KANT.

VI.--_On ne peut se libérer de ses péchés qu'à condition de renoncer à

soi-même._

1

Le renoncement au bonheur corporel pour le bonheur spirituel est

la conséquence d'une modification de la conscience; c'est-à-dire un

homme qui se croyait être d'abord purement un animal, commence à se

reconnaître comme un être spirituel. Quand ce changement s'est effectué,

ce qui semblait avant une privation, une souffrance, n'est plus une

privation ni une souffrance, mais une préférence naturelle du meilleur

au plus mauvais.

2

On croit et on dit que pour remplir la mission de la vie, il faut avoir

la santé, l'aisance et, en général, être dans des conditions extérieures

favorables. C'est inexact: la santé, l'aisance et les conditions

extérieures favorables ne sont pas nécessaires pour remplir sa mission

et obtenir le bonheur. Il nous est donné la possibilité d'acquérir le

bien spirituel et que rien ne peut détruire: le bien de développer

en soi l'amour. Seulement, il faut croire en cette vie spirituelle,

concentrer vers elle tous ses efforts.

Tu mènes une vie charnelle, tu travailles pour elle; mais dès que

tu trouves des obstacles dans cette vie, transporte-toi dans la vie

spirituelle; car la vie spirituelle est toujours libre. C'est comme

les ailes de l'oiseau. L'oiseau marche sur ses pattes. Mais voilà que

survient un obstacle, un danger, et l'oiseau, ayant foi en ses ailes,

les déploie et survole.

3

L'unique œuvre joyeuse et vraie de la vie est d'élever son âme; et pour

élever son âme, il faut renoncer à soi-même. Commence par le renoncement

dans les petites choses; lorsque tu t'habitueras à renoncer aux petites,

tu pourras renoncer aux grandes.

4

Lorsque la lumière de ta vie spirituelle s'éteint, l'ombre noire de

tes désirs charnels tombe sur ton chemin.--Méfie-toi de cette terrible

ombre: la lumière de ton esprit, ne peut détruire ces ténèbres tant que

tu n'auras pas chassé les désirs de ton âme.

_Sagesse brahmane._

5

La plus grande difficulté de se libérer de l'égoïsme matériel réside en

ce fait que cet égoïsme est une condition indispensable de la vie. Il

est indispensable et naturel pendant l'enfance; mais il doit faiblir et

disparaître à mesure que la raison s'éclaire.

L'enfant n'éprouve pas de remords de conscience pour son égoïsme; mais

à mesure que la raison s'éclaire, l'égoïsme devient un poids pour

soi-même; au cours de la vie, l'égoïsme faiblit de plus en plus, et

lorsqu'on approche de la mort, il disparaît entièrement.

6

Totalement renoncer à soi-même, c'est devenir Dieu; vivre uniquement

pour soi-même, c'est devenir une brute absolue. La vie humaine se

passe dans, l'éloignement progressif de la vie bestiale et dans le

rapprochement graduel de la vie divine.

7

Sans sacrifice, il n'y a pas de vie. Toute la vie, que tu le veuilles ou

non, n'est qu'un sacrifice du corporel au spirituel.

VII--_Le renoncement à sa personnalité bestiale donne à l'homme le vrai

bonheur spirituel qui est inaliénable._

1

Une seule et même loi régit la vie de chaque homme et celle de tous les

hommes; cette loi dit: pour améliorer la vie, il faut être prêt à la

donner.

2

L'homme ne peut connaître les conséquences de sa vie d'abnégation, mais

il n'a qu'à l'essayer pour un temps, et je suis sûr que tout honnête

homme reconnaîtra l'influence favorable qu'avaient sur son âme et son

corps les instants, même fugitifs, pendant lesquels il ne pensait plus à

lui-même et renonçait à sa personnalité corporelle.

La Pensée de l'Humanité Dernière oeuvre de L. Tolstoï · 第 386 / 513 题