LAO-TSEU.

10

Les hiboux voient dans l'obscurité, mais deviennent aveugles à la clarté

du soleil. Il en est de même des savants. Ils connaissent quantité de

futilités scientifiques, mais ils ne savent pas et ne peuvent rien

savoir de ce qui est le plus nécessaire dans la vie: comment l'homme

doit vivre sur la terre.

11

Le sage Socrate disait que la bêtise ne provient, pas de peu de science,

mais de ce qu'on ne se connaît pas soi-même, et qu'on croit connaître

tout ce que l'on ignore. Il appelait cela bêtise et ignorance.

12

Quand l'homme connaît toutes les sciences et parle toutes les langues,

mais ignore ce qu'il est et ce qu'il doit faire, il est bien moins

instruit que la vieille femme illettrée qui croit à son Seigneur le

sauveur, c'est-à-dire en Dieu, selon la volonté duquel elle reconnaît

qu'elle vit, et elle sait que ce Dieu exige d'elle une vie juste. Elle

est plus instruite que le savant, parce qu'elle possède la réponse à

la question essentielle: ce qu'est sa vie et comment doit-elle vivre;

tandis que le savant, tout en possédant des réponses ingénieuses à

toutes les questions complexes, mais peu importantes de la vie, n'a pas

de réponse à la question principale de tout homme de raison: pourquoi je

vis et que dois-je faire?

13

Les gens qui croient que la science est l'œuvre principale de la vie,

sont pareils aux papillons attirés par la clarté de la bougie: ils

périsssent eux-mêmes et obscurcissent la lumière.

La Pensée de l'Humanité Dernière oeuvre de L. Tolstoï · 第 277 / 513 题