si bien la cause de leurs nouveaux alliés, les Etats-Unis de l’Amérique
se furent affranchis de la domination anglaise, toutes les raisons
semblaient se réunir pour persuader que les liens de commerce qui
unissaient naguère ces deux portions d’un même peuple allaient se
rompre, et que d’autres liens devaient se former: le souvenir des
oppressions qui avaient pesé sur les Américains; l’image plus récente
des maux produits par une guerre de sept ans; l’humiliation de dépendre
de nouveau, par leurs besoins, d’un pays qui avait voulu les asservir;
tous les titres militaires subsistent dans chaque famille américaine
pour y perpétuer la défiance et la haine envers la Grande-Bretagne.
Que si l’on ajoute ce sentiment si naturel qui devait porter les
Américains à s’attacher par la confiance aux Français, leurs frères
d’armes et leurs libérateurs; si l’on observe que ce sentiment s’était
manifesté avec force lorsque la guerre se déclara entre l’Angleterre
et la France; qu’à cette époque les discours du peuple américain, la
grande majorité des papiers publics, les actes mêmes du gouvernement,
semblaient découvrir une forte inclination pour la nation française, et
une aversion non moins forte pour le nom anglais; toutes ces raisons
si puissantes de leur réunion doivent entraîner vers ce résultat, que
le commerce américain était pour jamais détourné de son cours, ou que,
s’il inclinait du côté de l’Angleterre, il faudrait bien peu d’efforts
pour l’attirer entièrement vers nous; dès lors de nouvelles inductions
sur la nature des rapports entre la métropole et les colonies,
sur l’empire des goûts et des habitudes, sur les causes les plus
déterminantes de la prospérité du commerce, sur la direction qu’il peut
recevoir des causes morales combinées avec l’intérêt, et, en dernière
analyse, beaucoup d’erreurs économiques.
L’observation, et une observation bien suivie, peut seule prévenir ces
erreurs.
Quiconque a bien vu l’Amérique ne peut plus douter maintenant que dans
la plupart de ses habitudes elle ne soit restée anglaise; que son
ancien commerce avec l’Angleterre n’ait même gagné de l’activité, au
lieu d’en perdre, depuis l’époque de l’indépendance des Etats-Unis,
et que, par conséquent, l’indépendance, loin d’être funeste à
l’Angleterre, ne lui ait été à plusieurs égards avantageuse.
Un fait inattaquable le démontre. L’Amérique consomme annuellement plus
de trois millions sterling de marchandises anglaises; il y a quinze
ans elle n’en consommait pas le moitié; ainsi, pour l’Angleterre,
accroissement d’exportation d’objets manufacturés et, de plus,
exemption des frais de gouvernement. Un tel fait, inscrit dans les
registres de la douane, ne peut être contesté; mais, on l’a déjà dit,
il n’est point de fait dont on n’abuse. Si l’on regardait celui-ci
comme une suite nécessaire de toute rupture des colonies, même des
colonies à sucre, avec la métropole, on se tromperait étrangement. Si,
d’autre part, on voulait croire qu’il tient uniquement à des causes
passagères, et qu’il est facile d’obtenir un résultat opposé, on ne se
tromperait pas moins. Pour échapper à l’une et l’autre erreur, il ne
s’agit que de bien connaître et de bien développer les causes du fait.
Il faut se hâter de le dire, la conduite irréfléchie de l’ancien
gouvernement de France a, plus qu’on ne pense, préparé ce résultat
favorable à l’Angleterre. Si, après la paix qui assura l’indépendance
de l’Amérique, la France, eût senti tout le prix de sa position, elle
eût cherché à multiplier les relations qui pendant la guerre s’étaient
heureusement établies entre elle et ses alliés, et qui s’étaient
interrompues avec la Grande-Bretagne: alors, les anciennes habitudes
étant presque oubliées, on eût pu du moins lutter avec quelque avantage
contre tout ce qui pouvait les rappeler. Mais que fit la France à cette
époque? Elle craignit que ces mêmes principes d’indépendance qu’elle
avait protégés de ses armes chez les américains, ne s’introduisissent
chez elle, et à la paix elle discontinua et découragea toutes relations
avec eux. Que fit l’Angleterre? elle oublia ses ressentiments, et
rouvrit promptement ses anciennes communications, qu’elle rendit plus
actives encore. Dès lors, il fut décidé que l’Amérique servirait les
intérêts de l’Angleterre. Que faut-il en effet pour cela? qu’elle le
veuille et qu’elle le puisse. Or, volonté et pouvoir se trouvent réunis
ici.
Ce qui détermine la volonté, c’est l’inclination, c’est l’intérêt.
Il paraît d’abord étrange et presque paradoxal de prétendre que les
Américains sont portés d’inclination vers l’Angleterre; mais il ne faut
pas perdre de vue que le peuple américain est un peuple dépassionné,
que la victoire et le temps ont amorti ses haines, et que chez lui
les inclinations se réduisent à de simples habitudes: or, toutes ses
habitudes le rapprochent de l’Angleterre.
L’identité de langage est un premier rapport dont on ne saurait trop
méditer l’influence. Cette identité place entre les hommes de ces
deux pays un caractère commun qui les fera toujours se prendre l’un à
l’autre et se reconnaître; ils se croiront mutuellement chez eux quand
ils voyageront l’un chez l’autre; ils échangeront avec un plaisir
réciproque la plénitude de leurs pensées et toute la discussion de
leurs intérêts, tandis qu’une barrière insurmontable est élevée entre
les peuples de différent langage, qui ne peuvent prononcer un mot sans
s’avertir qu’ils n’appartiennent pas à la même patrie; entre qui toute
transmission de pensée est un travail pénible, et non une jouissance;
qui ne parviennent jamais à s’entendre parfaitement, et pour qui le
résultat de conversation, après s’être fatigués de leurs efforts
impuissants, est de se trouver mutuellement ridicules. Dans toutes les
parties de l’Amérique que j’ai parcourues, je n’ai pas trouvé un seul
Anglais qui ne se trouva Américain, pas un seul Français qui ne se
trouva étranger.
Qu’on ne s’étonne pas, au reste, de trouver ce rapprochement vers
l’Angleterre dans un pays où les traits distinctifs de la constitution,
soit dans l’union fédérale, soit dans les Etats séparés, sont
empreints d’une si forte ressemblance avec les grands linéaments de
la constitution anglaise. Sur quoi repose aujourd’hui la liberté
individuelle en Amérique? Sur les mêmes fondements que la liberté
anglaise. Sur _l’habeas corpus_ et sur le jugement par jurés. Assistez
aux séances du Congrès, à celle des législatures particulières; suivez
les discussions qui préparent les lois nationales: où prend-on ses
citations, ses analogies, ses exemples? Dans les lois anglaises, dans
les coutumes de la Grande-Bretagne, dans les règlements du Parlement.
Entrez dans les cours de justice: quelles autorités invoque-t-on? Les
statuts, les jugements, les décisions des cours anglaises. Certes, si
de tels hommes n’ont pas une tendance vers la Grande-Bretagne, il faut
renoncer à connaître l’influence des lois sur les hommes et nier les
modifications qu’ils reçoivent de tout ce qui les entoure. Inutilement,
les noms de république et de monarchie semblent placer entre les deux
gouvernements des distinctions qu’il n’est pas permis de confondre:
il est clair pour tout homme qui va au fond des idées, que dans la
constitution représentative de l’Angleterre il y a de la république,
comme il y a de la monarchie dans le pouvoir exécutif des Américains.
Cela a été vrai surtout aussi longtemps qu’a duré la présidence du
général Washington; car la force d’opinion attachée à sa personne dans
toute l’Amérique représente facilement l’espèce de pouvoir magique que
les publicistes attribuent aux monarchies.
La partie de la nation américaine chez qui l’on devrait rencontrer
le moins de préjugés, les hommes qui réunissent l’aisance et
l’instruction, ceux qui ont été les moteurs de la révolution, et
qui, en soufflant dans l’âme du peuple la haine contre les Anglais,
auraient dû, il semble, s’en pénétrer pour toujours; ceux-là mêmes
sont insensiblement ramenés vers l’Angleterre par différents motifs.
Plusieurs ont étés élevés en Europe; et, à cette époque, l’Europe
des Américains n’était que l’Angleterre. Ils n’ont guère d’idées
comparatives de grandeur, de puissance, d’élévation, que celles qui
leur sont fournies par les objets tirés de l’Angleterre; et, surpris
eux-mêmes de la hardiesse du pas qu’ils ont fait en se séparant, ils
sont ramenés à une sorte de respect pour elle par tous leurs mouvements
involontaires. Ils ne peuvent pas se dissimuler que, sans la France,
ils n’auraient pas réussi à secouer le joug de l’Angleterre; mais,
malheureusement, ils pensent que les services des nations ne sont que
des calculs, et non de l’attachement; ils disent même que l’ancien
gouvernement de France, alors qu’il fit des sacrifices en leur faveur,
agit bien plus pour leur indépendance que pour leur liberté; qu’après
les avoir aidés à se séparer de l’Angleterre, il travailla sourdement à
les tenir désunis entre eux, pour qu’ils se trouvassent émancipés sans
avoir ni sagesse pour se conduire, ni force pour se protéger.
Ainsi les inclinations, ou, si l’on veut, les habitudes, ramènent sans
cesse les Américains vers l’Angleterre; l’intérêt, bien plus encore;
car la grande affaire, dans un pays nouveau, est incontestablement
d’accroître sa fortune. La preuve d’une telle disposition générale s’y
manifeste de toutes parts: on la trouve avec évidence dans la manière
dont on y traite tout le reste. Les pratiques religieuses elles-mêmes
s’en ressentent extrêmement. A cet égard, voici ce que j’ai vu; la
liaison avec mon sujet ne tardera pas à se faire sentir.
On sait que la religion a conservé en Angleterre un puissant empire
sur les esprits; que la philosophie même la plus indépendante n’a osé
s’y déprendre entièrement des idées religieuses; que depuis Luther
toutes les sectes y ont pénétré, que toutes s’y sont maintenues,
que plusieurs y ont pris naissance. On sait la part qu’elles ont eue
dans les grandes mutations politiques; enfin, que toutes se sont
transplantées en Amérique, et que quelques-uns des Etats leur doivent
leur origine.
On pourrait croire d’abord, qu’après leur transmigration ces sectes
sont ce qu’elles étaient auparavant, et en conclure qu’elles pourraient
aussi agiter l’Amérique. Quelle n’est pas la surprise du voyageur
lorsqu’il les voit co-exister toutes dans ce calme parfait qui semble
à jamais inaltérable; lorsqu’en une même maison le père, la mère,
les enfants, suivent chacun paisiblement et sans opposition celui
des cultes que chacun préfère. J’ai été plus d’une fois témoin de ce
spectacle, auquel rien de ce que j’avais vu en Europe n’avait pu me
préparer. Dans les jours consacrés à la religion, tous les individus
d’une même famille sortaient ensemble, allaient chacun auprès du
ministre de son culte, et rentraient ensuite pour s’occuper des mêmes
intérêts domestiques. Cette diversité d’opinions n’en apportait
aucune dans leurs sentiments et dans leurs autres habitudes: point
de disputes, pas même de questions, à cet égard. La religion y
semblait être un secret individuel que personne ne se croyait le droit
d’interroger ni de pénétrer. Aussi, lorsque de quelque contrée de
l’Europe il arrive en Amérique un sectaire ambitieux, jaloux de faire
triompher sa doctrine en échauffant les esprits, loin de trouver,
comme, partout ailleurs, des hommes disposés à s’engager sous sa
bannière, à peine même est-il aperçu de ses voisins, son enthousiasme
n’attire ni n’émeut, il n’inspire ni haine ni curiosité; chacun enfin
reste avec sa religion et continue ses affaires.[140]
Un telle impassibilité, que ne peut ébranler le fougueux prosélytisme,
et qu’il ne s’agit point ici de juger, mais d’expliquer, a
indubitablement pour cause immédiate la liberté et surtout l’égalité
des cultes. En Amérique, aucun n’est proscrit, aucun n’est ordonné,
dès lors point d’agitations religieuses. Mais cette égalité parfaite
a elle-même un principe: c’est que la religion, quoiqu’elle y soit
partout un sentiment vrai, y est surtout un sentiment d’habitude:
toutes les ardeurs du moment s’y portent vers les moyens d’accroître
promptement son bien-être; et voilà en résultat la grande cause du
calme parfait des Américains pour tout ce qui n’est pas, dans cet ordre
d’idées, ou moyen ou obstacle.
Remarquons, de plus, que les Américains des villes, naguère colons
et dès lors accoutumés à se regarder là comme étrangers, ont dû
naturellement tourner leur activité vers les spéculations commerciales,
et subordonner à ces spéculations les travaux mêmes de l’agriculture,
par laquelle cependant elles doivent s’alimenter. Or, une telle
préférence, qui suppose d’abord un désir impatient de faire fortune,
ne tarde pas à accroître ce désir: car le commerce, qui étend les
rapports de l’homme à l’homme, multiplie nécessairement ses besoins; et
l’agriculture, qui le circonscrit dans la famille, nécessairement aussi
les réduit.
L’Amérique, dont la population est actuellement de plus de quatre
millions d’habitants et augmente très-rapidement, est dans l’enfance
des manufactures; quelques forges, quelques verreries, des tanneries,
et un assez grand nombre de petites et imparfaites fabriques de
casimir, de tricot grossier et de coton dans quelques endroits,
servent mieux à attester l’impuissance des efforts faits jusqu’à
ce jour, qu’a fournir au pays les articles manufacturés de sa
consommation journalière. Il en résulte qu’elle a besoin de recevoir
de l’Europe, non-seulement une grande partie de ce qu’elle consomme
intérieurement, mais aussi une grande partie de ce qu’elle emploie pour
son commerce extérieur. Or, tous ces objets sont fournis à l’Amérique
si complètement par l’Angleterre, qu’on a lieu de douter si, dans
les temps de la plus sévère prohibition, l’Angleterre jouissait plus
exclusivement de ce privilège avec ce qui était alors ses colonies,
qu’elle n’en jouit actuellement avec les Etats-Unis indépendants.
