M. Lethois eut un sourire aigre:

--Cela me suffit.

--Aussi, pourquoi ne pas consulter? glissa M. Taffin.

Depuis qu’il s’était fait soigner par le docteur Pontillac, à Revel, son

estomac était parfait.

--Ne me parlez pas de médecins, fit Mlle Peyrolles, ils donnent des noms

aux maladies, mais on se remet parce qu’on doit se remettre: c’est tout.

A son tour, elle cita ses migraines, disparues depuis qu’elle avait

renoncé aux remèdes. Une détente suivit. Ils parlaient avec volubilité,

recommençant l’histoire cent fois contée de leurs misères physiques: se

remémorer les souffrances passées invite à jouir en parvenu de la santé

présente.

Mais un bruit de sabots traînant sur le gravier leur fit baisser la

voix. Les jardiniers remontaient, l’arrosage terminé. M. Lethois qui

avait quitté l’appui de la terrasse, se tourna vers eux:

--Eh bien! Jean, parions qu’avant huit jours, si le temps continue, on

ne trouvera plus une branche verte en dehors du château.

--Faites excuse, M. Lethois, M. Servin en trouvera aussi chez lui, quand

il viendra.

Mlle Peyrolles leva la tête brusquement:

--Savez-vous quand il s’installe?

Le vieux Jean eut un rire sournois.

--Ça se pourrait bien que ça soit pour demain: en tous cas, y me

préviendra pour sûr, puisque je fais son manège.

Et soulevant leur coiffe, les deux hommes passèrent. Un instant, on

suivit leur marche lourde, puis le calme reprit, un calme infiniment

triste qui semblait monter d’en bas, gagner peu à peu le jardin

solitaire, les plantes immobiles et, par delà le village, l’énorme

plateau qu’on pressentait sans le voir.

--C’était cela sans doute que vous ne vouliez pas me dire? reprit enfin

Mlle Peyrolles d’une voix nerveuse.

La vie secrète · 第 9 / 95 题