GERONTE.

Paris voit tous les jours de ces metamorphoses:

_Dans tout le Pré-aux-Clercs tu verras mêmes choses_,

Et l'univers entier ne peut rien voir d'égal

Aux superbes dehors du _Palais-Cardinal_.

Toute une ville entière, avec pompe bastie,

Semble d'un vieux fossé par miracle sortie,

Et nous fait présumer, à ses superbes toits,

Que tous ses habitants sont des dieux ou des rois.

Dans ce qu'il dit sur le _Pré-aux-Clercs_ à cette date

de 1642, Corneille se trouve être plus vrai que Sauval

lui-même dans un passage trop vague de ses _Antiquités de

Paris_ (t. 2, p. 368).]

_Première maison._

Le premier des baux faits par l'Université est celuy qu'elle passa

pardevant Levesque et Boucot, notaires au Chastelet de Paris, le

31 aoust 1639, avec M. Pierre Bailly, ecuyer, sieur de Berchère,

tresorier general de France à Chalons, d'une pièce de terre

sise sur la rue des Saints-Pères ou de la Charité, attenant le

cimetière des Religionnaires, duquel une partie appartient aussi à

l'Université[222]. Cette place, contenant 432 toises en superficie,

fut donnée moyennant 10 livres 8 sols parisis de cens, qui font 13

livres tournois, et 432 livres de rente. Ledit sieur de Berchère

fit bastir trois maisons sur cette place, dont il en vendit une,

qui est celle du milieu, à dame Renée de Boulainvilliers, comtesse

de Courtenay, veuve du sieur marquis de Rambure, par contract du

5 juillet 1643, à la charge de l'acquitter envers l'Université de

300 livres de rente, faisant partie des 432 livres portez par son

bail, et de 10 livres 8 sols de cens, et outre ce, moyennant 58,000

livres, dont il resteroit 6,000 livres ès mains de la dite dame, pour

servir au rachapt des dites 300 livres de rente, à laquelle clause la

dite dame de Rambure n'a point satisfait, et sur laquelle, dans la

suite, la dite maison a esté vendue et adjugée à M. Claude Tiquet,

conseiller en la cour[223], par sentence des requestes du Palais

du 7 septembre 1689, lequel a passé titre nouvel, le 16 mars 1696,

pardevant Baglan, notaire.

[Note 222: Piganiol confirme la situation de la maison de

M. Bailly de Berchère, t. 8, p. 96-97.]

[Note 223: C'est le même que sa femme, la belle et trop

fameuse Mme Tiquet, tenta deux fois de faire assassiner.

On conçoit, d'après la situation de la maison qu'ils

habitoient, comment il se fit que l'exécution de la

coupable eut lieu, le 17 juin 1699, au carrefour de la

Croix-Rouge, qui étoit la place de Grève de la justice

de Saint-Germain-des-Prés. (V. Guyot de Pitaval, _Causes

célèbres_, t. 4, p. 43, et t. 5, p. 485.)]

_Deuxième et troisième maisons._

A l'égard des deux autres maisons, les créanciers des sieur et

dame de Berchère les ont vendues, sçavoir: une à dame Marguerite

d'Almeras[224], veuve de M. Roger-François de Fromont, secrétaire

des commandemens de feu S. A. R. Monsieur, duc d'Orléans[225], par

contract passé pardevant Le Secq de Launay et Quarré, notaires,

le 19 septembre 1668, et l'autre à M. Roger-François de Fromont,

ecuyer, sieur de Villeneuve, par contract passé pardevant les mesmes

notaires, le 26 des dits mois et an; le dit sieur de Fromont a passé

titre nouvel le 22 mars 1687, pardevant Baglan, notaire.

[Note 224: Elle étoit fille de ce d'Almeras qui fit sous

Louis XIII une si grande fortune comme financier et comme

fermier des postes. (V. sur lui la _Chasse aux larrons_ de

J. Bourgoing.)]

[Note 225: Ceci donne encore raison à ce que nous avons dit

de l'empressement des officiers de la maison de Gaston ou

de celle de sa fille à venir s'établir dans ces quartiers,

qui avoient, entre autres avantages, celui de n'être pas

éloignés du Luxembourg.]