Les causes de ce monopole volontaire sont, au reste, faciles à
assigner: l’immensité de fabrication qui sort des manufactures
anglaises, la division du travail, à la fois principe et conséquence de
cette grande fabrication, et particulièrement l’ingénieux emploi des
forces mécaniques adaptées aux différents procédés des manufactures,
ont donné moyen aux manufacturiers anglais de baisser le prix de
tous les articles d’un usage journalier au-dessous de celui auquel
les autres nations ont pu le livrer jusqu’à ce jour. De plus, les
grands capitaux des négociants anglais leur permettent d’accorder des
crédits plus longs qu’aucun négociant d’aucune autre nation ne le
pourrait faire: ces crédits sont au moins d’un an, et souvent de plus.
Il en résulte que le négociant américain qui tire ses marchandises
d’Angleterre, n’emploie presque aucun capital à lui dans le commerce,
et le fait presque tout entier sur les capitaux anglais. C’est donc
réellement l’Angleterre qui fait le commerce de consommation de
l’Amérique.
Sans doute que le négociant Anglais doit, de manière ou d’autre,
charger ses comptes de vente de l’intérêt de ses fonds dont il
accorde un si long usage; mais, comme les demandes se succèdent et
s’augmentent, chaque année, il s’établit une balance de paiements
réguliers et de crédits nouveaux qui ne laissent en souffrance qu’un
premier déboursé, dont l’intérêt est à répartir sur les factures
suivantes en même temps que sur les premières. Cette première dette
établit, comme on voit, un lien difficile à rompre des deux côtés
entre le correspondant anglais et l’Américain. Le premier craint,
s’il arrêtait ses envois, de renverser un débiteur dont la prospérité
est la seule garantie de ses avances: l’Américain craint de son
côté de quitter un fournisseur avec lequel il y a trop d’anciens
comptes à régler. Entre ces intérêts réciproques et cimentés par de
longues habitudes, il est à peu près impossible à une nation tierce
d’intervenir. Aussi la France est-elle réduite avec l’Amérique a
quelques fournitures de denrées particulières à son sol; mais elle
n’entre point en concurrence avec l’Angleterre sur la vente des objets
manufacturés, qu’elle ne pourrait établir en Amérique ni à si bon
compte, ni à si long terme de crédit.
Si l’on voulait objecter qu’il s’est fait pendant notre révolution
de nombreuses exportations de marchandises françaises en Amérique,
la réponse serait bien facile. De telles exportations n’ont rien de
commun avec un commerce régulier; c’est la spéculation précipitée
de ceux qui, épouvantés des réquisitions, du maximum et de tous les
désastres révolutionnaires, ont préféré une perte quelconque sur
leurs marchandises vendues en Amérique, au risque ou plutôt à la
certitude d’une perte plus grande s’ils les laissaient en France; c’est
l’empressement tumultueux de gens qui déménagent dans un incendie
et pour qui tout abri est bon, et non l’importation judicieuse de
négociants qui ont fait un calcul et qui le réalisent. Du reste, ses
objets se sont mal vendus, et les Américains ont préféré de beaucoup
les marchandises anglaises: ce qui fournit un argument de plus pour
l’Angleterre dans la balance des intérêts américains.
Ainsi le marchand américain est lié à l’Angleterre, non seulement par
la nature de ses transactions, par le besoin du crédit qu’il y obtient,
par le poids du crédit qu’il y a obtenu, mais encore par la loi qui
lui impose irrésistiblement le goût du consommateur; ces liens sont si
réels, et il en résulte des rapports commerciaux si constants entre les
deux pays, que l’Amérique n’a d’échange véritable qu’avec l’Angleterre;
en sorte que presque toutes les lettres de change que les Américains
tirent sur ce continent sont payables à Londres.
Gardons-nous cependant, en considérant ainsi les Américains sous un
seul point de vue, de les juger individuellement avec trop de sévérité;
comme particuliers, on peut trouver en eux le germe de toutes les
qualités sociales; mais comme peuple nouvellement constitué et formé
d’éléments divers, leur caractère national n’est pas encore décidé. Ils
restent Anglais, sans doute par d’anciennes habitudes, mais peut-être
aussi parce qu’ils n’ont pas eu le temps d’être entièrement Américains.
On a observé que leur climat n’était pas fait; leur caractère ne l’est
pas davantage.
Que l’on considère ces cités populeuses d’Anglais, d’Allemands, de
Hollandais, d’Irlandais, et aussi d’habitants indigènes; ces bourgades
lointaines, si distantes les unes des autres; ces vastes contrées
incultes, traversées plutôt qu’habitées par des hommes qui ne sont
d’aucun pays; quel lien commun concevoir au milieu de toutes ces
disparités. C’est un spectacle neuf pour le voyageur qui, partant
d’une ville principale où l’état social est perfectionné, traverse
successivement tous les degrés de civilisation et d’industrie qui
vont toujours en s’affaiblissant, jusqu’à ce qu’il arrive en très-peu
de jours à la cabane informe et grossière construite de troncs
d’arbres nouvellement abattus. Un tel voyage est une sorte d’analyse
pratique et vivante de l’origine des peuples et des Etats: on part de
l’ensemble le plus composé pour arriver aux éléments les plus simples;
à chaque journée on perd de vue quelques-unes de ces inventions que nos
besoins, en se multipliant, ont rendues nécessaires; et il semble que
l’on voyage en arrière dans l’histoire des progrès de l’esprit humain.
Si un tel spectacle attache fortement l’imagination, si l’on se plaît
à retrouver dans la succession de l’espace ce qui semble n’appartenir
qu’à la succession des temps, il faut se résoudre à ne voir que
très-peu de liens sociaux, nul caractère commun, parmi des hommes qui
semblent si peu appartenir à la même association.
Dans plusieurs cantons, la mer et les bois en ont fait des pêcheurs ou
des bûcherons; or, de tels hommes n’ont point, à proprement parler,
de patrie, et leur morale sociale se réduit à bien peu de chose. On a
dit depuis longtemps que l’homme est disciple de ce qui l’entoure, et
cela est vrai: celui qui n’a autour de lui que des déserts, ne peut
donc recevoir des leçons que de ce qu’il fait pour vivre. L’idée du
besoin que les hommes ont les uns des autres n’existe pas en lui; et
c’est uniquement en décomposant le métier qu’il exerce, qu’on trouve le
principe de ses affections et de toute sa moralité.
Le bûcheron américain ne s’intéresse à rien; toute idée sensible est
loin de lui: ces branches si élégamment jetées par la nature, un beau
feuillage, une couleur vive qui anime une partie de bois, un vert
plus fort qui en assombrit un autre, tout cela n’est rien; il n’a de
souvenir à placer nulle part: c’est la quantité de coups de hache qu’il
faut qu’il donne pour abattre un arbre, qui est son unique idée. Il n’a
point planté; il n’en sait point les plaisirs. L’arbre qu’il planterait
n’est bon à rien pour lui, car jamais il ne le verra assez fort pour
qu’il puisse l’abattre: c’est détruire qui le fait vivre; on détruit
partout: aussi tout lieu lui est bon; il ne tient pas au champ où il a
placé son travail, parce que son travail n’est que de la fatigue, et
qu’aucune idée douce n’y est jointe. Ce qui sort de ses mains ne passe
point par toutes les croissances si attachantes pour le cultivateur;
il ne suit pas la destinée de ses productions; il ne connaît pas le
plaisir des nouveaux essais; et si en s’en allant il n’oublie pas sa
hache, il ne laisse pas de regrets là ou il a vécu des années.
Le pêcheur américain reçoit de sa profession une âme à peu près aussi
insouciante. Ses affections, son intérêt, sa vie, sont à côté de la
société à laquelle on croit qu’il appartient. Ce serait un préjugé de
penser qu’il est un membre fort utile; car il ne faut pas comparer
ces pêcheurs-là à ceux d’Europe, et croire que c’est comme en Europe
le moyen de former des matelots, de faire des hommes de mer adroits
et robustes: en Amérique, j’en excepte les habitants de Nantuket qui
pêchent la baleine, la pêche est un métier de paresseux. Deux lieues
de la côte, quand ils n’ont pas de mauvais temps à craindre, un mille
quand le temps est incertain, voilà le courage qu’ils montrent; et la
ligne est le seul harpon qu’ils sachent manier: ainsi leur science
n’est qu’une bien petite ruse; et leur action, qui consiste à avoir un
bras pendant au bord d’un bateau, ressemble bien à de la fainéantise.
Ils n’aiment aucun lieu; ils ne connaissent la terre que par une
mauvaise maison qu’ils habitent; c’est la mer qui leur donne leur
nourriture; aussi quelques morues de plus ou de moins déterminent leur
patrie. Si le nombre leur paraît diminuer à tel endroit, ils s’en vont,
et cherchent une autre patrie où il y ait quelques morues de plus.
Lorsque quelques écrivains politiques ont dit que la pêche était une
sorte d’agriculture, ils ont dit une chose qui a l’air brillant, mais
qui n’a pas de vérité. Toutes les qualités, toutes les vertus qui sont
attachées à l’agriculture, manquent à l’homme qui se livre à la pêche.
L’agriculture produit un patriote dans la bonne acception de ce mot; la
pêche ne sait faire que des cosmopolites.
Je viens de m’arrêter trop longtemps peut-être à tracer la peinture de
ces mœurs; elle peut sembler étrangère à ce mémoire, et pourtant elle
en complète l’objet, car j’avais à prouver que ce n’est pas seulement
par les raisons d’origine, de langage et d’intérêt que les Américains
se retrouvent si souvent Anglais. (Observation qui s’applique plus
particulièrement aux habitants des villes.) En portant mes regards
sur ces peuplades errantes dans les bois, sur le bord des mers et le
long des rivières, mon observation générale se fortifiait à leur égard
de cette indolence, de ce défaut de caractère à soi, qui rend cette
classe d’Américains plus facile à recevoir et à conserver l’impression
d’un caractère étranger. La dernière de ces causes doit sans doute
s’affaiblir et même disparaître, lorsque la population toujours
croissante aura pu, en fécondant tant de terres désertes, en rapprocher
les habitants; quant aux autres causes, elles ont des racines si
profondes, qu’il faudrait peut-être un établissement français en
Amérique pour lutter contre leur ascendant avec quelque espoir de
succès. Une telle vue politique n’est pas sans doute à négliger, mais
elle n’appartient pas à l’objet de ce mémoire.
J’ai établi que les Américains sont Anglais et par leurs habitudes et
par leurs besoins; je suis loin de vouloir en conclure que par leurs
inclinations ils soient restés sujets de la Grande-Bretagne. Tout, il
est vrai, les ramène vers l’Angleterre industrieuse, mais tout doit les
éloigner de l’Angleterre mère-patrie. Ils peuvent vouloir dépendre de
son commerce, dont ils se trouvent bien, sans consentir à dépendre de
son autorité, dont ils se sont très-mal trouvés. Ils n’ont pas oublié
ce que leur a coûté leur liberté, et ne seront pas assez irréfléchis
pour consentir à la perdre et à se laisser entraîner par des ambitions
individuelles. Ils n’ont plus, il est vrai, l’enthousiasme qui
détruit; mais ils ont le bon sens qui conserve. Ils ne haïssent pas
le gouvernement anglais; mais ce sera sans doute à condition qu’il
ne voudra pas être le leur. Surtout ils n’ont garde de se haïr entre
eux; ensemble ils ont combattu, ensemble ils profitent de la victoire.
Partis, factions, haines, tout a disparu:[141] en bons calculateurs
ils ont trouvé que cela ne produisait rien de bon. Aussi personne ne
reproche à son voisin ce qu’il est; chacun cherche à le tourner à son
avantage: se sont des voyageurs arrivés à bon port, et qui croient au
moins inutile de se demander sans cesse pourquoi l’on s’est embarqué et
pourquoi l’on a suivi telle route.
Concluons. Pour parvenir à la preuve complète du fait que j’avais
avancé sur les relations des Américains avec la Grande-Bretagne, il
a fallu repousser les vraisemblances, écarter les analogies; donc,
dans les sciences positives surtout, il importe, sous peine de graves
erreurs, de se défendre de ce qui n’est que probable.
Ce fait lui-même bien connu pouvait conduire à de faux résultats; il
portait à croire que l’indépendance des colonies était un bien pour les
métropoles: mais en remontant à ses véritables causes, la conséquence
s’est resserrée. Maintenant on n’est plus en droit d’y voir autre
chose, si ce n’est que l’indépendance des Etats-Unis a été utile à
l’Angleterre, et qu’elle le serait à tous les Etats du Continent qui,
d’une part, offriraient les mêmes avantages à des colonies du même
genre, et, de l’autre, seraient secondés par les mêmes fautes de leurs
voisins.
Le développement des causes de ce fait a amené beaucoup de conséquences
ultérieures.
En parcourant ces causes on a dû conclure successivement:
1ᵒ. Que les premières années qui suivent la paix décident du système
commercial des Etats; et que s’ils ne savent pas saisir le moment pour
la tourner à leur profit, elle se tourne presque inévitablement à leur
plus grande perte.
2ᵒ. Que les habitudes commerciales sont plus difficiles à rompre qu’on
ne pense, et que l’intérêt rapproche en un jour et souvent pour jamais
ceux que les passions les plus ardentes avaient armés pendant plusieurs
années consécutives:
3ᵒ. Que dans le calcul des rapports quelconques qui peuvent exister
entre les hommes, l’identité de langage est une donnée des plus
concluantes:
4ᵒ. Que la liberté et surtout l’égalité des cultes est une des plus
fortes garanties de la tranquillité sociale; car là ou les consciences
sont respectées, les autres droits ne peuvent manquer de l’être:
5ᵒ. Que l’esprit de commerce, qui rend l’homme tolérant par
indifférence, tend aussi à le rendre personnel par avidité, et
qu’un peuple surtout dont la morale a été ébranlée par de longues
agitations, doit, par des institutions sages, être attiré vers
l’agriculture; car le commerce tient toujours en effervescence les
passions, et toujours l’agriculture les calme.
Enfin, qu’après une révolution qui a tout changé, il faut savoir
renoncer à ses haines si l’on ne veut renoncer pour jamais à son
bonheur.
