1
Pour que tes relations avec les hommes ne soient pas un sujet de
souffrance pour toi et pour eux, n'entre pas en rapports avec les gens
si tu n'éprouves pas d'affection pour eux.
2
Sans amour, on ne peut manier que les objets; sans amour, on peut
abattre des arbres, faire des briques, forger le fer; on ne peut sans
amour traiter les hommes.
Si tu n'éprouves pas d'amour pour les hommes, occupe-toi de toi-même,
manie des choses, ce que tu voudras, mais laisse les hommes tranquilles.
Dès que tu te permettras de les traiter sans amour, tu deviendras non
pas un homme, mais une bête, tu leur nuiras et tu seras malheureux
toi-même.
3
Lorsqu'on voit des gens toujours mécontents, critiquant, tout et tout le
monde, on a envie de leur dire: «Le but de votre existence n'est pas de
dévoiler l'absurdité de la vie, de la critiquer, de vous fâcher et de
mourir. Cela n'est pas possible. Réfléchissez; vous ne devriez pas vous
fâcher, ni critiquer, mais travailler à réparer le mal que vous voyez.
«Si vous voulez faire disparaître le mal que vous voyez vous n'y
arriverez certainement pas par l'inimitié, mais uniquement par la
bienveillance envers tous les hommes, car ce sentiment vit toujours en
nous et vous le sentirez aussitôt que vous cesserez de l'étouffer en
vous.»
4
Il faut nous habituer à être mécontents d'un autre homme de la même
façon, qu'il nous arrive d'être mécontents de nous-mêmes. Cela nous
arrive lorsque nous ne sommes pas satisfaits d'un de nos actes, et non
de notre âme. Il faut agir de même à l'égard des autres: critiquer
leurs actes, et les aimer eux-mêmes.
5
Pour ne pas faire tort à son prochain, pour l'aimer, il faut s'habituer
à ne pas dire de mal ni de lui, ni à lui, et pour y parvenir, il faut
s'habituer à ne pas penser mal de lui, à ne pas laisser pénétrer dans
notre âme le sentiment de malveillance.
6
Peux-tu te fâcher contre un homme parce qu'il a des plaies purulentes?
Ce n'est pas sa faute si l'aspect de ses plaies est désagréable.
Comporte-toi de même envers les vices d'autruis.
Mais tu diras que l'homme a une raison pour comprendre et corriger ses
vices. C'est juste. Par conséquent, toi aussi, tu as une raison et tu
peux réfléchir que tu ne dois pas le fâcher contre l'homme en raison
de ses vices, mais au contraire, tu dois l'efforcer d'éveiller sa
conscience en le traitant avec bonté et intelligence, sans colère, sans
impatience et sans orgueil.