_Quatrième et cinquième maisons._

Ces deux maisons, dont l'une, joignant la precedente, fait

l'encoigneure de la dite rue des Saints-Pères, et l'autre est la

première à main gauche dans la rue de l'Université, sont basties

sur 420 toises de terre données à cens et rente par l'Université,

par contract passé pardevant Levesque et Boucot le 8 aoust 1639,

à messire Jean Le Coq, seigneur de Corbeville, conseiller en la

grand'chambre, moyennant 420 livres de rente et 10 livres parisis

de cens; a passé titre nouvel le 26 février 1695, pardevant Baglan,

notaire[226].

[Note 226: La maison de M. Lecoq est indiquée sur le plan

de Gomboust, au coin de la rue des Saints-Pères et de la

rue der l'Université. Cette dernière y est appelée rue de

_Sorbonne_. Elle a aussi ce nom sur les plans de Bullet

et de Jouvin. Sauval (t. 1, p. 152) dit que c'est à tort

qu'on le lui donne, car rien n'indique qu'elle l'ait

jamais réellement porté. G. Brice (t. 4, p. 59) est d'un

avis contraire, et soutient que ce nom désigna au moins

la partie comprise entre la rue des Saints-Pères et la

rue du Bac. Jaillot pense, de son côté, que c'est la rue

Saint-Dominique qui, en 1673, s'appeloit rue _de Sorbonne_.

(_Quartier Saint-Germain_, p. 81.) Quant à Piganiol (t.

8, p. 169), il donne tort et raison à G. Brice: raison

si, pour l'époque où cette désignation put être en usage,

il s'en tient à la date du plan de Gomboust, c'est-à-dire

à 1652; tort, s'il soutient que ce nom dut être employé

plus tard. Cette opinion de Piganiol est certainement la

meilleure.]

_Sixième maison._

Cette maison est bastie sur 420 toises de terre données à cens et

rente par contract passé pardevant les dits Levesque et Boucot,

notaires, le 8 aoust 1639, à messire Pierre Pithou, conseiller au

parlement, moyennant 10 livres parisis de cens et 420 livres de

rente, laquelle a esté rachetée par quittance du 19 juillet 1651.

Messire Henri de Bullion, conseiller au parlement, et dame Magdelaine

de Vassan, son epouse, ont acquis par contract d'echange passé

pardevant Mousnier et Le Secq de Launay, notaires, le 25 may 1675,

la dite maison de messire Nicolas Durand de Villegagnon, et de

damoiselle Elisabeth Pithou, son epouse, fille et heritière du dit

feu sieur Pithou.

La dite dame veuve de Bullion et ses enfants ont passé titre nouvel à

l'Université le 10 septembre 1691, pardevant Lorimier, notaire.

_Septième maison._

Cette maison est bastie sur pareille quantité de terre que les

deux precedentes, données à cens et rente par l'Université par

contract passé pardevant les mesmes notaires, aux mesmes charges et

conditions, à M. Charles de Berulle, maistre des requestes, laquelle

il a depuis vendue à messire François d'Harville des Ursins, marquis

de Paloiseau, par contract passé pardevant Muret, notaire, le 30

avril 1657, et le dit sieur marquis de Paloiseau a passé titre nouvel

pardevant Baglan, notaire, le 21 juillet 1694[227].

[Note 227: L'hôtel de Paloiseau, l'un des plus anciens

et des plus beaux de ce quartier, est indiqué sur la

plupart des plans de Paris au XVIIe siècle; seulement on

l'y confond souvent, notamment sur le plan de 1699 et sur

celui de Blondel, avec son voisin, l'hôtel Tambonneau. Sur

le plan Turgot, il s'appelle hôtel de la Roche-Guyon. Il

étoit donc devenu, par acquisition ou autrement, l'un des

quatre hôtels que, suivant Piganiol, «les comtes de la

Roche-Guyon, du nom de Silli, ont eus à Paris en différents

temps et en différents quartiers.» (_Description de Paris_,

t. 3, p. 280-281.)]

_Huitième et neuvième maisons._

Ces deux maisons sont basties sur 1950 toises de terre données à cens

et rente par l'Université, par contract passé pardevant les mesmes

notaires, le dit jour, 31 aoust 1639, à messire Jean Tambonneau,

conseiller du roy en ses conseils, president en la chambre des

comptes, moyennant 47 livres parisis de cens et 1950 livres de

rente, dont il en a esté racheté 500 livres par quittances des 20

janvier et 12 mars 1681, données par M. Charles Quarré, lors receveur

de l'Université; partant la rente n'est plus que de 1450 livres.

