1
Il semblerait que pour reconnaître l'importance des occupations qu'on
qualifie de scientifiques, il faudrait prouver leur utilité. Mais les
servants de la science affirment ordinairement que dès l'instant qu'ils
s'occupent de certains sujets, ces occupations seront sûrement utiles un
jour.
2
Le but légitimement poursuivi par la science est la connaissance des
vérités servant au bonheur des hommes. Le faux but est de justifier
les mensonges qui insinuent le mal dans notre vie. Telles sont la
jurisprudence, l'économie politique et, surtout, la philosophie et la
théologie.
3
La science contient les mêmes mensonges que la religion et elles partent
du même point: le désir de justifier les faiblesses des hommes, et c'est
pourquoi les mensonges scientifiques sont tout aussi nuisibles que les
mensonges confessionnels. Les hommes errent, vivent mal. Logiquement,
ayant compris qu'ils vivent mal, ils devraient s'employer à modifier
leur genre de vie afin d'améliorer leur situation. Au lieu de cela,
apparaissent toutes sortes de sciences: financière, théologique, pénale,
policière, l'économie politique, l'histoire, et la plus à la mode: la
sociologie, indiquant les lois de la vie sociale et suivant lesquelles
la vie mauvaise ne provient pas des hommes, mais des lois mauvaises que
les savants ont découvertes et formulées. Ce mensonge est tellement
déraisonnable et contraire à la conscience, que les hommes ne l'auraient
jamais accepté, si la conscience n'avait pas encouragé leurs faiblesses.
4
Nous avons organisé notre vie contrairement à la nature morale et
physique de l'homme, et nous sommes persuadés,--uniquement parce que
tout le monde le pense--que c'est là précisément la vraie vie. Nous
sentons vaguement que tout ce que nous appelons notre organisation
sociale, notre religion, notre culture, nos sciences et nos arts, que
tout cela n'est pas ce qu'il faudrait, parce que cela ne nous débarrasse
pas de nos misères, mais ne fait que les accroître. Cependant, nous ne
nous décidons pas à soumettre tout cela au contrôle de la raison parce
que nous pensons que l'humanité, qui a toujours reconnu la nécessité
du régime social de contrainte, de religion et de science qu'il a pour
base, ne peut pas vivre en dehors de lui.
Si un poussin dans sa coquille avait été doué de la raison d'un homme
et savait tout aussi peu en profiter que les gens de notre époque, il
n'aurait jamais brisé la coquille de son ouf et n'aurait jamais connu la
vie.
5
La science est devenue maintenant une distributrice de diplômes donnant
le droit de profiter du travail d'autrui.
6
Le phraséologie méthodique des écoles supérieures a le plus souvent pour
but d'éviter la solution des questions difficiles, et l'on donne aux
paroles un sens équivoque parce que le «je ne sais pas» commode et pour
la plupart du temps raisonnable, n'est pas en faveur dans nos académies.