APPENDIX II.
There is a circumstance connected with the sketch of Mr.
Canning which I am called upon to notice.
The original MS.--which has since then been but very slightly
altered--was completed twenty-six years ago, and the greatest part in
print not very long afterwards. Before, however, the whole had been
sent to the press, I was called away on diplomatic duty, and left the
proof-sheets in the hands of Mr. Colburn and the printer’s, Beaufort
House; abandoning in my own mind the intention of ever publishing
or completing the work. In fact, in the busy life of Spain it was
forgotten. On my return to England, in 1848, I received a visit from
Mr. Bell, then editor of the _Atlas_. He sat with me some time, but
did not make to me any particular communication, and it was only some
time afterwards that I conjectured the purport of his visit. I then by
accident, it might have been in America, read his Life of Mr. Canning,
and found it was undeniably based on my original sketch. Many anecdotes
were in it that I had had from private sources of a particular
description, some of which anecdotes I have now omitted. Whole passages
were entirely the same in purport and almost in expression; in fact,
there are parts, the one relating to the Treaty of Vienna and the
partitions which then took place, for instance, which are almost
verbally repeated. I did not think it worth while to take notice of
this; I was rather glad than otherwise that the labour, which I had
considered thrown away, as far as any object of my own was concerned,
had been useful in the composition of an able work by another; and I
only now mention the facts I have been relating, to clear myself from
any charge of plagiarism which might otherwise be reasonably made
against me. A copy of the old proofs I still retain.
H. L. B.
* * * * *
M. R.
1. Separate, _secret_, _and confidential_. (In cypher.)
Foreign Office, January 31st, 1826.
SIR,
In matters of commerce the fault of the Dutch is offering too
little and asking too much. The French are with equal advantage
content, so we clap on Dutch bottoms just 20 _per cent._
Chorus of English Custom House officers and French douaniers:
“We clap on Dutch bottoms just 20 _per cent._; Vous frapperez
Falk avec 20 pour cent.”
I have no other commands from his Majesty to convey to your
Excellency to-day.
I am, with great truth and respect, Sir, Your Excellency’s
Most obedient humble servant,
(Signed)
GEORGE CANNING.
H. E. The Right Hon. Sir CHARLES BAGOT, G.C.B., The Hague.
* * * * *
2. Secret.
The Hague, February 3rd, 1826.
SIR,
I sincerely hope that this circumstance will not be productive
of any public inconvenience; but I am concerned to state that
I do not possess any cypher by which I am enabled to decypher
your despatch of the 31st of last month, which I received this
morning; the only cypher belonging to this embassy is letter S.
I take the liberty of suggesting that it might be convenient at
the present moment that I should be furnished with the cypher
given to his Majesty’s ambassador at St. Petersburg, or at
least with that of which his Majesty’s minister at Berlin may
be in possession.
I have the honour to be, with the highest respect, Sir,
Your most obedient humble servant,
(Signed)
CHARLES BAGOT.
The Right Hon. GEORGE CANNING.
* * * * *
3. Secret and separate.
Foreign Office, February 6th, 1826.
In consequence of your despatch marked “Secret,” of the 3rd
instant, I send your Excellency the cyphers and the decyphers
I and U, both of which are in the possession of his Majesty’s
ambassador at St. Petersburg and his Majesty’s minister at
Berlin.
I regret the circumstance of your Excellency’s not having been
furnished with the proper cyphers, as I was anxious that your
Excellency should receive with as little delay as possible the
impression which has been made upon his Majesty’s Government
by the very opposite feelings and conduct which have been
demonstrated by the governments of the Netherlands and France,
in the late commercial negotiations with Great Britain.
I am, &c.,
(Signed)
GEORGE CANNING.
His Excellency The Right Hon. Sir C. BAGOT.
* * * * *
4. Private.
The Hague, February 13th, 1826.
MY DEAR CANNING,
You have fretted me to fiddlestrings, and I have a great mind
not to give you the satisfaction of ever knowing how completely
your mystification of me has succeeded. It was more than you
had a right to expect when you drew from me that solemn and
official lamentation which I sent you of my inability to
decypher his Majesty’s commands; but, as the devil would have
it, your success did not end here. The post which brought
me the decyphers arrived at eleven o’clock at night, when I
had only time before I sent off the other messenger to read
your grave regret at what had occurred and to acknowledge the
receipt of the mail.
The next morning Ferney and I were up by cock-crow to make out
“la maudite dépêche;” and it was not till after an hour of
most indescribable anxiety that we were put “out of our fear”
by finding what it really was, and that “you Pyramus” were not
Pyramus, but only “Bottom the weaver.”
I could have slain you, but I got some fun myself, for I
afterwards put the fair decypher into Douglas’ hands, who read
it twice without moving a muscle, or to this hour discovering
that it was not prose; and returning it to me, declared that it
was “oddly worded;” but he had always had a feeling that the
despatch must relate to discriminating duties.
C. BAGOT.
FOOTNOTES
[1] Many of those works confound dates and names, and make the most
absurd, as well as the most malignant, accusations; but here and there
they relate facts which authentic documents have since confirmed, as
well as anecdotes which I have heard contemporaries repeat, and of
which I shall therefore take advantage.
[2] “It is a terrible advantage to have done nothing; but one must not
abuse it.”
[3] There seems to be some difficulty in ascertaining the date of M.
de Talleyrand’s birth with exactitude. I have been told, on apparently
the best authority, that he was born on the 7th of March, on the 1st
of September, and on the 2nd of February. This last is the date I have
selected, having reason upon the whole to believe it the correct one.
With respect to the year there is no dispute.
[4] The Countess de Talleyrand lived to 1809; and was very proud of the
talents of her son, but regretting, it is said, the use he had made of
them.
[5] This gentleman had been _menin_ to the Dauphin, son of Louis XV.
He subsequently commanded a regiment in the Seven Years’ War, and rose
to be lieutenant-general in the King’s armies. He bore an excellent
character, but was never considered to have any ability.
[6] This singular fact is mentioned by M. Mignet in a short and able
memoir, which after M. de Talleyrand’s death he read to the French
Academy.
[7] “And who are you, my friend?” “I am your coachmaker, my lord.” “Ah!
you are my coachmaker; and what do you want, my coachmaker?” “I want to
be paid, my lord.” “Ah! you are my coachmaker, and you want to be paid;
you shall be paid, my coachmaker.” “And when, my lord?” “You are very
inquisitive!”
[8] Sieyès, in a celebrated pamphlet published at this period.
[9] Evêque d’Autun, archévêque de Bordeaux, Lally, Clermont-Tonnerre,
Mounier, Sieyès, &c., &c.
[10] “Our souls were then intoxicated by a gentle philanthropy, which
induced us to seek passionately the means of being useful to humanity,
and of rendering the condition of man more happy.”
[11] “This man has made himself great by placing himself always by the
side of the little, and aiding those who most needed him.”
[12] “La motion du clergé lui a conquis cette place.”--_Correspondance
de Mirabeau et le Comte de la Marck._
[13] The presidency was only for fifteen days; but the consideration in
which this dignity was held may be estimated by the fact that Mirabeau,
notwithstanding his utmost efforts, was unable to obtain it until the
subsequent year.
[14] “Each of the two nations should by this means form its standards,
which it ought to preserve with the greatest care, so that if, at the
end of several centuries, any variation in the sidereal year should be
perceived, the standards might serve to ascertain its extent, and in
this way to connect this important point in the system of the universe
with a mighty epoch, such as that of the National Assembly. Perhaps,
even we may be permitted to foresee in this co-operation of two
nations, together interrogating nature to obtain from her an important
solution, the principle of a political union brought about by the
intervention of the sciences.”
[15] “La popularité de M. de Lafayette qui s’était élevée si haut
commençait à décliner de ce jour là (14 July): un mois plus tard,
les cris ‘à bas Lafayette!’ avaient succédé aux cris de ‘Vive
Lafayette!’”--(_Comte de la Marck._)
[16] “I should be inconsolable if the severity of our decrees as to
the clergy should not produce as its result the salvation of the
State.”--See _Appendix_.
[17] “Saying is quite a different thing from doing: the preaching and
the preacher must be considered apart.”
[18] A defence has been set up for Mirabeau, viz., that the work,
though written by him, was published without his knowledge by a
bookseller’s wife, his mistress. But besides the utter improbability of
this story, there is the fact that Mirabeau remained until his death
on the best terms with the person who would thus have betrayed a most
sacred trust and merited his bitterest contempt and indignation.
[19] See _Les Considérations sur la Révolution_, by Madame de Staël.
[20] See _Appendix_.
[21] When M. Mercy, the Austrian ambassador, and for a long time the
intermediate agent between the court and Mirabeau, left Paris, M. de
Montmorin, the minister of foreign affairs, was, without the knowledge
of his colleagues, admitted into the secret of the court’s engagements,
and authorised to correspond with Mirabeau concerning their execution.
[22] “I shall be what I have always been, the defender of the
monarchical power, regulated by the laws; the apostle of liberty,
guaranteed by the monarchical power.”
[23] “The brief of the Pope arrived last Thursday. De
Talleyrand-Périgord, the late Bishop of Autun, is suspended from all
functions and excommunicated, if after forty days he has not repented.”
[24] “The ministers, the royalists of the Assembly, were all left in
ignorance of the King’s intentions, and exposed to great peril. Such
was the situation, not only of the National Guards and their officers,
but also of the most devoted of the King’s friends, the Duc de Brissac,
commander of the Swiss Guards, and M. de Montmorin, who had unwittingly
given a passport in the name of the Baroness de Korff.”
[25] “Ce prince (Louis XVI.) dont on ne peut trop déplorer le manque de
bonne foi dans cette occasion, lui donna les assurances si positives,
si solennelles, qu’il crut pouvoir répondre _sur sa tête_ que le roi ne
partirait pas.”--_Mémoires de Lafayette._
[26] “The Duc d’Orléans is the vase into which people have thrown all
the filth of the Revolution.”
[27] M. de Rulhières, l’ancien secrétaire du baron de Breteuil à St.
Pétersbourg, le confident du maréchal de Richelieu, le poëte de la
duchesse d’Egmont, narrateur fort redouté de Catherine II., &c. &c.
[28] March 9. Lord Grenville to Lord Gower.
[29] He acted as secretary to the mission.
[30] M. de Talleyrand amuses himself, M. de Chauvelin grumbles, and M.
de Roveray bargains.
[31] No zeal, sir.
[32] “SIRE,--I address to your Majesty a letter written the day before
yesterday, and which I only received yesterday after mid-day. It is
from the Bishop of Autun, who seems desirous to serve your Majesty.
He had it conveyed to me that the King might make a trial of his zeal
and influence, and indicate to him the points on which he could be
employed.”
[33]
“18 septembre, Kensington Square.
“MY LORD,
“J’ai l’honneur de vous informer que je suis arrivé en Angleterre il
y a deux jours. Les rapports que j’ai eu l’avantage d’avoir avec vous
pendant mon séjour à Londres m’en font un devoir.
“Je me reprocherais de ne pas m’en acquitter promptement et de ne
pas offrir mes premiers hommages au ministre dont l’esprit m’a paru
au niveau des grands événements de cette époque, et qui a toujours
manifesté des vues si pures, et un amour éclairé de la vraie liberté.
“A mes premiers voyages j’étais chargé par le roi d’une mission à
laquelle j’attachais le plus grand prix. Je voulais hâter le moment de
la prospérité de la France, et par conséquent l’attacher, s’il était
possible, à l’Angleterre.
“J’osais à peine, il est vrai, espérer tant de bonheur dans nos
circonstances, mais je ne pouvais me résoudre à ne pas faire des
efforts pour y parvenir.
“L’assurance que vos daignâtes nous donner de la neutralité de votre
gouvernement à l’époque de la guerre me parut un présage très-heureux.
“Depuis ce moment tout est cruellement changé parmi nous, et quoique
rien ne puisse jamais détacher mon cœur ni mes vœux de la France,
et que mon espoir soit d’y retourner aussitôt que les lois y auront
repris leur empire, je dois vous dire, mylord, et je tiens beaucoup à
ce que vous sachiez que je n’ai absolument aucune espèce de mission en
Angleterre, que j’y suis venu uniquement pour y chercher la paix et
pour y jouir de la liberté au milieu de ses véritables amis.
“Si pourtant mylord Grenville désirait connaître ce que c’est que la
France en ce moment, quels sont les différents partis qui l’agitent,
et quel est le nouveau pouvoir exécutif provisoire, et enfin ce qu’il
est permis de conjecturer des terribles et épouvantables événements
dont j’ai été presque le témoin oculaire, je serais charmé de le lui
apprendre et de trouver cette occasion de lui renouveler l’assurance
des sentiments de respect avec lesquels je suis, mylord, votre
très-humble, et très-obéissant serviteur,
“TALLEYRAND-PÉRIGORD.”
[34] “_Déclaration de Monsieur de Talleyrand._
“Mon respect pour le conseil du roi, et ma confiance en sa justice
m’engagent à lui présenter une déclaration personnelle plus détaillée
que celle que je vois comme étranger présenter au magistrat.
