses deux bras tremblants;

Et quand il vint en pleurs raconter son histoire,

On vit que ses deux bras étaient nus et sanglants.

«Il ne ment pas, dit-on; il tremble! il saigne! il pleure.

«Quoi! c'est donc vrai, Colas!» il s'appelait Colas,

«Nous avons bien ri tout à l'heure,

«Et la brebis est morte, elle est mangée... hélas!»

On le plaignit. Un rustre insensible à ses larmes

Lui dit: «Tu fus menteur, tu trompas notre effroi;

«Or, s'il m'avait trompé, le menteur fut-il roi,

«Me crierait vainement: Aux armes!»

Mme DESBORDES-VALMORE.

L'ENFANT AVEUGLE

Quel est donc, dites-moi, ce qu'on nomme lumière,

Dont je ne peux jamais espérer de jouir?

A votre pauvre enfant, dites, dites, ma mère,

La vue est-ce bien doux? quel en est le plaisir?

Tout ce que vous voyez n'est pour moi que mystère;

Ce soleil si brillant, il éclaire vos pas;

Je sens bien sa chaleur, mais comment il éclaire,

Quels sont le jour, la nuit, je ne le comprends pas.

Je m'amuse le jour et la nuit je sommeille;

Si je ne dormais pas, sans cesse il serait jour.

Oh? dites, du soleil est-ce là la merveille?

Fait-il ainsi le jour et la nuit tour à tour?

Je vous entends gémir, vous plaignez mon jeune âge:

Ménagez des soupirs et des pleurs superflus;

Si la vue est un bien j'en ignore l'usage:

On ne peut regretter que le bien qu'on n'a plus.

Le ciel à ce que j'ai borne ma jouissance;

Ne me dérobez pas ce qu'il a mis en moi:

Je suis un pauvre enfant aveugle de naissance;

Mais, avec ma gaieté, je chante, je suis roi.

J.-F. CHATELAIN.

L'ENFANT DU SOLDAT

Je n'ai plus d'appui sur la terre,

Je suis errant, abandonné:

Mon seul espoir était mon père,

Et les combats l'ont moissonné!

Mais avec orgueil je m'écrie:

Il tomba fidèle et vaillant!

Ah! secourez le pauvre enfant

Du soldat mort pour sa patrie!

Au malheur son destin me livre

Et j'implore en vain la pitié;

Quand le brave a cessé de vivre,

Serait-il si tôt oublié?

Songez, vous que ma voix supplie,

Qu'il mourut en vous défendant;

Ah! secourez le pauvre enfant

Du soldat mort pour sa patrie!

Voilà cette étoile éclatante

Que je vis briller sur son sein:

Faudra-t-il d'une main tremblante

La vendre pour avoir du pain?

Garde qu'elle ne soit flétrie!

Me disait-il en expirant...

Ah! secourez le pauvre enfant

Du soldat mort pour sa patrie!

Déjà mon jeune coeur tressaille,

Quand je vois flotter nos drapeaux;

Au seul récit d'une bataille

Je me sens le fils d'un héros:

Je l'espère, ô France chérie!

Un jour je t'offrirai mon sang...

Ah! secourez le pauvre enfant

Du soldat mort pour sa patrie!

CONSOLATION

Composé en 1669. A M. du Perrier.

Ta douleur, du Perrier, sera donc éternelle?

Et les tristes discours

Que te met en l'esprit l'amitié paternelle

L'augmenteront toujours?

Le malheur de ta fille au tombeau descendue

Par un commun trépas,

Est-ce quelque dédale où ta raison perdue

Ne se retrouve pas?

Je sais de quels appas son enfance était pleine,

Et n'ai pas entrepris,

Injurieux ami, de soulager ta peine

Avecque son mépris.

Mais elle était du monde, où les plus belles choses

Ont le pire destin;

Et rose elle a vécu ce que vivent les roses,

L'espace d'un matin.

Puis quand ainsi serait que, selon ta prière,

Elle aurait obtenu

D'avoir en cheveux blancs terminé sa carrière,

Qu'en fût-il advenu?

Penses-tu que plus vieille en sa maison céleste

Elle eût eu plus d'accueil,

Ou qu'elle eût moins senti la poussière funeste

Et les vers du cercueil?

La mort a des rigueurs à nulle autre pareilles:

On a beau la prier;

La cruelle qu'elle est se bouche les oreilles,

Et nous laisse crier.

Le pauvre en sa cabane où le chaume le couvre

Est sujet à ses lois;

Et la garde qui veille aux barrières du Louvre

N'en défend point les rois.

De murmurer contre elle et perdre patience

Il est mal à propos;

Vouloir ce que Dieu veut est la seule science

Qui nous met en repos.

MALHERBE.

L'ANGE ET L'ENFANT

Un ange au radieux visage,

Penché sur le bord d'un berceau,

Semblait contempler son image

Comme dans l'onde d'un ruisseau.

Charmant enfant qui me ressemble,

Oh! disait-il, viens avec moi;

Viens, nous serons heureux ensemble;

La terre est indigne de toi.

Là, jamais entière allégresse;

L'âme y souffre de ses plaisirs;

Les cris de joie ont leur tristesse,

Et les voluptés leurs soupirs.

La crainte est de toutes les fêtes;

Jamais un jour calme et serein

Du choc ténébreux des tempêtes

N'a garanti le lendemain.

Eh quoi! les chagrins, les alarmes,

Viendraient troubler ce front si pur,

Et par l'amertume des larmes

Se terniraient ces yeux d'azur!

Non, non, dans les champs de l'espace

Avec moi tu vas t'envoler:

La Providence te fait grâce

Des jours que tu devais couler.

Que personne dans ta demeure

N'obscurcisse ses vêtements;

Qu'on accueille ta dernière heure,

Ainsi que tes premiers moments.

Que les fronts y soient sans nuage,

Que rien n'y révèle un tombeau.

Quand on est pur comme à ton âge,

Le dernier jour est le plus beau.

Et secouant ses blanches ailes,

L'ange, à ces mots, prit son essor

Vers les demeures éternelles.

Pauvre mère!... ton fils est mort.

REBOUL.

LA FAUVETTE ET SES PETITS

Sais-tu? Oui.--Retiens. Non.--Apprends. Recueil de poésies simples et faciles destinées à servir d'exercices élémentaires de mémoire · 第 1 / 7 段