Messire Antoine-Michel Tambonneau, aussi president en la chambre des

comptes, fils et heritier du dit feu sieur Tambonneau, a passé à

titre nouvel le 25 octobre 1694, pardevant Baglan et son confrère,

notaires[228].

[Note 228: L'hôtel Tambonneau, dont G. Brice a donné la

description, t. 4, p. 59-60, avoit été bâti par Le Vau, et

étoit l'un des plus beaux de la rue de l'Université. Le

président étoit venu au Pré-aux-Clercs pour se rapprocher

de Le Coigneux, son ami, (dont l'hôtel est devenu celui du

ministère de l'instruction publique) et peut-être aussi

afin d'être à portée de voir de plus près et plus souvent

la fille de la Dupuis, mariée à de Sacy, pour laquelle il

avoit une vive inclination. (V. Tallemant, édit. P. Pâris,

t. 1, p 347.) En attendant que son hôtel fût bâti, il

s'établit dans la maison que Barbier, contrôleur général

des bois de l'Isle de France, et l'un des adjudicataires

du parc de la reine Marguerite, avoit fait construire rue

de Beaune, à deux pas du pont de bois, qu'on appeloit à

cause de lui _pont Barbier_. «Cette belle maison auprès

du Pré-aux-Clercs», comme Tallemant appelle l'hôtel

Tambonneau, étant terminée, il y vint avec sa femme, si

connue alors par ses coquetteries de toutes sortes, et

même avec les amants de madame, entre autres Aubijoux,

qui, s'y trouvant bien, «y mena, dit Tallemant, d'autres

gens de la cour». (Edit. in-12, t. 9, p. 155.) La maison

Tambonneau est figurée sur le plan de Gomboust; ses

jardins vont jusqu'à la rue Saint-Guillaume, en longeant

sur la gauche une partie du cimetière des huguenots. La

Quintinie, qui étoit précepteur du fils de M. Tambonneau,

développa, dans ses magnifiques jardins, le goût qu'il

avoit pour l'horticulture, si bien qu'il renonça tout à

fait au dessein qu'il avoit de se faire avocat, et se fit

jardinier. On sait combien cette résolution lui a réussi,

et quelle célébrité il a atteinte.--M. Monmerqué a dit par

erreur, dans ses _Notes sur Tallemant_, t. 9, p. 155, que

l'hôtel Tambonneau, l'ancien hôtel de Bouillon, selon lui,

étoit encore un des plus beaux du quai Malaquais.]

_Dixième, onzième et douzième maisons._

Ces trois maisons sont basties sur 675 toises de terre, données à

cens et rente par l'Université, par contract passé pardevant les

mesmes notaires, le 3 septembre 1639, à messire Tanneguy Seguier,

president au parlement, moyennant 16 livres 4 sols parisis de cens et

675 livres de rente, laquelle fut depuis reduite à 588 livres 16 sols

8 deniers, au moyen de l'arpentage fait de ladite place par Thomas

Goubert, masson, le 5 juillet 1660, nommé d'office par M. Coicault,

conseiller au parlement et commissaire aux requestes du palais, en

conséquence d'une sentence rendue par ladite Cour le 8 janvier 1659,

et le cens reduit à 17 livres 13 sols 5 deniers.

Dame Marguerite de Menisson, veuve dudit sieur president Seguier,

vendit ladite place par contract passé pardevant Huart et Lemoyne,

notaires au Chastelet, le 8 decembre 1643, à M. André Briçonnet,

sieur du Mesnil et de la Chaussée, à la charge de payer les arrerages

desdits cens et rente.

Dame Louise Pithou, veuve dudit sieur Briçonnet, rachetta ladite

rente, montant en principal à 11,776 livres 13 sols 4 deniers, par

quittance passée par devant Pain et Mousnier, notaires, le 31 juillet

1660.

Messire François Briçonnet, maître des comptes, tant comme fils et

heritier dudit sieur André Briçonnet que comme donataire de ladite

dame Pithou, sa mère, en faveur de son contract de mariage du 20

janvier 1659, a passé titre nouvel des dites trois maisons le 21 mars

1688, pardevant Baglan, notaire.