“Je suis venu à Londres vers la fin de janvier 1792, chargé par
le gouvernement français d’une mission auprès du gouvernement
d’Angleterre. Cette mission avait pour objet, dans un moment où
toute l’Europe paraissait se déclarer contre la France, d’engager le
gouvernement d’Angleterre de ne point renoncer aux sentiments d’amitié
et de bon voisinage qu’il avait montré constamment en faveur de la
France pendant le cours de la Révolution. Le roi surtout, dont le
vœux le plus ardent était le maintien d’une paix qui lui paraissait
aussi utile à l’Europe en général qu’à la France en particulier,
le roi attachait un grand prix à la neutralité et à l’amitié de
l’Angleterre, et il avait chargé Monsieur de Montmorin qui conservait
sa confiance, et Monsieur de Laporte, de me témoigner son désir à
ce sujet. J’étais chargé de plus par les ministres du roi de faire
au gouvernement d’Angleterre des propositions relatives à l’intérêt
commercial des deux nations. La constitution n’avait pas permis au roi
en me chargeant de ses ordres, de me revêtir d’un caractère public. Ce
défaut de titre officiel me fut opposé par mylord Grenville comme un
obstacle à toute conférence politique. Je demandai en conséquence mon
rappel à Monsieur de Laporte, et je retournai en France. Un ministre
plénipotentiaire fut envoyé quelque temps après; le roi me chargea
d’en seconder les travaux, et en fit part à S. M. Britannique par une
lettre particulière. Je suis resté attaché au devoir que le roi m’avait
imposé jusqu’à l’époque du 10 août, 1792. J’étais alors à Paris où
j’avais été appelé par le ministre des affaires étrangères. Après avoir
été plus d’un mois sans pouvoir obtenir de passeport et être resté
exposé pendant tout ce temps, et comme administrateur du département de
Paris, et comme membre de l’Assemblée Constituante à tous les dangers
qui peuvent menacer la vie et la liberté, j’ai pu enfin sortir de
Paris vers le milieu de septembre, et je suis venu en Angleterre jouir
de la paix et de la sûreté personnelle à l’abri d’une constitution
protectrice de la liberté et de la propriété. J’y existe, comme je l’ai
toujours été, étranger à toutes les discussions et à tous les intérêts
de parti; et n’ayant pas plus à redouter devant les hommes justes la
publicité d’une seule de mes opinions politiques que la connaissance
d’une seule de mes actions. Outre les motifs de sûreté et de liberté
qui m’ont ramené en Angleterre, il est une autre raison, très-légitime
sans doute, c’est la suite de quelques affaires personnelles et la
vente prochaine d’une bibliothèque assez considérable que j’avais à
Paris, et que j’ai transportée à Londres.
“Je dois ajouter que devenu en quelque sorte étranger à la France,
où je n’ai conservé d’autres rapports que ceux de mes affaires
personnelles, et d’une ancienne amitié je ne puis me rapprocher de ma
patrie que par les vœux ardents que je fais pour le rétablissement de
sa liberté et de son bonheur.
“J’ai cru que dans des circonstances où la malveillance pouvait se
servir de quelques préventions pour les faire tourner au profit
d’inimitiés dues aux premières époques de notre Révolution, c’était
remplir les vues du conseil du roi que de lui offrir dans une
déclaration précise un exposé des motifs de mon séjour en Angleterre,
et un garant assuré et irrévocable de mon respect pour la constitution
et pour les lois.
“TALLEYRAND.
“1er janvier, 1793.”
[35] “L’art de mettre des hommes à leur place est le premier de la
science du gouvernement; mais celui de trouver la place des mécontents
est à coup sûr le plus difficile; et présenter à leur imagination des
lointains, des perspectives où puissent se prendre leurs pensées et
leurs désirs, est, je crois, une des solutions de cette difficulté
sociale.”
[36] (XII.) Eclaircissements donnés par le citoyen Talleyrand à ses
concitoyens.
[37] See _Appendix_.
[38] “After all that Sieyès has a very profound intellect.” “Profound!
Hem! You mean perhaps--_hollow_.”
[39] Bourrienne.
[40] “Quand Roger Ducos et Sieyès portaient le titre de consuls, les
trois membres de la commission consulaire étaient égaux, si non de
fait, du moins en droit. Cambacérès et Lebrun les ayant remplacés, M.
de Talleyrand, appelé dans le même moment à succéder à M. Reinhard au
ministère des relations extérieures, fut reçu en audience particulière
dans le cabinet du premier consul.
“‘Citoyen Consul,’ lui dit-il, ‘vous m’avez confié le ministère des
relations extérieures, et je justifierai votre confiance; mais je dois
vous déclarer dès à présent que je ne veux travailler qu’avec vous.
Il n’y a point là de vaine fierté de ma part; je vous parle seulement
dans l’intérêt de la France. Pour qu’elle soit bien gouvernée,
pour qu’il y ait unité d’action, il faut que vous soyez le premier
consul, et que le premier consul ait dans sa main tout ce qui tient
directement à la politique, c’est-à-dire les ministères de l’intérieur
et de la police, pour les affaires du dehors; ensuite les deux grands
moyens d’exécution, la guerre et la marine. Il serait donc de toute
convenance que les ministres de ces cinq départements travaillassent
avec vous seul. L’administration de la justice et le bon ordre dans
les finances tiennent sans doute à la politique par une foule de
liens: mais ces liens sont moins sacrés. Si vous me permettez de le
dire, général, j’ajouterai qu’il conviendrait de donner au deuxième
consul, très-habile jurisconsulte, la haute main sur la justice, et
au troisième consul, également bien versé dans la connaissance des
lois financières, la haute main sur les finances. Cela les occupera,
les amusera; et vous, général, ayant à votre disposition les parties
vitales du gouvernement, vous arriverez au noble but que vous vous
proposez--la régénération de la France.’”
“Qui ne reconnaît là le premier germe de l’archichancellerie et de
l’architrésorerie de l’empire?” Bourrienne, _Mémoires_, vol. iii., pp.
324, 325.
[41] See _Napoleon’s Letter to King George III. before Marengo_.
[42] “_A notre Très-cher Fils, Charles Maurice Talleyrand._
“Nous avons été touché de joie quand nous avons appris l’ardent
désir que vous avez de vous réconcilier avec nous et avec l’Eglise
catholique. Dilatant donc à votre égard les entrailles de notre charité
paternelle, nous vous dégageons par la plénitude de notre puissance
du lien de toutes les excommunications. Nous vous imposons par suite
de votre reconciliation avec nous et avec l’Eglise, des distributions
d’aumônes pour le soulagement surtout des pauvres de l’église d’Autun
que vous avez gouvernée. Nous vous accordons le pouvoir de porter
l’habit séculier, et de gérer toutes les affaires civiles, soit qu’il
vous plaise de demeurer dans la charge que vous exercez maintenant,
soit que vous passiez à d’autres auxquelles votre gouvernement pourrait
vous appeler.”
[43] Fouché, not then in office, was also consulted.
[44] It is even remarked, that a few days previous, the Duc Dalberg
had been informed that there was no jealousy of the _émigrés_ at that
place.--See _M. de Rovigo_, vol. ii., and _Letter of the Duc Dalberg to
M. de Talleyrand_, 13th November, 1823.
[45] There were two “_procès-verbaux_,” or accounts taken of this
trial. The one published in the _Moniteur_, which cites the laws in
virtue of which the prince was condemned, and the pieces that were
brought forward in proof of the accusation. This is evidently an
afterthought: there was not time to write it at the spot and on the
scene. The other cites nothing but the decree of the 29th Ventôse, and
the answers of the prince, after a deliberation on which he is ordered
to immediate execution; this is genuine. The laws by which he is
condemned are left in blank.
[46] “Bonaparte seul, mal informé par ce que la police avait de plus
vil, et n’écoutant que sa fureur, se porta à cet excès sans consulter.
Il fit enlever le prince avec l’intention de le tuer. Il est connu
que sous votre ministère vous n’avez cessé de modérer les passions de
Bonaparte.”--_Letter of Duc Dalberg_, May 13, 1823.
[47] The houses of the upper classes had oaken floors, called
_parquets_: the houses of the lower classes had brick floors.
[48] “Was re-making the bed of the Bourbons.”
[49] See _Mémoires sur Talleyrand_, read in the Academy by M. Mignet,
May 11, 1839.
[50] The term applied to persons detained in France at the rupture of
the peace of Amiens.
[51] _Mémoires de Rovigo._
[52] _Mémoires de Rovigo_, vol. iii. p. 116.
[53] With regard to his habits in this respect, it may not be amiss
to refer to the American correspondence: _State Papers and Public
Documents of the United States_, vol. iii. pp. 473-479.
[54] A note written by M. Izquierdo, Spanish ambassador to the Court
of France, and dated 24th of March, 1808, is exceedingly curious
respecting these particulars.
[55] “Le prince était instruit dans le plus grand détail de ce qui
s’était passé à Bayonne, et il m’en parut indigné: ‘Les victoires,’
me disait-il, ‘ne suffisent pas pour effacer de pareils traits, parce
qu’il y a là je ne sais quoi de vil; de la tromperie, de la tricherie!
Je ne peux pas dire ce qui en arrivera, mais vous verrez que cela ne
lui sera pardonné par personne.’ Le duc Decrès m’a plus d’une fois
assuré que l’Empereur avait reproché en sa présence à M. de Talleyrand
de lui avoir conseillé tout ce qui s’était fait à Bayonne, sans que
celui-ci eût cherché à s’en défendre. Cela m’a toujours étonné.
D’abord, il suffit de connaître un peu M. de Talleyrand pour être bien
sûr que, si au fond il a été d’avis de déposséder du trône d’Espagne
les princes de la maison de Bourbon, il n’a certainement pas indiqué
les moyens qu’on a employés. Ensuite, lorsqu’il m’en a parlé, c’était
avec une sorte de colère qu’il n’éprouve qu’en présence des événements
qui le remuent fortement.”
[56] “Il me fallait 800,000 hommes, et je les ai.”--_Mémoires de
Fouché_, vol. ii. p. 113.
[57] _Mémoires de Rovigo_, vol. vi. p. 66.
[58] “Une mauvaise paix ne peut nous devenir aussi funeste
que la continuation d’une guerre qui ne peut plus nous être
favorable.”--_Mémoires de Rovigo_, vol. vi. p. 229.
[59] “‘Jamais,’ dit-il au dignitaire qui le lui insinuait, ‘jamais
je ne donnerai la main à la perte d’un homme qui m’a longtemps
servi.’”--_Mémoires de Rovigo_, vol. vi. p. 298.
[60] M. Thiers gives the account of such a scene as we have just
described, but fixes it in 1809; nothing is omitted, not even the
position of M. de Talleyrand and his hat; and in this account M. Thiers
makes Napoleon accuse Talleyrand of the murder of the Duc d’Enghien.
I cannot but believe that M. Thiers’s authority has been incorrect.
Count Molé could not be mistaken as to dates and facts, for he was
present at the scene I have related, and stated to me all the details,
as I have given them, without touching on the Duc d’Enghien, which
he certainly would have spoken of had Napoleon himself done so. The
Emperor’s reproaches were, according to Count Molé, entirely confined
to what he considered were M. de Talleyrand’s intrigues at that
particular time--intrigues which were not, however, then further
advanced than in clearing away the obstacles which might interfere with
his defection, if Napoleon was ultimately defeated.
[61] “Eh bien! voilà donc la fin de tout ceci. N’est-ce pas aussi votre
opinion? Ma foi! c’est perdre une partie à beau jeu. Voyez un peu où
mène la sottise de quelques ignorants qui exercent avec persévérance
une influence de chaque jour. Pardieu! l’Empereur est bien à plaindre,
et on ne le plaindra pas, parce que son obstination à garder son
entourage n’a pas de motif raisonnable; ce n’est que de la faiblesse
qui ne se comprend pas dans un homme tel que lui. Voyez, monsieur,
quelle chute dans l’histoire! Donner son nom à des aventures au lieu
de le donner à son siècle! Quand je pense à cela je ne puis m’empêcher
d’en gémir. Maintenant quel parti prendre? Il ne convient pas à tout le
monde de se laisser engloutir sous les ruines de cet édifice. Allons,
nous verrons ce qui arrivera!
“L’Empereur, au lieu de me dire des injures, aurait mieux fait de juger
ceux qui lui inspiraient des préventions; il aurait vu que des amis
comme ceux-là sont plus à craindre que des ennemis. Que dirait-il d’un
autre s’il s’était laissé mettre dans cet état?”--_Mémoires du Duc de
Rovigo_, cités par M. Thiers.
[62] “Le lendemain, 12 avril, on se mit en marche pour aller au-devant
de Monsieur. Le temps était admirable; c’était un de ces premiers jours
du printemps, ravissants sous la température de Paris, où le soleil
brille de tout son éclat, et ne distribue qu’une chaleur douce aux
germes encore tendres qui sourdissent de toutes parts. Quelques fleurs
déjà entr’ouvertes, un vert tendre qui commençait à poindre sur les
arbres, le chant des oiseaux printaniers, l’air de joie répandu sur
les figures, et le vieux refrain du bon Henri qui marquait la marche,
avaient signalé cette entrée comme la fête de l’Espérance. Il y régnait
peu d’ordre, mais on y répandait des larmes. Dès qu’on vit paraître le
prince, M. de Talleyrand alla à sa rencontre, et en s’appuyant sur le
cheval du prince, avec la grâce nonchalante qu’autorise la faiblesse
de ses jambes, il lui débita un compliment en quatre lignes, frappé
au coin d’une sensibilité exquise. Le prince, qui, de toutes parts se
sentait pressé par des Français, était trop ému pour pouvoir répondre;
il dit, d’une voix étouffée par les sanglots: ‘Monsieur de Talleyrand,
Messieurs, je vous remercie; je suis trop heureux. Marchons, marchons,
je suis trop heureux!’
“Nous avons entendu depuis, le même prince répondre avec de la
présence d’esprit et du bonheur aux harangues qu’on lui faisait, mais,
pour ceux qui l’ont vu et qui l’ont entendu à son entrée à Paris,
il ne fut jamais aussi éloquent que ce jour-là. Le cortège se mit
en marche pour Notre-Dame, suivant l’antique usage d’aller porter à
Dieu, dans la première église de Paris, les hommages solennels des
Français pour chaque événement heureux. La garde nationale formait
le fond du cortège, mais il se composait aussi d’officiers russes,
prussiens, autrichiens, espagnols, portugais, à la tête desquels le
prince apparaissait comme un ange de paix descendu au milieu de la
grande famille européenne. Depuis la Barrière de Bondy jusqu’au Parvis
Notre-Dame, il n’y avait pas une fenêtre qui ne fût garnie de figures
rayonnantes de joie. Le peuple, répandu dans les rues, poursuivait
le prince de ses applaudissements et de ses cris. A peine pouvait-il
avancer au milieu de l’ivresse générale, et il répondit à quelqu’un qui
voulait écarter de si douces entraves: ‘Laissez, Monsieur, laissez,
j’arriverai toujours trop tôt.’
