ANGÉLUS.

4

Le renoncement à la vie corporelle est précieux, nécessaire et joyeux

uniquement lorsqu'il est religieux, c'est-à-dire, lorsque l'homme

renonce à lui-même, à son corps, afin d'accomplir la volonté du Dieu

qui vit en lui. Mais lorsque l'homme renonce à la vie corporelle, non

pour exécuter la volonté de Dieu, mais pour accomplir sa volonté à lui

et celle des hommes qui sont pareils à lui, une telle abnégation n'est

ni précieuse, ni nécessaire, ni joyeuse, mais uniquement nuisible à

lui-même et aux autres.

5

Si vous tâchez de plaire aux hommes pour qu'ils vous soient

reconnaissants, vous travaillerez en vain. Mais si vous faites du bien

aux autres sans songer à eux, pour Dieu, vous vous ferez du bien, et les

autres vous seront reconnaissants.

Dieu se souvient de celui qui ne pense pas à lui-même, et Dieu oublie

celui qui pense à lui-même.

6

C'est seulement quand notre corps meurt, que nous ressuscitons en Dieu.

7

Si tu n'attends rien et que tu ne veux rien recevoir des autres hommes,

ceux-ci ne peuvent pas te faire peur, de même qu'une abeille ne craint

pas une autre et qu'un cheval n'a pas peur d'un autre. Mais si ton

bonheur est dans le pouvoir des autres hommes, tu les craindras sûrement.

C'est par là que l'on doit commencer: il faut renoncer à tout ce qui ne

nous appartient pas, y renoncer au point qu'il ne soit pas notre maître,

renoncer à tout ce qui est nécessaire au corps, renoncer à l'amour de

la richesse, de la gloire, des fonctions, des honneurs, renoncer à ses

enfants, à sa femme, à ses frères. Tu dois te dire que tout cela n'est

pas ta propriété.

Mais comment arriver à cela? Subordonner sa volonté à la volonté de

Dieu: s'Il veut que j'aie la fièvre--je le veux aussi. S'il veut que je

fasse ceci et non pas cela--je le veux aussi. S'Il veut qu'il m'arrive

une chose à laquelle je ne m'attendais pas--je le veux aussi.

La Pensée de l'Humanité Dernière oeuvre de L. Tolstoï · 第 378 / 513 题