VI.--_La mort dévoile ce qui paraissait inconcevable._

1

Plus l'homme vit longtemps, plus la vie se révèle à lui: ce qui était

ignoré devient connu; et il en est ainsi jusqu'à la mort. Et la mort

révèle tout ce que l'homme est en état de concevoir.

2

Quelque chose se révèle à l'homme au moment de la mort. «Ah, voilà ce

que c'est», dit presque toujours l'expression du visage du moribond.

Mais nous, ceux qui restons, nous ne pouvons pas voir ce qui lui a été

révélé. Cela nous sera révélé plus tard, en son temps.

3

Tout se révèle tant qu'on vit, comme si on s'élevait de plus en plus sur

des marches. Mais la mort survient, et ce qui se révélait, ne se révèle

plus, ou bien celui à qui la révélation était faite cesse de voir ce qui

se révélait avant, parce qu'il voit quelque chose de nouveau, de tout

différent.

4

Ce qui meurt appartient déjà en partie à l'éternité. Il nous semble

que le moribond nous parle d'outre-tombe. Ce qu'il nous dit, nous

semble être un commandement. Nous nous le représentons presque comme

un prophète. Il est évident que pour celui qui sent la vie s'en aller

et le cercueil s'ouvrir, le moment des graves discours est arrivé. La

substance de sa nature doit se manifester. Le divin qui est en lui ne

peut plus rester caché.

La Pensée de l'Humanité Dernière oeuvre de L. Tolstoï · 第 489 / 513 题