“C’est ainsi que le prince fut, s’il est permis de le dire, porté
jusqu’à Notre-Dame sur les cœurs des Français; et à son entrée dans le
sanctuaire, lorsqu’il se prosterna aux pieds de l’autel, qui avait,
durant tant de siècles, reçu les prières de ses pères, un rayon de
lumière très-vive vint frapper sur sa figure et lui imprima je ne sais
quoi de céleste. Il priait avec ardeur; tous priaient avec lui. Des
larmes mouillaient nos yeux; il en échappait aux étrangers eux-mêmes.
Oh! avec quelle vérité, avec quelle ardeur, chaque strophe de l’hymne
de la reconnaissance était poussée vers les cieux! A la fin de la
cérémonie, de vieux serviteurs du prince qui avaient pleuré trente ans
son absence embrassaient ses genoux, et il les relevait avec cette
grâce du cœur si touchante et qui lui est si naturelle. Le retour,
de Notre-Dame aux Tuileries ne fut pas moins animé, moins heureux,
et, parvenu dans la cour du palais, le prince descendit le cheval et
adressa à la garde nationale une allocution parfaitement appliquée à
la situation. Il prit la main à plusieurs officiers et soldats, les
pria de se souvenir de ce beau jour, et leur protesta que lui-même
ne l’oublierait jamais. Je fis ouvrir devant le prince les portes du
palais et j’eus l’honneur de l’introduire dans l’aile qu’il devait
habiter.
“Je lui demandai ses ordres pour le reste de la journée, et l’heure
à laquelle je devais me présenter le lendemain pour le travail. Le
prince paraissait hésiter s’il me laisserait partir ou me retiendrait.
Je crus m’apercevoir que c’était indulgence de sa part, et je lui dis
que je craindrais de l’occuper une minute de plus, parce que je le
supposais fatigué, et c’est à moi qu’il répondit:--‘Comment voulez-vous
que je sois fatigué? C’est le seul jour de bonheur que j’ai goûté
depuis trente ans. Ah! monsieur, quelle belle journée! Dites que je
suis heureux et satisfait de tout le monde. Voilà mes ordres pour
aujourd’hui--à demain, à neuf heures du matin.’
“En quittant le prince, je repris mon travail ordinaire et je le
quittai sur les onze heures du soir pour aller chez M. de Talleyrand.
Je le trouvai s’entretenant de la journée avec MM. Pasquier, Dupont
de Némours, et Anglès. On s’accordait à la trouver parfaite. M. de
Talleyrand rappela qu’il fallait un article au _Moniteur_. Dupont
s’offrit de le faire. ‘Non pas,’ reprit M. de Talleyrand, ‘vous y
mettriez de la poésie; je vous connais. Beugnot suffit pour cela; qu’il
passe dans la bibliothèque et qu’il broche bien vite un article pour
que nous l’envoyions à Sauvo.’
“Je me mets à la besogne qui n’était pas fort épineuse, mais parvenu
à la mention de la réponse du prince à M. de Talleyrand, j’y suis
embarrassé. Quelques mots échappés à un sentiment profond produisent
de l’effet par le ton dont ils sont prononcés, par la présence des
objets qui les ont provoqués, mais quand il s’agit de les traduire
sur le papier, dépouillés de ces entours, ils ne sont plus que
froids, et trop heureux s’ils ne sont pas ridicules. Je reviens à M.
de Talleyrand, et je lui fais part de la difficulté.--‘Voyons,’ me
répondit-il, ‘qu’a dit _Monsieur_? Je n’ai pas entendu grand’chose;
il me paraissait ému et fort curieux de continuer sa route; mais si
ce qu’il a dit ne vous convient pas, faites-lui une réponse.’ ‘Mais
comment faire un discours que _Monsieur_ n’a pas tenu?’ ‘La difficulté
n’est pas là: faites-le bon, convenable à la personne et au moment,
et je vous promets que _Monsieur_ l’acceptera, et si bien, qu’au
bout de deux jours il croira l’avoir fait, et il l’aura fait; vous
n’y serez plus pour rien.’ A la bonne heure! Je rentre, j’essaye une
première version, et je l’apporte à la censure. ‘Ce n’est pas cela,’
dit M. de Talleyrand, ‘_Monsieur_ ne fait pas d’antithèses et pas la
plus petite fleur de rhétorique. Soyez court, soyez simple, et dites
ce qui convient davantage à celui qui parle et à ceux qui écoutent;
voilà tout.’ ‘Il me semble,’ reprit M. Pasquier, ‘que ce qui agite bon
nombre d’esprits est la crainte des changements que doit occasionner
le retour des princes de la maison de Bourbon; il faudrait peut-être
toucher ce point, mais avec délicatesse.’ ‘Bien! et je le recommande,’
dit M. de Talleyrand. ‘J’essaye une nouvelle version et je suis renvoyé
une seconde fois, parce que j’ai été trop long et que le style est
apprêté. Enfin j’accouche de celle qui est au _Moniteur_, et où je
fais dire au prince: ‘Plus de divisions: la paix et la France; je la
revois enfin; et rien n’y est changé, si ce n’est qu’il s’y trouve un
Français de plus.’ ‘Pour cette fois je me rends!’ reprit enfin le grand
censeur, ‘c’est bien là le discours de _Monsieur_, et je vous réponds
que c’est lui qui l’a fait; vous pouvez être tranquille à présent.’ Et
en effet le mot fit fortune: les journaux s’en emparèrent comme d’un à
propos heureux; on le reproduisit aussi comme un engagement pris par
le prince, et le mot, ‘_un Français de plus!_’ devint le passeport
obligé des harangues qui vinrent pleuvoir de toutes parts. Le prince ne
dédaigna pas de le commenter dans ses réponses, et la prophétie de M.
de Talleyrand fut complètement réalisée.”
[63] Page 41, _du Consulat_.--“A huit heures du soir le Sénat se
présenta aux Tuileries, ayant en tête son président, M. de Talleyrand.
Ce personnage si bien fait pour les représentations où il fallait
tempérer le fermeté par une exquise politesse, s’approcha du Prince,
et selon sa coutume s’appuyant sur une canne, la tête penchée sur
l’épaule, lut un discours à la fois fier et adroit, dans lequel il
expliquait la conduite du Sénat sans l’excuser, car elle n’avait pas
besoin d’excuse.
“‘Le Sénat,’ disait-il, ‘a provoqué le retour de votre auguste maison
au trône de France. Trop instruit par le présent et le passé, il désire
avec la nation affermir pour jamais l’autorité royale sur une juste
division des pouvoirs, et sur la liberté publique, seules garanties du
bonheur et des intérêts de tous.
“‘Le Sénat, persuadé que les principes de la constitution nouvelle sont
dans votre cœur, vous défère, par le décret que j’ai l’honneur de vous
présenter le titre de lieutenant-général du royaume jusqu’à l’arrivée
du Roi, votre auguste frère. Notre respectueuse confiance ne peut mieux
honorer l’antique loyauté qui vous fut transmise par vos ancêtres.
“‘Monseigneur, le Sénat, en ces moments d’allégresse publique, obligé
de rester en apparence plus calme sur la limite de ses devoirs, n’en
est pas moins pénétré des sentiments universels. Votre Altesse Royale
lira dans nos cœurs à travers la retenue même de notre langage.’”
M. de Talleyrand joignit à ces paroles fermes et respectueuses les
protestations de dévouement qui étaient alors dans toutes les bouches;
il y mit de moins la banalité et la bassesse qui se rencontraient dans
presque toutes.
“Le Prince répondit par le texte de la déclaration convenue.
‘Messieurs,’ dit-il, ‘j’ai pris connaissance de l’acte constitutionnel
qui rappelle au trône de France le Roi, mon auguste frère. Je n’ai
point reçu de lui le pouvoir d’accepter la Constitution, mais je
connais ses sentiments et ses principes, et je ne crains pas d’être
désavoué en assurant en son nom qu’il en admettra les bases.’
“Après cet engagement explicite, la déclaration énumérait les bases
elles-mêmes, c’est-à-dire la division des pouvoirs, le partage du
gouvernement entre le Roi et les Chambres, la responsabilité des
ministres, le vote de l’impôt par la nation, la liberté de la presse,
la liberté individuelle, la liberté des cultes, l’inamovibilité des
juges, le maintien de la dette publique, des ventes, dites nationales,
de la Légion d’Honneur, des grades et dotations de l’armée, l’oubli
des votes et actes antérieurs, etc. ‘J’espère ajouta le Prince, que
l’énumération de ces conditions vous suffit, et comprend toutes les
garanties qui peuvent assurer la liberté et le repos de la France.’”
[64] Page 121.--“‘Je sais tout cela mieux que vous,’ répondit M. de
Talleyrand, ‘mais il ne faut pas qu’il en reste de trace dans l’esprit
du roi, et c’est pour que l’oubli soit patent que j’ai choisi le duc
de Liancourt; c’est l’homme du pays; il y fait du bien à tout le
monde, il est placé pour en faire au roi, et je vous proteste qu’il
sera bien reçu. Ce qui est passé est passé: la nature n’a pas donné
aux hommes d’yeux par derrière, c’est de ce qui est devant qu’il faut
s’occuper, et il nous restera encore assez à faire. Mais cependant, si
M. de Liancourt trouvait de la difficulté à approcher du Roi? Car on
s’accorde à dire qu’il est sous le joug d’un M. de Blacas qui ne laisse
aborder que ceux qui lui conviennent. Qu’est-ce que ce Blacas? Je ne
sais pas d’où il vient et me soucie assez peu de la savoir. Nous allons
entrer dans un régime constitutionnel où le crédit se mesurera sur
la capacité. C’est par la tribune et par les affaires que les hommes
prendront désormais leur place, et se chargera qui voudra d’épier le
moment du lever et de vider les poches du roi à son coucher.’
“M. de Liancourt était en effet parti, et partageant l’illusion de M.
de Talleyrand il croyait aller reprendre sans difficulté auprès du
roi l’exercice de son ancienne charge de maître de la garderobe. Tous
deux avaient notablement compté sans leur hôte. M. de Liancourt ne vit
point le roi, mais seulement M. de Blacas, qui le congédia avec la
politesse froide qui ne lui manque jamais. Le hasard me fit rencontrer
M. de Liancourt au retour, et avant qu’il eût pu voir M. de Talleyrand,
je lui demandai comment il avait été reçu. Il me répondit: ‘Mal,
très-mal, ou, pour mieux dire, pas du tout. Il y a là un certain M. de
Blacas qui garde les avenues et vous croyez bien que je ne me suis pas
abaissé à lutter contre; au reste, je crains fort que M. de Talleyrand
n’ait donné dans un piège: les princes vont nous revenir les mêmes que
lorsqu’ils nous ont quittés.’
“Le roi nous fut bientôt annoncé; les affaires se pressaient les unes
sur les autres de telle sorte qu’à peine l’insuccès de M. de Liancourt
put effleurer l’attention. Il fallait, toutefois, qu’il eût donné
beaucoup à penser à M. de Talleyrand, car il n’en parlait à personne.”
[65] “Mon Dieu, sire, je n’ai rien fait pour cela. C’est quelque chose
d’inexplicable que j’ai en moi et qui porte malheur aux gouvernements
qui me négligent.”
[66] “But then, my dear M. de Talleyrand, I should be standing, and you
seated.”
[67] M. Thiers is of this opinion.
[68] “Madame de Simiane reprit: ‘Il ne s’agit pas de cela; c’était bon
du temps de Bonaparte; aujourd’hui il faut mettre dans les ministères
des gens de qualité et qui ont à leurs ordres des bons travailleurs
qui font les affaires, ce qu’on appele des _bouleux_.’”--_Mémoires de
Beugnot_, p. 142.
[69] So many and such different accounts are given of the time and
manner in which this news arrived, that I merely give the popular,
without answering for its being the accurate one.
[70] “Le Conseil s’assemble: il se composait de MM. de Talleyrand,
Dambray, de Feltre, de Fancourt, Beurnonville, et moi.
“Après deux mots de M. de Talleyrand sur ce dont le Roi a permis que le
Conseil s’occupât, je commence la lecture du projet de la proclamation
tel que les corrections l’avaient ajusté. Le Roi me laisse aller
jusqu’au bout; puis, et non sans quelque émotion que trahit sa figure,
m’ordonne de relire. Quand j’ai fini cette seconde lecture, Monsieur
prend la parole; il se plaint avec vivacité des termes dans lesquels
cette proclamation est rédigée. On y fait demander pardon au Roi des
fautes qu’il a commises; on lui fait dire qu’il s’est laissé entraîner
à ses affections, et promettre qu’il aura dans l’avenir une conduite
toute différente. De pareilles expressions n’ont qu’un tort, celui
d’avilir la royauté; car du reste elles disent trop ou ne disent rien
du tout. M. de Talleyrand répond:
“‘Monsieur, pardonnera si je diffère de sentiments avec lui. Je trouve
ces expressions nécessaires, et pourtant bien placées; le Roi a fait
des fautes; ses affections l’ont égaré; il n’y a rien là de trop.’
“‘Est-ce moi,’ reprend Monsieur, ‘qu’on veut indirectement désigner?’
“‘Oui, puisque Monsieur a placé la discussion sur ce terrain, Monsieur
a fait beaucoup de mal.’
“‘Le prince de Talleyrand s’oublie!…’
“‘Je le crains, mais la vérité m’emporte.…’
“M. le Duc de Berry, _avec l’accent d’une colère péniblement
contrainte_: ‘Il ne faut rien moins que la présence du Roi pour que je
permette à qui que ce soit de traiter ainsi mon père devant moi, et je
voudrais bien savoir.…’
“A ces mots, prononcés d’un ton encore plus élevé que le reste, le
Roi fait signe à M. le Duc de Berry, et dit: ‘Assez, mon neveu: c’est
à moi seul _à faire justice_ de ce qui se dit en ma présence et dans
mon Conseil. Messieurs, je ne peux approuver ni les termes de la
proclamation, ni la discussion dont elle a été le sujet. Le rédacteur
retouchera son œuvre et ne perdra pas de vue les hautes convenances
qu’il faut savoir garder quand on me fait parler.’
“M. le Duc de Berry, _en me désignant_: ‘Mais ce n’est pas lui qui a
enfilé toutes ces sottises là.’
