8
La volonté propre ne se satisfera jamais, quand elle aurait pouvoir
de tout ce qu'elle veut; mais on est satisfait dès l'instant qu'on y
renonce. Sans elle, on ne peut être content. La vraie et unique vertu
est donc de se haïr, car on est haïssable par sa concupiscence, et de
chercher un être véritablement aimable, pour l'aimer. Mais, comme nous
ne pouvons aimer ce qui est hors de nous, il faut aimer un être qui soit
en nous, et qui ne soit pas nous, et cela est vrai d'un chacun de tous
les hommes. Or, il n'y a que l'être universel qui soit tel. Le royaume
de Dieu est nous (Luc, XVII, 21); le bien universel est en nous-mêmes et
ce n'est pas nous.