V.--_La nécessité de l'amour pour la communion entre les hommes._

1

Pour que tes relations avec les hommes ne soient pas un sujet de

souffrance pour toi et pour eux, n'entre pas en rapports avec les gens

si tu n'éprouves pas d'affection pour eux.

2

Sans amour, on ne peut manier que les objets; sans amour, on peut

abattre des arbres, faire des briques, forger le fer; on ne peut sans

amour traiter les hommes.

Si tu n'éprouves pas d'amour pour les hommes, occupe-toi de toi-même,

manie des choses, ce que tu voudras, mais laisse les hommes tranquilles.

Dès que tu te permettras de les traiter sans amour, tu deviendras non

pas un homme, mais une bête, tu leur nuiras et tu seras malheureux

toi-même.

3

Lorsqu'on voit des gens toujours mécontents, critiquant, tout et tout le

monde, on a envie de leur dire: «Le but de votre existence n'est pas de

dévoiler l'absurdité de la vie, de la critiquer, de vous fâcher et de

mourir. Cela n'est pas possible. Réfléchissez; vous ne devriez pas vous

fâcher, ni critiquer, mais travailler à réparer le mal que vous voyez.

«Si vous voulez faire disparaître le mal que vous voyez vous n'y

arriverez certainement pas par l'inimitié, mais uniquement par la

bienveillance envers tous les hommes, car ce sentiment vit toujours en

nous et vous le sentirez aussitôt que vous cesserez de l'étouffer en

vous.»

4

Il faut nous habituer à être mécontents d'un autre homme de la même

façon, qu'il nous arrive d'être mécontents de nous-mêmes. Cela nous

arrive lorsque nous ne sommes pas satisfaits d'un de nos actes, et non

de notre âme. Il faut agir de même à l'égard des autres: critiquer

leurs actes, et les aimer eux-mêmes.

5

Pour ne pas faire tort à son prochain, pour l'aimer, il faut s'habituer

à ne pas dire de mal ni de lui, ni à lui, et pour y parvenir, il faut

s'habituer à ne pas penser mal de lui, à ne pas laisser pénétrer dans

notre âme le sentiment de malveillance.

6

Peux-tu te fâcher contre un homme parce qu'il a des plaies purulentes?

Ce n'est pas sa faute si l'aspect de ses plaies est désagréable.

Comporte-toi de même envers les vices d'autruis.

Mais tu diras que l'homme a une raison pour comprendre et corriger ses

vices. C'est juste. Par conséquent, toi aussi, tu as une raison et tu

peux réfléchir que tu ne dois pas le fâcher contre l'homme en raison

de ses vices, mais au contraire, tu dois l'efforcer d'éveiller sa

conscience en le traitant avec bonté et intelligence, sans colère, sans

impatience et sans orgueil.

La Pensée de l'Humanité Dernière oeuvre de L. Tolstoï · 第 175 / 513 题