III.--_L'âme et le monde matériel._

1

Nous avons mesuré la terre, le soleil, les étoiles, les profondeurs

des mers; nous descendons dans l'antre de la terre pour y chercher de

l'or; nous avons trouvé des rivières et des montagnes sur la lune; nous

découvrons de nouveaux astres et connaissons leurs dimensions; nous

nivelons des précipices, nous construisons des machines compliquées;

chaque jour apporte de nouvelles et toujours de nouvelles inventions.

Que ne savons-nous pas? que de choses nous pouvons faire! Seulement,

il y a une chose absolument essentielle qui nous manque. Et nous ne

saurions préciser ce que c'est. Nous sommes pareils à un petit enfant:

il sent qu'il n'est pas à son aise, mais il ne sait pas pourquoi.

Nous sommes malheureux, parce que nous savons beaucoup de choses

inutiles et que nous ignorons l'essentiel, c'est nous-mêmes. Nous ne

connaissons pas ce qui est en nous. Si nous savions et si nous nous

souvenions de ce qui est en nous, notre vie serait toute différente.

D'après SKOVORODA.

2

Nous ne pouvons savoir ce qu'est en réalité tout ce qui est matériel

en ce monde. Nous ne pouvons connaître parfaitement que ce qui est

spirituel en nous-mêmes, ce qui est nous-mêmes et ce qui ne dépend ni de

nos sentiments ni de nos pensées.

3

Les hommes croient souvent que seules les choses qu'ils peuvent toucher

de leurs mains existent. Bien au contraire: existe seulement ce qu'on ne

peut voir, ni entendre, ni palper, ce que nous appelons notre «moi»--

notre âme.

4

Confucius disait: Le ciel et la terre sont grands, mais ils ont une

couleur, une forme, une dimension, alors qu'en l'homme il y a quelque

chose qui pense à tout et qui n'a ni couleur, ni forme, ni dimension.

De sorte que si tout l'univers était mort, ce qui est en l'homme aurait

donné la vie au monde.

La Pensée de l'Humanité Dernière oeuvre de L. Tolstoï · 第 52 / 513 题