III.--_Toute activité n'est pas digne d'estime._

1

On a tort de croire que toute activité, sans se préoccuper de son

caractère, est, en elle-même, une occupation honorable, digne de

considération. Il s'agit de savoir quelle est cette activité et dans

quelles conditions l'homme s'abstient d'agir.

2

Souvent les hommes refusent fièrement de prendre part à des plaisirs

innocents en le motivant par des occupations plus sérieuses. Cependant,

sans compter que le jeu simple et joyeux est plus utile et important

que bien des affaires, le travail même pour lequel les gens occupés

renoncent au plaisir, est souvent tel qu'il serait préférable de ne pas

le faire.

3

Pour la marche réelle de la vie, une activité extérieure et turbulente

est non seulement inutile, mais encore nuisible. L'inaction, sans

les plaisirs procurés par le travail des autres, est la situation

la plus pénible, si elle n'est pas comblée par un travail intérieur;

c'est pourquoi, si l'homme vit en dehors du luxe assuré par le travail

d'autrui, cet homme ne restera pas oisif. Le plus grand tort est causé

à l'humanité, non par l'oisiveté, mais par des actions nuisibles et

inutiles.

IV.--_L'homme peut éviter de mauvaises habitudes s'il a conscience

d'être non une créature charnelle, mais spirituelle._

1

Pour apprendre à se contenir, il faut apprendre à se dédoubler en un

homme charnel et en un homme spirituel, et à habituer l'homme charnel à

faire ce que veut l'homme spirituel.

2

Lorsque l'âme dort, lorsqu'elle n'agit pas, le corps est

irrésistiblement soumis aux manifestations des sens que provoquent en

lui les actes de ceux qui entourent l'homme. Ils bâillent, il bâille

également; ils s'emportent, il s'emporte aussi; ils se fâchent, il se

fâche; ils s'attendrissent, pleurent, et il a les larmes aux yeux.

Cette subordination involontaire aux influences extérieures est souvent

la cause des mauvaises actions qui sont en désaccord avec les exigences

de la conscience. Mets-toi en garde contre ces influences extérieures et

ne te soumets pas à elles.

3

Si tu habitues ton côté charnel, depuis ton jeune âge, à obéir à la

partie spirituelle, il te sera facile de contenir tes désirs. Celui qui

s'est habitué à contenir ses désirs a toujours une vie joyeuse et facile.

La Pensée de l'Humanité Dernière oeuvre de L. Tolstoï · 第 327 / 513 题