MONTAIGNE.

IV.--_Ce qu'on appelle la division du travail, n'est qu'une excuse de

l'oisiveté._

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Ces derniers temps on parle beaucoup d'une des raisons principales

du succès obtenu par les hommes dans la production et la division du

travail. Nous disons: division du travail; mais cette expression n'est

pas juste. Dans notre société, ce n'est pas le travail qui est divisé,

mais les hommes; ils sont divisés, réduits en petites parcelles d'homme.

A la fabrique, un homme ne fait qu'une infime partie de l'objet; de

sorte que la partie d'initiative laissée à l'homme ne suffit pas pour

faire toute une épingle ou tout un clou; il s'épuise à faire un bout

d'épingle ou la tête d'un clou. C'est vrai qu'il serait bon et désirable

de fabriquer un grand nombre d'épingles par jour; mais si nous pouvions

voir seulement de quel sable nous les frottons, nous aurions réfléchi

que ce n'est pas avantageux, pour cette raison que nous les frottons

avec le sable de l'âme humaine.

On peut tourmenter les hommes, les mettre aux fers, les atteler comme

des bêtes, les tuer comme des mouches en été, et cependant, dans un

sens, dans le meilleur, ces hommes peuvent rester libres. Mais écraser

leurs âmes immortelles, les étrangler et transformer les gens en

machines--c'est la vraie servitude. Seule cette humiliation, cette

transformation des hommes en machines force les ouvriers à lutter

désespérément et inutilement pour leur liberté dont ils ne conçoivent

pas le sens eux-mêmes. Leur animosité n'est pas provoquée par la faim,

ni par les atteintes à l'amour propre (ces deux causes ont toujours

produit leur effet, mais les bases de la société n'ont jamais été aussi

ébranlée que maintenant). Cela ne tient pas à ce que les ouvriers se

nourrissent mal, mais à ce qu'ils n'ont pas de plaisir au travail par

lequel ils gagnent leur pain; ce qui fait qu'ils considèrent la richesse

comme l'unique moyen de plaisir. Ils souffrent moins du mépris que

leur témoignent les classes impérieuses que du mépris qu'ils ont pour

eux-mêmes, parce que le travail auquel ils sont condamnés les humilie,

les déprave, les amoindrit. Jamais plus qu'aujourd'hui les classes

supérieures n'ont témoigné autant de sympathie et d'affection pour

les classes inférieures, et, cependant, elles n'ont jamais été autant

méprisées par celles-ci.

La Pensée de l'Humanité Dernière oeuvre de L. Tolstoï · 第 137 / 513 题