IV.--_Le côté spirituel et le côté charnel de l'homme._

1

Chacun de nous est un homme absolument distinct de tous les autres: un

homme, une femme, un vieillard, un garçon, une fille; et dans chacun de

nous, comme dans tous, réside le même être spirituel. Chacun de nous

est donc Jean ou Nathalie et en même temps un être spirituel qui est

le même dans tous les hommes. Et lorsque nous disons: _Je veux_, cela

indique, parfois, ce que désirent Jean et Nathalie, mais d'autres fois

ce que veut l'être spirituel qui est commun à nous tous. Et il arrive,

parfois, que Jean et Nathalie veulent quelque chose, mais que l'être

spirituel ne le veut pas et qu'il désire tout autre chose.

2

Dire que ce que nous appelons nous-mêmes n'est que notre chair, dire

que ma raison, mon âme, mon amour ne dépendent que de mon corps, c'est

prétendre que notre corps n'est que la nourriture dont notre chair

s'alimente.

Il est vrai que mon corps n'est composé que d'aliments qu'il transforme,

mais mon corps n'est pas aliment. Ceux-ci lui sont nécessaires pour

vivre, mais ils ne sont pas le corps.

Il en est de même de l'âme. Il est vrai que, sans ma chair, ce que

j'appelle âme n'existerait pas; mais mon âme n'est pas mon corps.

Celui-ci est nécessaire à l'âme, mais il n'est pas l'âme.

Si l'âme n'existait pas, je ne saurais pas ce qu'est mon corps.

Les éléments de la vie ne sont pas dans le corps, mais dans l'âme.

3

Lorsque nous disons: cela est arrivé, cela arrivera ou cela pourra

arriver, nous parlons de notre vie corporelle. Mais, en dehors de la vie

corporelle qui a été et qui sera, nous reconnaissons en nous une autre

vie: la vie spirituelle. Et cette vie-là n'a pas été, ne sera pas, mais

est toujours. C'est cette vie qui est la vraie. L'homme est heureux

lorsqu'il vit de la vie spirituelle, et non de la vie corporelle.

4

Le Christ apprend à connaître à l'homme qu'il y a en lui quelque chose

qui le met au-dessus de cette vie, de ses misères, de ses craintes et de

ses désirs.

L'homme qui a compris la doctrine du Christ se sent comme un oiseau qui,

ignorant la présence de ses ailes, aurait compris brusquement qu'il

pouvait voler, être libre et ne rien craindre.

La Pensée de l'Humanité Dernière oeuvre de L. Tolstoï · 第 53 / 513 题