_Treizième maison._

Cette maison est bastie sur 650 toises de terre, données à cens et

rente par l'Université, par contract passé par devant les mesmes

notaires, le 3 septembre 1639, à messire Jean de Berulle, seigneur du

Vieux-Verger et de Serilly, conseiller d'estat, moyennant 15 livres

12 sols parisis de cens et 650 livres de rente.

Les mesmes jour et an, ledit sieur de Berulle en passa declaration au

profit de M. Jean Bouthier, secretaire de la reine, et de damoiselle

Anne Prieur, sa femme.

Jean-Louis et Anne Bouthier, enfans et heritiers des dits sieur

et damoiselle Bouthier, echangèrent la dite place, par contrat du

21 janvier 1658, avec M. Adrien Guitonneau, secretaire du roy,

lequel, par autre contract du 13 may 1660, l'echangea avec dame

Elisabeth Lhuillier, epouse non commune en biens de messire Estienne

Daligre, chancelier de France, qui la fit decreter et s'en rendit

adjudicataire par sentence du Chastelet du septième mai 1661; et

avant que l'adjudication luy en eut esté faite, elle la fit mesurer

et arpenter par Thomas Gobert[229], maître masson, expert convenu;

par l'arpentage ladite place ne se trouva contenir que 570 toises 3

pieds 9 poulces, c'est-à-dire quatre-vingts toises ou environ moins

qu'il n'est porté par ledit contract de bail à cens et rente, de

manière que la rente fut reduite à 570 livres 2 sols 1 denier, et le

cens à 17 livres 2 sols.

[Note 229: Ce Thomas Gobert étoit le père de l'architecte

du même nom à qui l'on devoit le dessin de la Bibliothèque

des Petits-Pères, et qui construisit tout près de ce

même hôtel d'Aligre «une fort jolie maison», dit Germain

Brice (t. 4, 81), dont il n'est pas parlé ici. En 1752,

elle appartenoit aux héritiers de la présidente de Brou.

Selon Brice, on l'avoit bâtie sur un emplacement occupé

auparavant par la manufacture de glaces qui fut ensuite

transférée au faubourg Saint-Antoine. Un manége, ou, comme

dit Brice, «une _académie_ pour monter à cheval», s'y

étoit vu auparavant. C'est sans doute l'_académie_ de M.

Forestier, figurée sur le plan Gomboust. Elle avoit son

entrée sur la rue _de Sorbonne_ (sic) par une sorte de

petite ruelle. Ces établissements furent nombreux de ce

côté au XVIIe siècle. Michel de Marolles, qui consacre tout

un chapitre de sa _Description de Paris_ (1677, in-4.) aux

_académies pour monter à cheval_, nous montre:

Glapier le lyonnois, Soleitzel, Bernaldi,

Gentilhomme lucquois, cousin d'Arnolphini;

Du Vernay, Rocquefort......,

_Dans la rue où l'on dit de l'Université_

La Vallée au dessus des fossés de Condé,

Et Foubert dans la rue à sainte Marguerite.]

Jacques Laugeois, sieur d'Imbercourt, secretaire du roy, a acquis

ladite place de ladite dame Daligre, par contrat passé pardevant Bru

et Arrouet[230], notaires, le 19 septembre 1681, sur laquelle il a

fait bastir une grande maison[231], dont il a passé titre nouvel le 8

mars 1687, pardevant Baglan, notaire.

[Note 230: Le notaire Arouet, père de Voltaire.]

[Note 231: Germain Brice a donc raison quand il nous dit

(t. 4, p. 60) que la première maison bâtie sur ce terrain

le fut par Laugeois d'Imbercourt. Mme d'Aligre avoit

possédé la _place_, mais n'y avoit rien fait construire,

quoi qu'en dise Piganiol, t. VIII, p. 170. Cet hôtel,

que Brice a décrit, et qui étoit loin d'être beau malgré

l'argent qu'on y avoit dépensé, revint et resta à la

famille d'Aligre, après avoir appartenu quelque temps au

premier président Achille du Harlay.]

_Quatorzième maison._

Cette maison est bastie sur 585 toises et demie de terre, données

à cens et rente par l'Université, par contrat passé pardevant les

mesmes notaires, le 3 septembre 1639, à M. François Lhuillier,

maistre des comptes[232], moyennant 14 livres parisis de cens et 585

livres 10 sols de rente.

