1
Pendant les premiers temps de sa vie, dans son enfance, l'homme vit
principalement pour son corps: il mange, il boit, il joue, il s'amuse.
C'est le premier degré. Plus l'homme grandit, plus il commence à se
préoccuper de l'opinion des gens parmi lesquels il vit, et plus il
commence à négliger les besoins de son corps pour ne penser qu'à la
gloire des hommes. C'est le second degré. Le troisième et dernier degré
est celui où l'homme se soumet surtout aux exigences de son âme et
où il néglige le corps, les amusements et l'opinion publique, pour ne
penser qu'à son âme.
2
Il est difficile de déroger tout seul aux coutumes établies; cependant,
à chaque pas que l'on fait pour devenir meilleur, on se heurte contre
l'usage établi et l'on subit la critique des gens. L'homme qui consacre
sa vie à se perfectionner y doit être préparé.
3
C'est mal d'irriter les gens en dérogeant aux coutumes établies, mais
c'est plus mal encore de déroger aux exigences de la conscience et de la
raison en subissant les coutumes pernicieuses.
4
On ridiculise celui qui garde le silence, comme celui qui parle trop,
comme celui qui parle trop peu; il n'y a pas un homme sur terre qu'on
ne critique pas. Il n'y a jamais eu, il n'y a pas et il n'y aura jamais
personne qu'on aurait toujours blâmé pour tout ce qu'il fait, de même
qu'il n'y a personne qu'on aurait toujours loué. C'est pourquoi, il est
inutile de se préoccuper ni des louanges, ni des blâmes des gens.
5
Tu crains que les gens ne te méprisent pour ta douceur; mais les gens
justes ne peuvent pas te mépriser pour cela; quant aux autres, tu n'as
pas besoin de t'en préoccuper--ne fais pas attention à leur opinion.
Un bon menuisier ne se chagrinera pas parce qu'un homme qui ne comprend
rien à son métier n'approuve pas son travail.
Les gens qui le méprisent pour ta douceur ne comprennent rien à ce qui
est bien pour l'homme. Pourquoi donc te préoccuper de leur appréciation?
D'après ÉPICTÈTE.
6
Il est temps pour l'homme de connaître sa valeur. Serait-il, en effet,
quelque être bâtard? Il est temps de cesser de regarder humblement de
tous côtés pour voir s'il a plu ou déplu aux gens. Non; que ma tête
reste droite et ferme sur mes épaules! La vie ne m'est pas donnée pour
la montrer, mais pour que je la vive. Je reconnais l'obligation de vivre
pour mon âme. Et je veux me préoccuper non pas de l'opinion que les gens
auraient de moi, mais de ma vie, de savoir si je n'accomplis ou si je
n'accomplis pas ma destinée devant Celui qui m'a envoyé dans la vie.