“Le Roi: ‘Mon neveu, cessez d’interrompre, s’il vous plaît. Messieurs,
je répète que j’ai entendu cette discussion avec beaucoup de regrets.
Passons à un autre sujet.…’”--_Mémoires du Comte Beugnot_, tom. ii. p.
274.
[71] “Mais, reprend vivement M. de Talleyrand, partez donc! Tandis
que nous perdons le temps en allées et venues, et à disputer sur la
compétence, le pont sautera! Annoncez-vous de la part du Roi de France
et comme son ministre, dites les choses les plus fortes sur le chagrin
qu’il éprouve.
“Voulez-vous que je dise que le Roi va se faire porter de sa personne
sur le pont, pour sauter de compagnie si le maréchal ne se rend pas?
“Non pas précisément: on ne nous croit pas faits pour un tel héroïsme;
mais quelque chose de bon et de fort: vous entendez bien, quelque chose
de fort.
“Je cours à l’hôtel dû maréchal. Il était absent, mais j’y trouve les
officiers de son état-major réunis. Je me fais annoncer de la part
du Roi de France, et je suis reçu avec une politesse respectueuse;
j’explique le sujet de ma mission à celui des officiers que je devais
supposer le chef de l’état-major. Il me répond par des regrets sur
l’absence de M. le maréchal, et s’excuse sur l’impuissance où il est
de donner des ordres sans avoir pris les siens. J’insiste, on prend le
parti d’aller chercher le maréchal qu’on était sur de trouver dans le
lieu confident de ses plus chers plaisirs, au Palais-Royal, No. 113.
Il arrive avec sa mauvaise humeur naturelle à laquelle se joignit le
chagrin d’avoir été dérangé de sa partie de trente-et-un. Il m’écoute
impatiemment, et comme il m’avait fort mal compris, il me répond de
telle sorte qu’à mon tour je n’y comprends rien du tout. Le chef
d’état-major reprend avec lui la conversation en allemand. Elle dure
quelque temps, et j’entendais assez la langue pour m’apercevoir que
le maréchal rejetait avec violence les observations fort raisonnables
que faisait l’officier. Enfin, ce dernier me dit que M. le maréchal
n’avait pas donné l’ordre pour la destruction du pont, que je concevais
sans peine comment le nom qu’il avait reçu importunait des soldats
prussiens; mais que du moment que le Roi de France avait fait justice
de ce nom, il ne doutait pas que les entreprises commencées contre ce
pont ne cessassent à l’instant même, et que l’ordre allait en être
donné. Je lui demandai la permission d’attendre que l’ordre fût parti
pour que j’eusse le droit de rassurer complètement Sa Majesté. Il le
trouva bon. Le maréchal était retourné bien vite à son cher No. 113;
l’ordre partit en effet. Je suivis l’officier jusque sur la place,
et quand je vis que les ouvriers avaient cessé et se retiraient avec
leurs outils, je vins rendre compte à M. de Talleyrand de cette triste
victoire. Cela lui rendit un peu de bonne humeur. ‘Puisque les choses
se sont passées de la sorte, dit le prince, on pourrait tirer parti de
votre idée de ce matin, que le Roi avait menacé de se faire porter sur
le pont pour sauter de compagnie: il y a là matière d’un bon article de
journal. Arrangez cela.’
“Je l’arrangeai en effet; l’article parut dans les feuilles du
surlendemain. Louis XVIII. dût être bien effrayé d’un pareil coup de
tête de sa part; mais ensuite il en accepta de bonne grâce la renommée.
Je l’ai entendu complimenter de cet admirable trait de courage, et il
répendait avec une assurance parfaite.…”
[72] “Vous voyez à quoi les circonstances me forcent: j’ai à vous
remercier de votre zèle, vous êtes sans reproche, et rien ne vous
empêche de rester tranquillement à Paris.”
[73] “J’ai eu le bonheur de rendre au Roi assez de services pour croire
qu’ils n’ont pas été oubliés; je ne comprendrais pas ce qui pourrait
me forcer de quitter Paris. J’y resterai, et je serai trop heureux
d’apprendre qu’on ne fera pas suivre au Roi une ligne capable de
compromettre sa dynastie et la France.”
[74] Of whom nineteen to be tried by military law, the rest banished.
A list of sixty, who were to be warned to quit France, was in the same
spirit reduced to twenty.
[75] “Gentlemen,--It is to-day sixteen years ago, that, called by him
who then governed the world to give him my opinion as to a conflict
which we were about to engage in with the Spanish people, I had the
misfortune to displease him by unveiling the future, and revealing
all the dangers likely to spring from an aggression not less unjust
than rash. Disgrace was the price of my sincerity. Strange destiny!
that which brings me back after this long space of time to renew to my
legitimate sovereign the same efforts, the same counsels. The speech of
the crown has dispelled the last hopes of the friends of peace, and,
menacing Spain, is, I ought to say it, alarming for France.… Yes, I
will have the courage to tell all the truth. The chivalrous sentiments,
which in 1789 carried away the generous hearts of that epoch, could not
save the legitimate monarchy: they may lose it in 1823.”
[76] “Sans la liberté de la presse il n’y a point de gouvernement
représentatif: elle est un de ses instruments essentiels, elle en
est l’instrument principal: chaque gouvernement a les siens, et nous
ne nous souvenons pas assez que souvent ceux qui sont bons pour tel
gouvernement sont détestables pour tel autre. Il a été démontré jusqu’à
l’évidence, par plusieurs membres de cette Chambre, qui, dans cette
session et dans le précédentes, ont parlé sur cette matière, que sans
la liberté de la presse il n’y a point de gouvernement représentatif.
Je ne vous redirai donc point ce que vous avez tous ou entendu, ou lu,
et ce qui a dû souvent être l’objet de vos méditations.
“Mais il est deux points de vue sous lesquels la question ne me paraît
pas avoir été suffisamment examinée et que je réduis à ces deux
propositions:
“1ᵒ. La liberté de la presse est une nécessité du temps.
“2ᵒ. Un gouvernement s’expose quand il se refuse obstinément et trop
longtemps à ce que le temps a proclamé nécessaire.
“L’esprit humain n’est jamais complètement stationnaire. La découverte
de la veille n’est pour lui qu’un moyen de plus d’arriver à des
découvertes nouvelles. Il est pourtant vrai de dire qu’il semble
procéder par crises, parce-qu’il y a des époques où il est plus
particulièrement tourmenté du besoin d’enfanter et de produire,
d’autres, au contraire, où, satisfait de ses conquêtes, il paraît se
reposer sur lui-même, et plus occupé de mettre ordre à ses richesses
que d’en acquérir de nouvelles: le dix-septième siècle fut une de ces
époques fortunées. L’esprit humain, étonné des richesses immenses
dont l’imprimerie l’avait mis complètement en possession, s’arrêta
d’admiration pour jouir de ce magnifique héritage. Tout entier aux
jouissances des lettres, des sciences et des arts, il mit sa gloire
et son bonheur à produire des chefs-d’œuvre. Tous les grands génies
du siècle de Louis XIV. travaillèrent a l’envi à embellir un ordre
social au-delà duquel ils ne voyaient rien, ils ne désiraient rien,
et qui leur paraissait devoir durer autant que la gloire du grand
Roi, objet de leurs respects et de leur enthousiasme. Mais quand on
eut épuisé cette mine féconde de l’antiquité, l’activité de l’esprit
humain se trouva presque forcée de chercher ailleurs, et il ne trouva
de choses nouvelles que dans les études spéculatives qui embrassent
tout l’avenir, et dont les limites sont inconnues. Ce fut dans ces
dispositions que s’ouvrit le dix-huitième siècle, qui devait si peu
ressembler au précédent. Aux leçons poétiques de Télémaque succédèrent
les théories de l’esprit des lois, et Port-Royal fut remplacé par
l’Encyclopédie.
“Je vous prie de remarquer, Messieurs, que je ne blâme ni n’approuve:
je raconte.
“En nous rappelant tous les maux versés sur la France pendant la
révolution, il ne faut cependant pas être tout-à-fait injuste envers
les génies supérieurs qui l’ont amenée; et nous ne devons pas oublier
que si dans leurs écrits ils n’ont pas toujours su se préserver de
l’erreur, nous leur devons aussi la révélation de quelques grandes
vérités. N’oublions pas surtout que nous ne devons pas les rendre
responsables de la précipitation inconsidérée avec laquelle la France,
presque tout entière, s’est lancée dans la carrière qu’ils s’étaient
contentés d’indiquer. On a mis en pratique des aperçus, et toujours on
a pu dire: ‘malheur à celui qui dans son fol orgueil veut aller au-delà
des nécessités du temps, l’abîme ou quelque révolution l’attendent.’
Mais quand on ne fait que ce que le temps commande, on est sûr de ne
pas s’égarer.
“Or, Messieurs, voulez-vous savoir quelles étaient en 1789 les
véritables nécessités du temps? ouvrez les cahiers des différents
ordres. Tout ce qui était alors le vœu réfléchi des hommes éclairés,
voilà ce que j’appelle des nécessités. L’Assemblée Constituante n’en
fut que l’interprète lorsqu’elle proclama la liberté des cultes,
l’égalité devant la loi, la liberté individuelle, le droit des
jurisdictions (nul ne peut être distrait de ses juges naturels), la
liberté de la presse.
“Elle fut peu d’accord avec le temps lorsqu’elle institua une Chambre
unique, lorsqu’elle détruisit le sanction royale, lorsqu’elle tortura
les consciences, etc. etc. Et cependant, malgré ses erreurs, dont je
n’ai cité qu’un petit nombre, erreurs suivies de si grandes calamités,
la postérité qui a commencé pour elle, lui reconnaît la gloire d’avoir
établi les bases de notre nouveau droit public.
“Tenons donc pour certain que ce qui est voulu, que ce qui est
proclamé bon et utile par tous les hommes éclairés d’un pays, sans
variation pendant une suite d’années diversement remplies, est une
nécessité du temps. Telle est, Messieurs, la liberté de la presse.
Je m’adresse à tous ceux d’entre vous qui sont plus particulièrement
mes contemporains, n’était-elle pas l’objet des vœux de tous ces
hommes excellents que nous avons admirés dans notre jeunesse,--des
Malesherbes, des Trudaines,--qui certes valaient biens les hommes
d’état que nous avons depuis? La place que les hommes que j’ai nommés
occupent dans nos souvenirs prouve bien que la liberté de la presse
consolide les renommées légitimes; et si elle ruine les réputations
usurpées, où donc est le mal?
“Après avoir prouvé que la liberté de la presse est en France le
résultat nécessaire de l’état actuel de la société, il me reste à
établir ma seconde proposition, qu’un gouvernement s’expose quand il se
refuse obstinément à ce que le temps a proclamé une nécessité.
“Les sociétés les plus tranquilles et qui devraient être les plus
heureuses, renferment toujours dans leur sein un certain nombre
d’hommes qui aspirent à conquérir, à la faveur du désordre, les
richesses qu’ils n’ont pas et l’importance qu’ils ne devraient jamais
avoir. Est-il prudent de mettre aux mains de ces ennemis de l’ordre
social, des motifs de mécontentement sans lesquels leur perversité
serait éternellement impuissante?
“La société, dans sa marche progressive, est destinée à subir de
nouvelles nécessités; je comprends que les gouvernements ne doivent pas
se hâter de les reconnaître et d’y faire droit; mais quand il les ont
reconnues, reprendre ce qu’on a donné, ou, ce qui revient au même, le
suspendre sans cesse, c’est une témérité dont, plus que personne, je
desire que n’aient pas à se repentir ceux qui en conçoivent la commode
et funeste pensée. Il ne faut jamais compromettre la bonne foi d’un
gouvernement. De nos jours, il n’est pas facile de tromper longtemps.
Il y a quelqu’un qui a plus d’esprit que Voltaire, plus d’esprit que
Bonaparte, plus d’esprit que chacun des directeurs, que chacun des
ministres passés, présents, à venir, c’est tout le monde. S’engager, ou
du moins persister dans une lutte où tout le monde se croit intéresse,
c’est une faute, et aujourd’hui toutes les fautes politiques sont
dangereuses.
“Quand la presse est libre, lorsque chacun peut savoir que ses intérêts
sont ou seront défendus, on attend du temps une justice plus ou moins
tardive; l’espérance soutient, et avec raison, car cette espérance ne
peut être longtemps trompée; mais quand la presse est asservie, quand
nulle voix ne peut s’élever, les mécontentements exigent bientôt de la
part du gouvernement, ou trop de faiblesse ou trop de répression.”
[77] The Duc d’Orléans’ sister.
[78] Ah, the good prince! I knew he would not forget us.
[79] He always turned round the same idea.
[80] “MESSIEURS,--
“J’étais en Amérique, lorsque l’on eut la bonté de me nommer Membre
de l’Institut, et de m’attacher à la classe des sciences morales et
politique, à la quelle j’ai depuis son origine, l’honneur d’appartenir.
“A mon retour en France, mon premier soin fut de me rendre à ses
séances, et de témoigner aux personnes qui la composaient alors, et
dont plusieurs nous ont laissé de justes regrets, le plaisir que
j’avais de me trouver un de leurs collègues. A la première séance à
laquelle j’assistai, on renouvelait le bureau et on me fit l’honneur
de me nommer secrétaire. Le procès-verbal que je rédigeai pendant six
mois avec autant de soin que je le pouvais, portait, peut-être un peu
trop, le caractère de ma déférence; car j’y rendais compte d’un travail
qui m’était fort étranger. Ce travail, qui sans doute avait coûté bien
des recherches, bien des veilles à un de nos plus savants collègues,
avait pour titre ‘Dissertation sur les Lois Ripuaires.’ Je fis aussi,
à la même époque, dans nos assemblées publiques, quelques lectures
que l’indulgence, qui m’était accordée alors, a fait insérer dans les
Mémoires de l’Institut. Depuis cette époque, quarante années se sont
écoulées, durant lesquelles cette tribune m’a été comme interdite,
d’abord par beaucoup d’absences ensuite par des fonctions auxquelles
mon devoir était d’appartenir tout entier: je dois dire aussi, par
la discrétion que les temps difficiles exigent d’un homme livré aux
affaires; et enfin, plus tard, par les infirmités que la vieillesse
amène d’ordinaire avec elle, ou du moins qu’elle aggrave toujours.
