2
Pour respecter les autres comme soi-même, il faut agir envers eux comme
nous voulons que l'on agisse envers nous; là est l'œuvre principale
de la vie. Il faut se maîtriser, et, pour se maîtriser, il faut s'y
habituer.
3
Chaque fois que tu as grande envie de faire quelque chose, arrête-toi
et réfléchis afin de savoir si ce dont tu as tellement envie est bien.
4
Pour ne pas commettre de mauvaises actions, il ne suffit pas de s'en
abstenir; il faut apprendre à se contenir des mauvaises conversations
et, surtout, des mauvaises pensées. Dès que tu te rends compte que tes
paroles sont mauvaises, que tu te moques, blâmes, injuries, arrête-toi,
tais-toi et n'écoute pas les autres. Agis de même lorsque tu as de
mauvaises idées, lorsque tu penses mal de ton prochain; qu'il soit digne
de blâme ou non, arrête-toi et tâche de penser à autre chose. C'est
seulement lorsque tu apprendras à te contenir des mauvaises paroles et
des mauvaises pensées, que tu seras en état de te contenir des mauvaises
actions.
5
Indépendamment du nombre de fois qu'il t'arrivera de tomber sans pouvoir
vaincre tes passions, ne te laisse pas abattre. Tout effort de lutte
diminue la force de la passion et facilite la victoire.
6
Chaque passion dans le cœur de l'homme est d'abord comme un solliciteur,
ensuite comme un hôte, et enfin comme le maître de la maison. N'ouvre
pas la porte de la maison de ton cœur à ce solliciteur.
VI.--_La portée de la continence pour chaque homme et pour l'humanité
entière._
1
Si tu veux être libre, habitue-toi à contenir tes désirs.
2
Qui est sage? Celui qui apprend toujours quelque chose chez quelqu'un.
Qui est riche? Celui qui se contente de son sort. Qui est fort? Celui
qui sait se maîtriser.
_Le Talmud._
3
On dit que le christianisme est une doctrine de faiblesse parce qu'il
ne recommande pas d'agir, mais plutôt de s'abstenir de l'action. Le
christianisme, doctrine de faiblesse! Une doctrine de faiblesse dont le
Fondateur a péri en martyr sur la croix, toujours fidèle à Lui-même,
et dont les fidèles comptent des milliers de martyrs, les seuls hommes
qui regardaient bravement le mal en face et qui se révoltaient contre
lui! Et les violents d'alors qui ont exécuté le Christ, de même que les
violents d'à présent savent quelle est cette doctrine de faiblesse et la
craignent plus que tout. Leur flair leur montre que seule cette doctrine
détruit sûrement et jusqu'à la base tout le régime qui les soutient. Il
faut bien plus de force pour se contenir du mal que pour accomplir la
chose la plus difficile que nous considérons comme bien.
4
Toutes les diversités de nos situations dans le monde ne sont rien en
comparaison de la maîtrise de l'homme sur lui-même. Si un homme est
tombé à la mer, il est absolument indifférent d'où il est tombé et
quelle est cette mer. La seule chose qui importe, c'est de savoir s'il
sait nager ou non. La force n'est pas dans les conditions extérieures,
mais dans le savoir de se dominer.
5
La vraie force n'est pas dans celui qui ne vainc pas les autres; mais
dans celui qui se vainc lui-même qui ne permet pas à la bête de dominer
son âme.
6
Celui qui s'abandonne aux désirs de la passion, qui cherche les
jouissances, sent ses passions se développer de plus en plus et se
trouve enchaîné par les passions.
Celui qui a pu vaincre la passion a brisé les chaînes.
_Sagesse bouddhiste._
7
Jeune homme, refuse de satisfaire tes désirs (plaisirs, luxe, etc.),
si ce n'est dans l'intention de renoncer absolument à tout cela, du
moins dans le but d'avoir devant soi une possibilité continuelle de
jouissance. Cette économie à l'égard de ton sentiment de vitalité te
rendra, en effet, plus riche parce que tu diffères tes jouissances.
La conscience que la jouissance est dans ton pouvoir est plus féconde
et plus vaste, comme tout ce qui est idéal, que le désir satisfait par
cette jouissance, parce que la satisfaction détruit le sentiment de
jouissance même.