[Note 232: Le même dont Chapelle, l'ami de Bachaumont,

étoit le fils naturel.]

Ledit sieur Lhuillier estant mort, dame Elisabeth Lhuillier, sa

soeur, epouse dudit seigneur chancelier Daligre, tant comme son

heritière que comme fondée de procuration de M. François Bochard

de Saron, à cause de dame Magdelaine Lhuillier, son epouse, aussi

soeur et heritière dudit sieur Lhuillier, passa titre nouvel à

l'Université le 28 avril 1663, et declara par iceluy que l'arpentage

ayant esté fait de ladite place par Michel Gemin, arpenteur convenu,

la dite place, suivant son procez-verbal du 3 juillet 1650, ne se

seroit trouvée contenir que 478 toises 3 quarts 7 pieds 35 poulces,

c'est-à-dire 107 toises quelques pieds moins qu'il n'est porté par le

contract de bail à cens et rente; partant, que la dite dame de Saron

et elle n'estoient obligées que de payer 478 livres 19 sols de rente

et 14 livres 6 sols 4 deniers de cens au lieu de 585 livres 10 sols

de rente et 17 livres 10 sols de cens. Messire Jean Bochard de Saron,

conseiller en la grand'chambre, en a passé titre nouvel pardevant

Baglan, notaire, le 20 février 1695.

_Quinzième et seizième maisons._

Ces deux maisons sont basties sur 917 toises de terre, données à cens

et rente par l'Université, par contract passé pardevant les mesmes

notaires, le 3 septembre 1639, à messire Christophe Leschassier,

maistre des comptes, et messire Thomas de Bragelonne, conseiller

au parlement, et depuis premier president au parlement de Metz,

moyennant 21 livres 19 sols parisis de cens et 917 livres de rente,

le tout solidairement; la rente a esté rachetée.

Le dit sieur Leschassier a donné la maison qu'il a fait bastir

sur partie de la dite place à M. Robert Leschassier, son fils,

aujourd'huy conseiller en la grand'chambre, par son contract de

mariage du 29 mai 1661, pardevant La Mothe, notaire, lequel a passé

titre nouvel le 20 novembre 1694, pardevant Baglan, notaire, tant

pour sa maison que pour celle bastie par le dit sieur president

de Bragelonne, les deux maisons estant obligées solidairement à

l'Université.

_Dix-septième maison._

Cette maison est bastie sur 444 toises de terre, données à cens et

rente par l'Université, par contract passé pardevant les mesmes

notaires, le 3 septembre 1639, à M. Jean Levasseur, receveur-general

des finances à Paris, moyennant 12 livres 16 sols 9 deniers de cens

et 444 livres de rente, laquelle a esté rachetée.

Le 3 février 1655, le dit sieur Le Vasseur, par son testament

olographe, institua ses legataires universels Olivier Picques,

secretaire du roy, et dame Marie Le Vasseur, son epouse.

Jean Marie, Catherine et Anne Picques, enfants et heritiers des dits

sieur et dame Picques, en ont passé titre nouvel le 6 juillet 1688,

pardevant Baglan, notaire.

_Dix-huitième maison._

Cette maison, bastie sur.... toises de terre, est celle que

l'Université a fait construire à ses frais et depens, et laquelle

fait l'encoigneure de la dite rue de l'Université et de celle du

Bac[233].

[Note 233: C'est l'une des deux grandes maisons «sur la

porte desquelles, dit le chevalier du Coudray, sont les

armes de l'Université, à qui elles appartiennent et qui

ont donné le nom à la rue. C'est, ajoute le chevalier, une

anecdote que M. de Saint-Foix ignoroit, et que nous tenons

de M. Duval, recteur pour la seconde fois de l'Université.»

_Nouv. Essais historiques sur Paris_ (Paris, 1781, in-12,

t. 1, p. 178).--Saint-Foix ne l'avoit pas dit, c'est vrai,

mais Brice en avoit parlé, et à peu près dans les mêmes

termes que M. de Couchay, t. 4, p. 62.]