“Mais aujourd’hui j’éprouve le besoin, et je regarde comme un devoir
de m’y présenter une dernière fois, pour que la mémoire d’un homme
connu dans toute l’Europe, d’un homme que j’aimais, et qui, depuis
la formation de l’Institut, était notre collègue, reçoive ici un
témoignage public de notre estime et de nos regrets. Sa position et la
mienne me mettent dans le cas de révéler plusieurs de ses mérites. Son
principal, je ne dis pas son unique titre de gloire, consiste dans une
correspondance de quarante années nécessairement ignorée du public,
qui, très-probablement, n’en aura jamais connaissance. Je me suis dit:
‘Qui en parlera dans cette enceinte? Qui sera surtout dans l’obligation
d’en parler, si ce n’est moi, qui en ait reçu la plus grande part,
à qui elle fut toujours si agréable, et souvent si utile dans les
fonctions ministérielles que j’ai eues à remplir sous trois règnes …
très-différents?’
“Le comte Reinhard avait trente ans, et j’en avais trente-sept, quand
je le vis pour le première fois. Il entrait aux affaires avec un grand
fonds de connaissances acquises. Il savait bien cinq ou six langues
dont les littératures lui étaient familières. Il eût pu se rendre
célèbre comme poëte, comme historien, comme géographe; et c’est en
cette qualité qu’il fut membre de l’Institut, des que l’Institut fut
créé.
“Il était déjà à cette époque, membre de l’Académie des Sciences de
Göttingen. Né et élevé en Allemagne, il avait publié dans sa jeunesse
quelques pièces de vers qui l’avaient fait remarquer par Gesner, par
Wieland, par Schiller. Plus tard, obligé pour sa santé, de prendre les
eaux de Carlsbad, il eut de bonheur d’y trouver et d’y voir souvent
le célèbre Göthe, qui apprécia assez son goût et ses connaissances
pour désirer d’être averti par lui de tout ce qui faisait quelque
sensation dans la littérature française. M. Reinhard le lui promit:
les engagements de ce genre, entre les hommes d’un ordre supérieur,
sont toujours réciproques et deviennent bientôt des liens d’amitié:
ceux qui se formèrent entre M. Reinhard et Göthe donnèrent lieu à une
correspondance que l’on imprime aujourd’hui en Allemagne.
“On y verra, qu’arrivé à cette époque de la vie où il faut
définitivement choisir un état M. Reinhard fit sur lui-même, sur les
goûts, sur sa position et sur celle de sa famille un retour sérieux
qui précéda sa détermination; et alors, chose remarquable pour le
temps, à des carrières où il eût pu être indépendant, il en préféra
une où il ne pouvait l’être. C’est à la carrière diplomatique qu’il
donna la préférence, et il fit bien: propre à tous les emplois de
cette carrière, il les a successivement tous remplis, et tous avec
distinction.
“Je hasarderai de dire ici que ses études premières l’y avait
heureusement préparé. Celle de la théologie surtout, où il se fit
remarquer dans le Séminaire de Denkendorf et dans celui de la faculté
protestante de Tübingen, lui avait donné une force et en même temps
une souplesse de raisonnement que l’on retrouve dans toutes les pièces
qui sont sorties de sa plume. Et pour m’ôter à moi-même la crainte
de me laisser aller à une idée qui pourrait paraître paradoxale, je
me sens obligé de rappeler ici les noms de plusieurs de nos grands
négociateurs, tous théologiens, et tous remarqués par l’histoire
comme ayant conduit les affaires politiques les plus importantes de
leurs temps: le cardinal chancelier Duprat aussi versé dans le droit
canon que dans le droit civil, et qui fixa avec Léon X. les bases du
concordat dont plusieurs dispositions subsistent encore aujourd’hui.
Le cardinal d’Ossat, qui, malgré les efforts de plusieurs grandes
puissances, parvint à réconcilier Henry IV. avec le cour de Rome. Le
recueil de lettres qu’il a laissé est encore prescrit aujourd’hui aux
jeunes gens qui se destinent à la carrière politique. Le cardinal de
Polignac, théologien, poëte et négociateur, qui, après tant de guerres
malheureuses sut conserver à la France, par le traité d’Utrecht, les
conquêtes de Louis XIV.
“Les noms que je viens de citer me paraissent suffire pour justifier
l’influence qu’eurent, dans mon opinion, sur les habitudes d’esprit
de M. Reinhard, les premières études vers lesquelles l’avait dirigé
l’éducation paternelle.
“Les connaissances à la fois solides et variées qu’il y avait acquises
l’avaient fait appeler à Bordeaux pour remplir les honorables et
modestes fonctions de précepteur dans une famille protestante de cette
ville. Là, il se trouvà naturellement en relation des hommes dont le
talent, les erreurs et la mort jetèrent tant d’éclat sur notre première
assemblée legislative. M. Reinhard se laissa facilement entraîner par
eux à s’attacher au service de la France.
“Je ne m’astreindrai point à le suivre pas à pas à travers les
vicissitudes dont fut remplie la longue carrière qu’il a parcourue.
Dans les nombreux emplois que lui furent confiés, tantôt d’un ordre
élevé, tantôt d’un ordre inférieur, il semblerait y avoir une sorte
d’incohérence, et comme une absence de hiérarchie que nous aurions
aujourd’hui de la peine à comprendre. Mais à cette époque il n’y avait
pas plus de préjugés pour les places qu’il n’y en avait pour les
personnes. Dans d’autres temps, la faveur, quelquefois le discernement,
appelaient à toutes les situations éminentes. Dans le temps dont je
parle, bien ou mal, toutes les situations étaient conquises. Un pareil
état de choses mène bien vite à la confusion.
“Aussi, nous voyons M. Reinhard, premier secrétaire de la légation à
Londres; occupant le même emploi à Naples; ministre plénipotentiaire
auprès des villes anséatiques, Hambourg, Brême et Lubeck; chef de la
troisième division au département des affaires étrangères; ministre
plénipotentiaire à Florence; ministre des relations extérieures;
ministre plénipotentiaire en Helvétie; consul-général à Milan;
ministre plénipotentiaire près le cercle de Basse-Saxe; président dans
les provinces turques au delà du Danube, et commissaire-général des
relations commerciales en Moldavie; ministre plénipotentiaire auprès
du roi de Westphalie; directeur de la chancellerie du département des
affaires étrangères; ministre plénipotentiaire auprès de la diète
germanique, et de la ville libre de Frankfort, et, enfin, ministre
plénipotentiaire à Dresde.
“Que de places, que d’emplois, que d’intérêts confiés à un seul homme,
et cela, à une époque où les talents paraissaient devoir être d’autant
moins appréciés que la guerre semblait, à elle seule, se charger de
toutes les affaires!
“Vous n’attendez donc pas de moi, Messieurs, qu’ici je vous rende
compte en détail, et date par date, de tous les travaux de M. Reinhard
dans les différents emplois dont vous venez d’entendre l’énumération.
Il faudrait faire un livre.
“Je ne dois parler devant vous que de la manière dont il comprenait les
fonctions qu’il avait à remplir, qu’il fût chef de division, ministre,
ou consul.
“Quoique M. Reinhard n’eût point alors l’avantage qu’il aurait eu
quelques années plus tard, de trouver sous ses yeux d’excellents
modèles, il savait déjà combien de qualités, et de qualités diverses,
devaient distinguer un chef de division des affaires étrangères. Un
tact délicat lui avait fait sentir que les mœurs d’un chef de division
devaient être simples, régulières, retirées; qu’étranger au tumulte du
monde, il devait vivre uniquement pour les affaires et leur vouer un
secret impénétrable; que, toujours prêt à répondre sur les faits et sur
les hommes, il devait avoir sans cesse présents à la mémoire tous les
traités, connaître historiquement leurs dates, apprécier avec justesse
leurs côtés forts et leurs côtés faibles, leurs antécédents et leurs
conséquences; savoir, enfin, les noms des principaux négociateurs, et
même leurs relations de famille; que, tout en faisant usage de ces
connaissances, il devait prendre garde à inquiéter l’amour-propre
toujours si clairvoyant du ministre, et qu’alors même qu’il
l’entraînait à son opinion, son succès devait rester dans l’ombre; car
il savait qu’il ne devait briller que d’un éclat réfléchi; mais il
savait aussi que beaucoup de considération s’attachait naturellement à
une vie aussi pure et aussi modeste.
“L’esprit d’observation de M. Reinhard ne s’arrêtait point là;
il l’avait conduit à comprendre combien la réunion des qualités
nécessaires à un ministre des affaires étrangères est rare. Il faut,
en effet, qu’un ministre des affaires étrangères soit doué d’une sorte
d’instinct qui, l’avertissant promptement, l’empêche, avant toute
discussion, de jamais se compromettre. Il lui faut la faculté de se
montrer ouvert en restant impénétrable; d’être réservé avec les formes
de l’abandon, d’être habile jusque dans le choix de ses distractions;
il faut que sa conversation soit simple, variée, inattendue, toujours
naturelle et parfois naïve; en un mot, il ne doit pas cesser un moment,
dans les vingt-quatre heures, d’être ministre des affaires étrangères.
“Cependant, tout ces qualités, quelque rares qu’elles soient,
pourraient n’être pas suffisantes, si la bonne foi ne leur donnait une
garantie dont elles ont presque toujours besoin. Je dois le rappeler
ici, pour détruire un préjugé assez généralement répandu: non, la
diplomatie n’est point une science de ruse et de duplicité. Si la bonne
foi est nécessaire quelque part, c’est surtout dans les transactions
politiques, car c’est elle qui les rend solides et durables. On a voulu
confondre la réserve avec la ruse. La bonne foi n’autorise jamais la
ruse, mais elle admet la réserve; et la réserve a cela de particulier,
c’est qu’elle ajoute à la confiance.
“Dominé par l’honneur et l’intérêt du prince, par l’amour de la
liberté, fondé sur l’ordre et sur les droits de tous, un ministre des
affaires étrangères, quand il sait l’être, se trouve ainsi placé dans
la plus belle situation à laquelle un esprit élevé puisse prétendre.
“Après avoir été un ministre habile, que de choses il faut encore
savoir pour un bon consul! Car les attributions d’un consul sont
variées à l’infini; elles sont d’un genre tout différent de celles des
autres employés des affaires étrangères. Elles exigent une foule de
connaissances pratiques pour lesquelles une éducation particulière est
nécessaire. Les consuls sont dans le cas d’exercer, dans l’étendue de
leur arrondissement, vis-à-vis de leurs compatriotes, les fonctions
de juges, d’arbitres, de conciliateurs; souvent ils sont officiers de
l’état civil; ils remplissent l’emploi de notaires, quelquefois celui
d’administrateur de la marine; ils surveillent et constatent l’état
sanitaire; ce sont eux qui, par leurs relations habituelles, peuvent
donner une idée juste et complète de la situation du commerce, de la
navigation et de l’industrie particulière au pays de leur résidence.
Aussi M. Reinhard, qui ne négligeait rien pour s’assurer de la justesse
des informations qu’il était dans la cas de donner à son gouvernement,
et des décisions qu’il devait prendre comme agent politique, comme
agent consulaire, comme administrateur de la marine, avait-il fait
une étude approfondie du droit des gens et du droit maritime. Cette
étude l’avait conduit à croire qu’il arriverait un temps où, par des
combinaisons habilement préparées, il s’établirait un système général
de commerce et de navigation, dans lequel les intérêts de toutes les
nations seraient respectés, et dont les bases fussent telles que la
guerre elle-même n’en pût altérer le principe, dût-elle suspendre
quelques-unes de ses conséquences. Il était aussi parvenu à résoudre
avec sûreté et promptitude toutes les questions de change, d’arbitrage,
de conversion de monnaies, de poids et mesures, et tout cela sans que
jamais aucune réclamation se soit élevée contre les informations qu’il
avait données et contre les jugements qu’il avait rendus. Il est vrai
aussi que la considération personnelle qu’il l’a suivi dans toute sa
carrière donnait du poids à son intervention dans toutes les affaires
dont il se mêlait et à tous les arbitrages sur lesquels il avait à
prononcer.
“Mais, quelque étendues que soient les connaissances d’un homme,
quelque vaste que soit sa capacité, être un diplomate complet est bien
rare; et cependant M. Reinhard l’aurait peut-être été, s’il eut en une
qualité de plus; il voyait bien, il entendait bien; la plume à la main,
il rendait admirablement compte de le qu’il avait vu, de ce qui lui
avait été dit. Sa parole écrite était abondante, facile spirituelle,
piquante; aussi, de toutes les correspondances diplomatiques de mon
temps, il n’y en avait aucune à laquelle l’empereur Napoléon, qui avait
le droit et le besoin d’être difficile, ne préférât celle du comte
Reinhard. Mais ce même homme qui écrivait à merveille s’exprimait avec
difficulté. Pour accomplir ses actes, son intelligence demandait plus
de temps qu’elle n’en pouvait obtenir dans le conversation. Pour que sa
parole interne pût se reproduire facilement, il fallait qu’il fût seul
et sans intermédiaire.
“Malgré cet inconvénient réel, M. Reinhard réussit toujours à faire,
et bien faire, tout ce dont il était chargé. Où donc trouvait-il ses
moyens de réussir, où prenait-il ses inspirations?
“Il les prenait, Messieurs, dans un sentiment vrai et profond qui
gouvernait toutes ses actions, dans le sentiment du devoir. On ne sait
pas assez tout ce qu’il y a de puissance dans ce sentiment. Une vie
tout critère au devoir est bien aisément dégagée d’ambition. La vie
de M. Reinhard était uniquement employée aux fonctions qu’il avait à
remplir, sans que jamais chez lui il y eût trace de calcul personnel ni
de prétention à quelque avancement précipité.
