VI.--_On ne peut se libérer de ses péchés qu'à condition de renoncer à
soi-même._
1
Le renoncement au bonheur corporel pour le bonheur spirituel est
la conséquence d'une modification de la conscience; c'est-à-dire un
homme qui se croyait être d'abord purement un animal, commence à se
reconnaître comme un être spirituel. Quand ce changement s'est effectué,
ce qui semblait avant une privation, une souffrance, n'est plus une
privation ni une souffrance, mais une préférence naturelle du meilleur
au plus mauvais.
2
On croit et on dit que pour remplir la mission de la vie, il faut avoir
la santé, l'aisance et, en général, être dans des conditions extérieures
favorables. C'est inexact: la santé, l'aisance et les conditions
extérieures favorables ne sont pas nécessaires pour remplir sa mission
et obtenir le bonheur. Il nous est donné la possibilité d'acquérir le
bien spirituel et que rien ne peut détruire: le bien de développer
en soi l'amour. Seulement, il faut croire en cette vie spirituelle,
concentrer vers elle tous ses efforts.
Tu mènes une vie charnelle, tu travailles pour elle; mais dès que
tu trouves des obstacles dans cette vie, transporte-toi dans la vie
spirituelle; car la vie spirituelle est toujours libre. C'est comme
les ailes de l'oiseau. L'oiseau marche sur ses pattes. Mais voilà que
survient un obstacle, un danger, et l'oiseau, ayant foi en ses ailes,
les déploie et survole.
3
L'unique œuvre joyeuse et vraie de la vie est d'élever son âme; et pour
élever son âme, il faut renoncer à soi-même. Commence par le renoncement
dans les petites choses; lorsque tu t'habitueras à renoncer aux petites,
tu pourras renoncer aux grandes.
4
Lorsque la lumière de ta vie spirituelle s'éteint, l'ombre noire de
tes désirs charnels tombe sur ton chemin.--Méfie-toi de cette terrible
ombre: la lumière de ton esprit, ne peut détruire ces ténèbres tant que
tu n'auras pas chassé les désirs de ton âme.
_Sagesse brahmane._
5
La plus grande difficulté de se libérer de l'égoïsme matériel réside en
ce fait que cet égoïsme est une condition indispensable de la vie. Il
est indispensable et naturel pendant l'enfance; mais il doit faiblir et
disparaître à mesure que la raison s'éclaire.
L'enfant n'éprouve pas de remords de conscience pour son égoïsme; mais
à mesure que la raison s'éclaire, l'égoïsme devient un poids pour
soi-même; au cours de la vie, l'égoïsme faiblit de plus en plus, et
lorsqu'on approche de la mort, il disparaît entièrement.
6
Totalement renoncer à soi-même, c'est devenir Dieu; vivre uniquement
pour soi-même, c'est devenir une brute absolue. La vie humaine se
passe dans, l'éloignement progressif de la vie bestiale et dans le
rapprochement graduel de la vie divine.
7
Sans sacrifice, il n'y a pas de vie. Toute la vie, que tu le veuilles ou
non, n'est qu'un sacrifice du corporel au spirituel.
VII--_Le renoncement à sa personnalité bestiale donne à l'homme le vrai
bonheur spirituel qui est inaliénable._
1
Une seule et même loi régit la vie de chaque homme et celle de tous les
hommes; cette loi dit: pour améliorer la vie, il faut être prêt à la
donner.
2
L'homme ne peut connaître les conséquences de sa vie d'abnégation, mais
il n'a qu'à l'essayer pour un temps, et je suis sûr que tout honnête
homme reconnaîtra l'influence favorable qu'avaient sur son âme et son
corps les instants, même fugitifs, pendant lesquels il ne pensait plus à
lui-même et renonçait à sa personnalité corporelle.