Il est à observer que derrière et attenant les jardins dependans des

maisons de Messieurs Tambonneau et Briçonnet, il y a 66 toises de

terre dependantes du dit grand Pré-aux-Clercs, encloses et faisant

partie du jardin des religieux jacobins du novitiat, lesquelles

furent autrefois données à cens et rente par M. Samuel Dacole, fondé

de procuration de l'Université, par acte et deliberation des 22

aoust 1629 et 9 mars 1630, aux nommez Jacques Le Fèvre, Catherine

du Bois, sa femme, et Pierre Pijard et Anne Le Fèvre, aussi sa

femme, par contract passé pardevant Coustard et Jutet, notaires au

Chatelet, le 11 mars 1630. Ce qui donna occasion à la passation

de ce contract fut que M. Louis Dulac, prieur de Louis, s'estant

rendu adjudicataire d'une maison, clos, jardin et moulin, saisis

reellement sur Jean Allen et sa femme, pour rendre le dit clos

quarré, s'etendit sur l'Université, et, depuis, ayant vendu le tout

aux dits Pijard et Le Fèvre, et l'Université ayant esté avertie de

l'entreprise du dit sieur Dulac, elle demanda qu'il lui en fût fait

raison par le dit Dulac ou les dits Pijard et Le Fevre, ce qui forma

un procès dont les dits Pijard et Le Fevre apprehendant avec raison

l'issue, ils consentirent de prendre à cens et rente de l'Université

ce qui se trouveroit avoir esté empiété sur elle. Ainsi il en fut

fait arpentage par Gaspard Hubert et Christophe Gamart, massons,

lesquels, par leur procès-verbal du 18 janvier 1632, evaluèrent

l'entreprise à 66 toises, pour lesquelles les dits Pijard et Le Fèvre

offrirent de payer à l'Université 7 livres de reste et 1 denier de

cens, ce qui leur fut accordé par le sus dit contract du dit jour 11

mars 1630.

Les Jacobins du novitiat[234] ont depuis acquis les droits des dits

Pijard et Le Fèvre, et en ont passé pardevant Baglan titre nouvel

à l'Université le 27 mars 1688, par lequel ils ont declaré que des

dites 66 toises de terre ils en avoient donné 9 à M. le president

Tambonneau par contract du 13 septembre 1646, pour rendre quarré un

jardin estant derriere la maison qui luy appartient, attenant celle

où il demeure, à la charge de les acquitter de 40 sols de rente, plus

les trois quarts d'une perche à M. André Briçonnet, le 12 octobre

1646, dont il avoit eu besoin parce qu'ils faisoient hache sur son

bastiment derrière sa maison.

[Note 234: Une partie des bâtiments du noviciat des

Jacobins réformés est occupée par le Musée d'artillerie.

L'église est devenue celle de Saint-Thomas-d'Aquin, qui,

dès l'origine, en étoit l'un des patrons. Les Jacobins

s'étoient établis là en 1633, sous le patronage de

Richelieu. (V. Suppl. aux _Antiquités de Paris_ par

Dubreul, p. 43.)]

_Dix-neuvième, vingtième et vingt-unième maisons._

Ces trois maisons sont basties dans la rue du Bac[235] sur 360

toises de terre, d'une part, données à cens et rente par l'Université

à M. Jacques du Chevreuil, par contract du 15 octobre 1659, moyennant

20 livres parisis de cens et 360 livres de rente;

[Note 235: La rue du Bac, que nous avons déjà vue souvent

nommée ici, devoit, comme on sait, son nom au _bac_

qui, avant la construction du _Pont-Barbier_ et surtout

du _Pont-Royal_, établissoit une communication entre

la rive gauche et la rive droite de la Seine.--Suivant

les _registres de l'Hôtel-de-Ville_, vol. 147, ce _bac_

avoit été établi par lettres-patentes du 6 novembre 1550.