“Cette religion du devoir, à laquelle M. Reinhard fut fidèle tout sa
vie, consistait en une soumission exacte aux instructions et aux ordres
de ses chefs; dans une vigilance de tous les moments, qui, jointe a
beaucoup de perspicacité, ne les laissait jamais dans l’ignorance de ce
qu’il leur importait de savoir; en une rigoureuse véracité dans tous
ses rapports, qu’ils dussent être agréables ou déplaisants; dans une
discrétion impénétrable, dans une régularité de vie qui appelait la
confiance et l’estime; dans une représentation décente, enfin dans un
soin constant à donner aux actes de son gouvernement la couleur et les
explications que réclamait l’intérêt des affaires qu’il avait a traiter.
“Quoique l’âge eût marqué pour M. Reinhard le temps du repos, il
n’aurait jamais demandé sa retraite, tant il aurait crainte de montrer
de la tiédeur a servir dans une carrière qui avait été celle de toute
sa vie.
“Il a fallu que la bienveillance royale, toujours si attentive, fut
prévoyante pour lui, et donnât à ce grand serviteur de la France la
situation la plus honorable en l’appelant à la chambre des pairs.
“M. le comte Reinhard n’a pas joui assez longtemps de cet honneur, et
il est mort presque subitement le 25 décembre, 1837.
“M. Reinhard s’était marié deux fois. Il a laissé du premier lit un
fils qui est aujourd’hui dans la carrière politique. Au fils d’un tel
père, tout ce qu’on peut souhaiter de mieux, c’est de lui ressembler.”
[81] “Nous avons dit qu’à la suite du testament du prince de Talleyrand
se trouvait une sorte de manifeste, dans lequel le célèbre diplomate
exposait les principes qui l’avaient guidé dans sa vie politique, et
exprimait sa manière de voir à l’égard de certains événements.
“Voici, d’après les renseignements que nous avons recueillis, ce que
contient en substance cette déclaration, qui porte la date de 1836, et
qui, conformément au vœu du testateur, a été lui à la famille et à ses
amis assemblés.
“Le prince déclare qu’avant tout et à tout, il a préféré les vrais
intérêts de la France.
“S’expliquant sur la part qu’il a prise à la rentrée des Bourbons en
1814, il dit que, dans son opinion, les Bourbons ne remontaient pas sur
le trône en vertu d’un droit héréditaire, et pré-existant, et il donne
même à entendre que ses conseils et ses avis ne leur manquèrent pas
pour les éclairer sur leur vraie position, et sur la conduite qu’ils
devaient tenir en conséquence.
“Il repousse le reproche d’avoir trahi Napoléon: s’il l’a abandonné,
c’est lorsqu’il reconnut qu’il ne pouvait plus confondre, comme il
l’avait fait jusqu’alors, la France et l’Empereur dans une même
affection; ce ne fut pas sans un vif sentiment de douleur, car il lui
devait à peu près toute sa fortune; il engage ses héritiers à ne jamais
l’oublier, à le répéter à leurs enfants, et ceux-ci à ceux qui naîtront
d’eux, afin, dit-il, que si quelque jour un homme du nom de Bonaparte
se trouvait dans le besoin, ils s’empressassent de lui donner aide,
secours et assistance.
“Répondant à ceux qui lui reprochent d’avoir servi successivement tous
les gouvernements, il déclare qu’il ne s’en est fait aucun scrupule, et
qu’il a agi ainsi, guidé par cette pensée que, dans quelque situation
que fût un pays, il y avait toujours moyen de lui faire du bien, et que
c’était a opérer ce bien que devait s’appliquer un homme d’état.”
[82] _Brunonian System._--Medical doctrines first broached by Dr. John
Brown, in his “Elementæ Medicinæ,” in 1780. He imagined that the body
was endowed with a certain quantity of _excitability_, and that every
external agent acted as a _stimulant_ on this property of excitability.
Health consisted in a just proportion of stimulation, but when this was
carried too far, exhaustion, or _direct debility_, was the consequence,
and when not far enough, _indirect debility_. The diseases which he
supposed to arise from one or other of those two states were classed
into two orders, the _sthenic_ and the _asthenic_. Brown was considered
no great prophet in his own country, but he exercised considerable
influence on the medical doctrines of the Italian schools, which to
this day are somewhat tinctured with Brunonianism.
[83] It is fair to observe that this prejudice is gradually
disappearing.
[84] Letter to Mr. Pitt.
[85] Letters to Mr. Sharpe. See “Life of Sir James Mackintosh,” by his
Son.
[86] Hazlitt.
[87] He only sanctioned one execution.
[88] He would perhaps have repudiated this name; but, as far as
opinions gave the title, it certainly at this time belonged to him.
[89] See “Life of Sir James Mackintosh,” by his Son, pp. 246 and 279.
[90] Subsequently he sat for Knaresborough, under the patronage of the
Duke of Devonshire.
[91] 27th April, 1815.
[92] This idea has lately been brought forward by M. de Tocqueville,
and treated by many as a novelty.
[93] “On the Power of Punishments,” ch. xii.
[94] See “Life of Sir James Mackintosh,” by his Son, vol. ii. p. 2.
[95] Principal Papers of Sir James Mackintosh in the “Edinburgh Review”:
Vol. 20. Account of Boy born Blind and Deaf.
_Ib._ Wakefield’s Account of Ireland.
21. Madame de Staël: On Suicide.
22. _Ib._ L’Allemagne.
_Ib._ On Rogers’ Poems.
24. On the French Restoration.
26. Life of James II. (Stuart’s Papers.)
27. Stuart’s Preliminary Essay (Metaphysics) to
Encyclopædia Britannica.
36. _Ib._
34. Parliamentary Reform.
35. Sismondi: Histoire des Français.
36. Sir George Mackenzie’s “Scotland.”
44. Who wrote “Eikon Basilike?”
_Ib._ Danish Revolution. (Struensee.)
November, 1822. The Partition of Poland.
No. 89. Portugal--Don Miguel.
The following articles were also published by Sir James in the “Monthly
Review”:
Year 1795. Vol. 19. Burke’s Letter to a Noble Lord.
_Ib._ A Letter to Mr. Miles, occasioned by his late
scurrilous attack on Mr. Burke.
20. Miscellaneous Works of Gibbon (Part).
1796. _Ib._ Roscoe’s “Life of Lorenzo de Medici.”
_Ib._ Moore’s “View of the Causes of the French
Revolution.”
21. Burke’s Two Letters.
_Ib._ Thoughts on A Regicide Peace.
_Ib._ O’Brien’s “Utrum Horum?”
_Ib._ Burke’s Two Letters (concluded).
[96] The death of Rizzio is an almost equally vivid description.
[97] Columbus, born 1441, or earlier, according to Mr. W. Irving.
[98] Duncombe’s Letters, pp. 106, 107.
[99] Warton on “Pope.”
[100] See his “Querist,” p. 358, published in 1737.
[101] “Siris; or, Reflections on Tar Water.”
[102] Sermon in Trinity College Chapel on “Passive Obedience,” 1712.
[103] “Gentleman’s Magazine,” 1777.
[104] He published the “Vindiciæ Gallicæ” in 1791; he gave his lectures
in 1799; he appeared as Peltier’s advocate in the same year; he entered
Parliament in 1813; he delivered his celebrated speech against the
Foreign Enlistment Bill in 1819, and carried his motion pledging the
House of Commons to an improvement in the criminal law in 1822; his
work on “Ethics” was published in 1830; his “History of England” in
1830-31.
[105] B. Constant was another instance of this kind, and it is
singular to see Mackintosh himself thus judging him:--“Few men have
turned talent to less account than Constant. His powers of mind are
very great, but as they have always been exerted on the events of the
moment, and as his works want that laboured perfection which is more
necessary but more difficult in such writings than in any others, they
have left us a vague or faint reputation which will scarcely survive
the speaker or writer.”
[106] Letter to Mr. Taylor. “Writings,” vol. xii. s. 212.
[107] Page 393.
[108] People are often at this day disputing as to whether a particular
picture is by the master it is attributed to, or by one of his
scholars. A peculiarity of genius in an artist is to create first-rate
imitators in those who live in his society; and it is not unworthy of
notice that one of the best pieces of writing in Cobbett’s best style
is “The Rat Hunt” (_Political Register_, vol. xci. p. 380), and was by
the pen of Mr. J. M. Cobbett, Mr. Cobbett’s son.
[109] Of this sect, by the way, he elsewhere speaks in these eulogistic
terms:
“Here am I amongst the thick of the Quakers, whose houses and families
pleased me so much formerly, and which pleasure is now revived.
Here all is ease, plenty, and cheerfulness. These people are never
_giggling_, and never in _low spirits_. Their minds, like their dress,
are simple and strong. Their kindness is shown more in acts than in
words. Let others say what they will, I have uniformly found those whom
I have intimately known of this sect sincere and upright men; and I
verily believe that all those charges of hypocrisy and craft that we
hear against Quakers, arise from a feeling of _envy_; envy inspired by
seeing them possessed of such abundance of all those things which are
the fair fruits of care, industry, economy, sobriety, and order; and
which are justly forbidden to the drunkard, the prodigal, and the lazy.”
[110] His son, the late Earl Canning, represented Warwick in the House
of Commons from August, 1836, to March, 1837.
[111] See _Microcosm_.
[112] In the Life given in the edition of Mr. Canning’s Speeches.
[113] Speech on the King’s Message relative to Union with Ireland,
January 2, 1799.
[114] Speech on the Army Estimates, Dec. 8, 1802.
[115] A virtual declaration of hostility against every neutral power.
[116] This is one of the portions from my original sketch, which it
would appear that Mr. Bell consulted and copied. See Appendix.
[117] Speech on Regency Question, Dec. 31, 1810.
[118] Speech on vote of thanks to the Marquis of Wellington, July 7,
1813.
[119] See _Appendix_.
[120] Spence preached about the period of the French Revolution, and
his doctrines were revived now by his follower, Evans.
[121] The accuracy of this story having been disputed, I asked Lady
Palmerston, who was living in the same set as the lady in question, and
also about this period residing at Brighton, whether she remembered
hearing anything corroborating my information, and she said she
perfectly well remembered hearing the anecdote I have narrated. But
there is nothing in the Duke of Wellington’s letters to confirm
it, and, like most tales of a similar nature, it probably had some
foundation, but was not precisely correct either in details or dates.
The main fact, however, remains untouched, and is indeed proved by
the Wellington correspondence, viz., that Lord Liverpool applied to
the Duke of Wellington to obtain the King’s consent to Mr. Canning’s
appointment, and that the Duke succeeded, though not without difficulty.
[122] This story was related by Sir Roundell Palmer in his address to
the jury in the trial of Ryves _v._ the Attorney-General. I do not know
whence Sir Roundell derived the anecdote, but I think it as well to
say, in favour of its authenticity, that I heard it thirty years ago
from a person who was present on the occasion, and that it has been
recorded for twenty-six years in my MS.
[123] The correctness of this story has been questioned by a
correspondent to the _Times_, who signs “A. W. C.” I heard it from
a person much in the intimacy of George IV. and Mr. Canning, and
noted it when I heard it as curious; but I give it as gossip, which,
whether true or false, illustrates the notions of the time, and is not
incompatible with what is said by “A. W. C.” himself.
[124] Lord Townsend being dismissed in 1717 from the Lord Lieutenancy
of Ireland, at the instigation of Lord Sunderland, the whole of Lord
Townsend’s party in the Cabinet at that time, including Walpole,
resigned. They were attacked in much the same way as the Duke of
Wellington was attacked in 1827, and thought it necessary to defend
themselves in the same manner, though there is no doubt that they did
resign expressly for the purpose of ousting a government which they
thought could not go on without them. In the end they succeeded.--See
Coxe’s “Memoirs of Sir Robert Walpole,” page 107.
[125] In the Memoirs of Sir J. Mackintosh, in the “Keepsake.” 1829.
[126] Lord Nugent was a remarkably large heavy man, with a head even
larger than was required to be in proportion to his body.
[127] “Annual Register,” 1821.
[128] Sir J. Mackintosh, in speaking of Mr. Canning’s despatches on the
South American question, said that “they contained a body of liberal
maxims of policy, and just principles of public law, expressed with a
precision, a circumspection, a dignity, which will always render them
models and masterpieces of diplomatic composition.”--June 15, 1826.
[129] Protestant here is, of course, meant to signify anti-Catholic.
[130] Letter to the Duke of Wellington, August 11, 1828.
[131] Mr. Peel’s Memorandum for the Duke of Wellington, August 25, 1828.
[132] Cécrops, Cadmus et Danäus.
[133] Didon.
[134] Enée.
[135] Syracuse.
[136] Milet, Ephèse.
[137] Grand nombre de petites colonies dans le pays latin; aucune ne
devint célèbre.
[138] Invasion des Huns, Goths, Vandales, Cimbres, etc.
[139] Croisades.
[140] Dans un temps de factions politiques cela cesserait d’être exact;
car alors chaque secte voudrait nécessairement être l’auxiliaire de tel
ou tel parti, comme on l’a déjà vu; mais ces factions une fois calmées
la religion deviendrait à l’instant dans les Etats-Unis ce qu’elle y
est aujourd’hui; ce qui veut dire en résultat, qu’elle n’y a point de
fanatisme pour son propre compte, et c’est déjà beaucoup.--(_Note du
citoyen Talleyrand, au mois de ventôse, an VII._)
[141] Cela était littéralement vrai lorsque ce mémoire a été lu à
l’institut. Si depuis ce moment des partis s’y sont formés de nouveau,
s’il en est un qui travaille à remettre honteusement l’Amérique sous
le joug de la Grande-Bretagne, cela confirmerait beaucoup trop ce que
j’établis dans le cours de ce mémoire, que les Américains sont encore
Anglais; mais tout porte à croire qu’un tel parti ne triomphera pas,
que la sagesse du gouvernement français aura déconcerté ses espérances;
et je n’aurai pas à rétracter le bien que je dis ici d’un peuple de qui
je me plais à reconnaître qu’il n’est Anglais que par des habitudes qui
ne touchent point à son indépendance politique, et non par le sentiment
qui lui ferait regretter de l’avoir conquise.--(_Note du citoyen
Talleyrand, au mois de ventôse, an VII._)
THE END.
LONDON: PRINTED BY WILLIAM CLOWES AND SONS, STAMFORD STREET AND CHARING
CROSS.
End of Project Gutenberg's Historical Characters, by Henry Lytton Earle Bulwer