II.--_L'Insatiabilité des passions charnelles._

1

Pour entretenir la vie, notre corps a besoin de peu; tandis que les

caprices de notre corps ne peuvent jamais être contentés.

2

Flatter le corps, lui assurer le superflus, est une grande erreur.

En effet, la vie de luxe n'augmente pas, mais diminue le plaisir de

manger, de se reposer, de dormir, de s'habiller, de se loger. Si l'on

mange trop, ou sans avoir faim, l'estomac se délabre et on n'a pas de

goût à la nourriture. Si l'on roule en voiture quand il est facile de

faire le même trajet à pied, si l'on s'habitue à un lit moelleux, à une

nourriture délicate et recherchée, à une installation luxueuse, si l'on

est habitué à faire faire aux autres ce que l'on peut faire soi-même, on

n'a plus de plaisir à se reposer après le travail, à avoir chaud après

le froid, à bien dormir, et l'on ne fait que s'affaiblir de plus en plus

et diminuer ses joies, sa paix et sa liberté.

5

Les hommes devraient prendre exemple sur les bêtes pour savoir traiter

leur corps. Dès que l'animal a ce qui est nécessaire à son corps, il se

calme. Pour l'homme, il ne suffit pas de contenter sa faim, de pouvoir

s'abriter; il invente continuellement de nouveaux plats et de nouvelles

boissons, construit des palais, fabrique une grande quantité d'objets

inutiles qui ne le rendent que plus malheureux.

La Pensée de l'Humanité Dernière oeuvre de L. Tolstoï · 第 102 / 513 题