Pendant la nuit de la Saint-Barthélemy, il avoit été

enlevé, ainsi que les autres bateaux de passeurs qui se

trouvoient d'ordinaire devant les Tuileries. On vouloit

par là empêcher que les huguenots, nombreux dans le

Pré-aux-Clercs, ne fussent avertis à temps; et, en effet,

ce fut une des raisons qui firent que M. de Caumont et

ses fils furent surpris et ne purent se sauver. (V. de

Meyer, _Galerie du XVIe siècle_, t. 1, p. 376.)--M. Berty,

à la p. 403 de son travail déjà cité, donne de curieux

renseignements sur ce _bac_, sur celui qui en étoit chargé

et sur le chemin qui y conduisoit. «Nous avons trouvé,

dit-il, dans les archives de l'Université, une transaction

du 26 mai 1580 par laquelle un marchand, nommé Georges

Regnier, qui est dit fournissant les matériaux qu'il

convient avoir pour les fortifications de cette ville de

Paris du costé des Thuilleryes, ensemble du pallais de

la royne (mère du roy), aus dites Thuilleryes, et ayant

aussi la charge du gouvernement du _bac_ assis sur la

rivière, vis-à-vis du dit pallays, pour le passage des

dits materiaux, obtint de l'Université la permission de

faire passer et repasser les chevaux, charettes, harnoys,

tant chargés que vuides, avec les gens du dit Regnier,

par et au travers du Pré-aux-Clers..... par le chemin jà

commencé longtemps et qui vient de Vaugirard, entrant

dans le dit Pré, auprès de sa borne, située près du lieu

où etoit sise la Maison-Rouge, pour aller où est situé le

dit _bac_ d'icelluy Regnier... sans que icelluy Regnier

ni ses gens et serviteurs puissent faire autre chemin que

celui susdit, de largeur de dix pieds.» Cette curieuse

pièce, heureusement retrouvée par M. Berty, n'avoit pas

échappé à du Boulay. (V. son _Mémoire_, p. 153.)--Il n'est

pas étonnant que les matériaux pour les fortifications et

le palais dussent venir du Pré-aux-Clercs. Les tuileries,

déplacées par suite de la construction du palais qui

leur devoit son nom, avoient été transportées de l'autre

côté de la Seine. M. Bonnardot en remarque une dans le

Pré-aux-Clercs, sur le _plan anonyme_ de 1601 (V. son

livre sur les _plans de Paris_, p. 108). Du Boulay parle

plusieurs fois du four à tuiles de Moussy, dans la rue

de Seine (p. 261, 399). Les pierres étoient tirées de

Vaugirard et de Montrouge: on devoit donc prendre pour

leur transport le chemin indiqué ici.]

Et encore sur 608 toises et demie de terre données à cens et rente

par la dite Université à M. René Foucault, commissaire general de la

marine, par contract du 7 aoust 1660, moyennant 14 livres 12 sols

parisis de cens et 608 livres 10 sols de rente.

Le dit sieur du Chevreuil ceda ses droits à Claude Colas,

charpentier, par contract du 4 may 1643.

Le dit Colas vendit une maison qu'il avoit fait bastir sur la dite

place à M. Jean Coiffier[236], maistre des comptes, par contract du

19 mars 1666, lequel depuis, ayant acquis des heritiers beneficiaires

du dit sieur Foucault l'autre place de 608 toises, fit abattre la

maison qu'il avoit acquise du dit Colas, et fit construire sur les

dites deux places trois maisons, lesquelles, dans la suite, ont esté

sur lui vendues par les directeurs de ses creanciers à M. François de

Rousseau, maistre des comptes, lequel a passé titre nouvel pardevant

Quarré et son confrère, notaires, le 8 octobre 1682.

[Note 236: Petit-fils de Coiffier, le cabaretier, et

gendre de Vanel, l'un des premiers propriétaires dans la

rue Neuve-des-Petits-Champs. V. Tallemant, in-8, t. 3, p.

274-275.]

A la suite de ces maisons sont les places qui ont esté vendues à dame

Renée de Villeneuve, veuve du dit sieur de Rousseau, maistre des

comptes, et à M. Gaston-Jean-Baptiste Therat, chancelier de S. A.

R. Monsieur, duc d'Orleans[237], revenantes à 1600 toises de terre,

chargées envers l'Université de 48 livres de cens, par contract passé

pardevant le Vasseur et Baglan, notaires, le 20 septembre 1688; et

depuis la dite dame de Rousseau a acquis les droits du dit sieur

Therat par contract du 2 septembre 1688.

[Note 237: Encore un officier de Gaston dans le

Pré-aux-Clercs, et nouvelle confirmation de ce que nous

avons dit.]

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Variétés Historiques et Littéraires (04/10) Recueil de pièces volantes rares et curieuses en prose et en vers · 第 18 / 83 题