4
On ne peut chasser une mauvaise pensée lorsqu'elle vient à l'esprit,
mais on peut comprendre que cette pensée est mauvaise. Et si l'on
sait qu'elle est mauvaise, on peut ne pas s'y abandonner. Il nous
vient l'idée que tel ou tel autre homme est méchant. Je ne pouvais pas
m'empêcher de le penser, mais si j'ai compris que cette idée était
mauvaise, je peux me souvenir que c'est mal de médire des gens, que je
suis mauvais moi-même, et je peux ainsi me contenir de la médisance,
même par la pensée.
5
Si tu veux que ta pensée te serve, tâche de réfléchir indépendamment de
tes sentiments et de ta situation, c'est-à-dire de ne pas agir contre
tes idées afin de justifier la sensation que tu éprouves, ou la chose
que tu as faite ou que tu feras.
V.--_Il faut vivre d'une vie spirituelle pour avoir la force de
gouverner ses pensées_.
1
Nous croyons souvent que la plus grande force qui existe au monde est la
force matérielle. Nous le pensons, parce que notre corps, que nous le
voulions ou non, sent toujours cette force. Mais la force spirituelle,
la force de la pensée, nous semble insignifiante, et nous ne la
reconnaissons pas pour une force. Cependant, c'est en elle qu'est la
vraie force, celle qui modifie notre vie et la vie des autres hommes.
2
Notre vie est meilleure ou plus mauvaise, selon que nous nous
reconnaissons notre nature d'êtres charnels ou d'êtres spirituels. Dans
le premier cas, nous affaiblissons notre vie réelle, nous développons,
nous excitons les passions, la cupidité, la lutte, la haine, la crainte
de la mort. Tandis que si nous reconnaissons notre nature d'êtres
spirituels, nous exaltons, nous élevons la vie, nous la libérons des
passions, de la lutte, de la haine, nous libérons l'amour. Le transfert
de la conscience de l'être charnel dans un être spirituel s'effectue au
moyen d'un effort de pensée.
3
Voici ce que Sénèque écrivait à un ami: «Tu fais bien, mon cher Lucain,
de tâcher de maintenir ton esprit bon et charitable par tes propres
forces. Tout homme peut toujours se mettre dans cet état d'âme. Pour
cela, on n'a pas besoin d'élever les bras au ciel et de demander au
garde du temple la permission de nous approcher de Dieu afin qu'il
puisse mieux nous entendre: Dieu est toujours près de nous, Il est en
nous. En nous vit le Saint Esprit, témoin et gardien de tout ce qui est
bon et de tout ce qui est mauvais. Il agit avec nous comme nous agissons
envers Lui. Si nous le soignons, Il nous soigne.»
4
Lorsque, plongés dans nos pensées, nous ne savons pas ce qui est
bon et ce qui est mal, nous devons nous retirer du monde; seule la
préoccupation de l'opinion du monde nous empêche de voir le bien et le
mal. Se retirer du monde--c'est-à-dire rentrer en soi-même,--c'est
aider à la dispersion de tous les doutes.
5
Il n'est facile de lutter avec les tentations que lorsqu'on ne leur est
pas encore assujetti.
Dans les soucis et l'excitation des tentations, on n'a pas le temps de
chercher des remèdes pouvant contrebalancer nos désirs. Etablis tes
desseins lorsque les tentations sont absentes, lorsque tu es seul.