M. Lethois, qui avait poussé un grand soupir, reprit son immobilité.

Il éprouvait une renaissance délicieuse. L’air lui arrivait librement

aux poumons. Une seule chose le troublait: cette voix lointaine qui

s’obstinait à le persécuter avec des mots dont le sens lui échappait. Où

était-il, d’ailleurs, et pourquoi tant de légèreté dans ses membres? Il

lui aurait suffi, pour s’envoler, d’étendre les bras. Toutefois, ce

geste aussi aurait pu détruire la bonne chaleur qu’il sentait fuser le

long de ses artères, et cela, il ne le voulait pas. Il ne voulait pas

non plus ouvrir les yeux. Cela encore répondait à une nécessité

mystérieuse autant qu’inéluctable.

Soudain, il songea:

--Comme j’ai la tête lourde!

En même temps, et bien qu’il n’eût pas remué, son bien-être aérien

diminua. Il le sentait fuir comme l’eau fuit d’un vase par une

imperceptible fêlure. A mesure, un autre désir l’obligeait à lutter

contre lui-même. Regarder le ciel!... le regarder une seconde,

furtivement, à la manière des enfants qui trichent à colin maillard.

Enfin une tension de tout le corps, suivie d’un allégement imprévu,

divin: M. Lethois murmure:

--Des étoiles!

L’abbé Taffin eut une exclamation joyeuse:

--Le Seigneur soit loué! il parle!...

La vie secrète · 第 21 / 95 题