1
Plus l'homme vit longtemps, plus la vie se révèle à lui: ce qui était
ignoré devient connu; et il en est ainsi jusqu'à la mort. Et la mort
révèle tout ce que l'homme est en état de concevoir.
2
Quelque chose se révèle à l'homme au moment de la mort. «Ah, voilà ce
que c'est», dit presque toujours l'expression du visage du moribond.
Mais nous, ceux qui restons, nous ne pouvons pas voir ce qui lui a été
révélé. Cela nous sera révélé plus tard, en son temps.
3
Tout se révèle tant qu'on vit, comme si on s'élevait de plus en plus sur
des marches. Mais la mort survient, et ce qui se révélait, ne se révèle
plus, ou bien celui à qui la révélation était faite cesse de voir ce qui
se révélait avant, parce qu'il voit quelque chose de nouveau, de tout
différent.
4
Ce qui meurt appartient déjà en partie à l'éternité. Il nous semble
que le moribond nous parle d'outre-tombe. Ce qu'il nous dit, nous
semble être un commandement. Nous nous le représentons presque comme
un prophète. Il est évident que pour celui qui sent la vie s'en aller
et le cercueil s'ouvrir, le moment des graves discours est arrivé. La
substance de sa nature doit se manifester. Le divin qui est en lui ne
peut plus rester caché.