LA BROUETTE CHINOISE.

La brouette chinoise, connue depuis des siècles, diffère notablement de

la nôtre; la roue, d'un grand diamètre, occupant le centre, supporte

directement le poids de la charge. Cette disposition réduit

naturellement l'espace utilisable et, par suite, les fardeaux sont

placés de chaque côté de ladite roue, du contact de laquelle les

préserve une caisse à claire-voie. L'équilibre de ces véhicules est des

plus instables à cause de leur hauteur; pour le maintenir, le

conducteur, les bras très écartés, doit parfois se livrer à une

véritable gymnastique.

Les Chinois, gens fort économes et aussi peu soucieux des commodités

matérielles que du prix du temps, apprécient fort l'extrême bon marché

de la brouette et l'emploient à de multiples usages. Dans les villes,

elle devient le fiacre du peuple et de la petite bourgeoisie; le

voyageur est-il seul? l'équilibre s'établit au moyen d'un contrepoids,

un sac pesant ou simplement une grosse pierre. Couramment, elle sert au

transport des marchandises et, à travers les immenses plaines du Centre

et du Nord, c'est ainsi que se fait la majeure partie du trafic; il

n'est pas rare de rencontrer sur les routes chinoises, transformées en

fondrières, de longues files de ces camions sommaires, chargés outre

mesure, qui couvrent des distances invraisemblables. Les voies très

fréquentées offrent, creusée peu à peu par les roues, une ornière

profonde où ne manquent pas de s'engager tous les conducteurs, car s'il

leur faut y pousser plus fort, en compensation, ils risquent moins de

verser. Du reste, la plupart des brouettes sont attelées d'un âne, d'un

boeuf, d'un cheval ou d'un homme; lorsque le vent souffle dans une

direction favorable, l'addition d'une petite voile carrée au véhicule

permet d'obtenir des vitesses relativement considérables.

L'Illustration, No. 3267, 7 Octobre 1905 · 第 27 / 35 题