Shir ha-Shirim [32]

Ce matin-là, tante Isabel et Maria Clara avaient été à la messe de

bonne heure, la jeune fille élégamment vêtue, portant au bras un

chapelet à gros grains bleus qui lui servait à demi de bracelet, la

respectable dame munie d'un binocle pour lire son «Ancre de Salut»

pendant le saint sacrifice.

A peine le prêtre était-il descendu de l'autel que la jeune fille

voulut se retirer, ce qui causa à la bonne tante autant de surprise

que de déplaisir, car elle croyait à sa nièce la plus grande piété et

la supposait au moins aussi amie de la prière qu'une religieuse. Tout

en se signant, tout en grommelant, elle se leva.

«Bah! croyez-moi, tante Isabel, le Bon Dieu qui connaît mieux que vous

le coeur des jeunes filles me pardonnera bien,» lui avait dit Maria

Clara pour couper court à ses sermons sévères mais toujours maternels.

Maintenant leur déjeuner est terminé; la jeune fille trompe son

impatience en tissant une bourse de soie, pendant que la tante

s'efforce de faire disparaître avec son plumeau les traces de la

fête. Capitan Tiago examine quelques papiers.

Qu'un bruit quelconque monte de la rue, qu'une voiture passe, et Maria

Clara frémit et son sein se soulève! Comme elle regrette son tranquille

couvent, ses camarades aimées! Là, elle pouvait le voir sans trembler,

sans se troubler. N'était-ce pas son ami d'enfance, le compagnon de

ses premiers jeux; tout, jusqu'au souvenir de leurs passagères et

puériles querelles, revenait à sa mémoire et charmait sa pensée. Je

n'insiste pas; si tu as aimé, lecteur, tu comprendras; sinon, à quoi

bon des explications? le profane n'entend rien à ces mystères.

--Je crois, Maria, que le médecin a raison, dit Capitan Tiago, tu as

besoin d'aller à la campagne, tu es pâle, il te faut le grand air. Que

préfères-tu, Malabon... ou San Diego?

A ce dernier nom, la jeune fille devint rouge comme un coquelicot. Elle

ne put répondre.

--Et maintenant, il te faut aller au couvent prendre tes affaires et

dire au revoir à tes amies. Isabel t'accompagnera.

Et, sans lever la tête il ajouta:

--Tu n'y retourneras plus.

Maria Clara se sentit au coeur cette vague mélancolie qui s'empare

de l'âme quand on quitte pour toujours un lieu où l'on a été heureux;

mais une autre pensée amortit aussitôt cette douleur.

--D'ici quatre ou cinq jours, quand tu auras une robe neuve, nous irons

à Malabon... Ton parrain n'est plus à San Diego; le jeune Père que tu

as vu ici cette nuit l'a remplacé comme curé du pueblo; c'est un saint.

--Je crois qu'elle préfère San Diego, cousin! observa la tante Isabel;

de plus la maison y est plus confortable et c'est bientôt la fête.

Maria Clara aurait voulu embrasser sa tante, mais elle entendit

s'arrêter une voiture et devint subitement très pâle:

--Ah! c'est vrai! répondit Capitan Tiago, et changeant de ton il

ajouta: D. Crisóstomo!

Maria Clara laissa tomber l'ouvrage qu'elle avait dans les mains,

elle voulut se remuer mais cela lui était impossible: un frémissement

nerveux parcourait son corps. On entendit des pas dans l'escalier,

puis une voix fraîche et mâle. Comme si cette voix avait possédé un

pouvoir magique, la jeune fille surmonta son émotion et s'enfuit dans

l'oratoire où étaient les saintes images. Les deux cousins se mirent

à rire et, en entrant, Ibarra put entendre le bruit d'une porte qui

se fermait.

Pâle, la respiration haletante, la jeune fille, comprimant son sein

palpitant, s'approcha de la porte et tendit l'oreille. C'était bien

sa voix, cette voix tant de fois entendue en rêve, cette voix tant

aimée! il s'informait d'elle! Folle de joie, elle embrassa le saint

qui se trouvait à côté d'elle; c'était Saint Antoine Abad! Heureux

Saint Antoine, vivant ou sculpté en bois, toujours l'objet des plus

charmantes tentations!

Ensuite elle chercha un observatoire, le trou de la serrure. Quand

sa tante vint la tirer de sa contemplation, sans savoir pourquoi,

elle se jeta au cou de la bonne dame et l'embrassa à plein coeur.

--Mais, grande sotte! qu'est-ce qui te prend? gronda la vieille en

essuyant une larme.

Maria Clara honteuse se couvrit la figure de son bras arrondi.

--Allons, va te faire belle, va! ajouta la tante d'une voix caressante;

pendant qu'il parle de toi avec ton père... viens, ne te fais pas

attendre.

La jeune fille se laissa emmener comme une enfant et toutes deux

s'enfermèrent dans leur chambre.

Capitan Tiago et Ibarra parlaient avec animation quand apparut la

tante Isabel, traînant à demi sa nièce dont les regards errants se

fixaient sur tout, excepté sur les personnes...

Que se dirent ces deux âmes lorsqu'elles communiquèrent par le langage

des yeux, plus parfait que celui des lèvres, langage donné à l'âme

pour que le son ne trouble pas l'extase du sentiment? En ces instants,

quand les pensées de deux êtres heureux se mêlent au travers des

pupilles, la parole est lente, grossière, débile, elle est comme le

bruit rauque et lourd du tonnerre comparé à l'éblouissante lumière

et à la rapidité de l'éclair; elle exprime un sentiment déjà connu,

une idée déjà comprise, et si on l'emploie, c'est que l'ambition du

coeur qui domine tout l'être et qui déborde de joie veut que tout

l'organisme humain, avec toutes ses facultés physiques et psychiques,

répète le poème de joie qu'entonne l'esprit. A la question amoureuse

que pose un regard qui brille ou se voile, seuls peuvent répondre

les sourires, les soupirs et les baisers.

Et ensuite, lorsque le couple amoureux, fuyant le plumeau de la tante

Isabel qui soulevait la poussière de tous côtés, se réfugia sur la

terrasse et qu'ils purent causer en liberté, que se contèrent-ils

avec des murmures dont vous frémissiez, petites fleurs rouges du

cabello de angel [33]?

Le ciel était bleu, une fraîche brise agitait les feuilles et les

fleurs et faisait frémir les cabellos de angel, les plantes aériennes

et les multiples ornements de la terrasse. Le bruit d'un saguan [34]

qui troublait les eaux bourbeuses de la rivière, celui des voitures et

des charrettes passant sur le pont de Binondo arrivait distinctement

jusqu'à eux. Mais ils n'entendaient pas la voix trop faible de la

tante Isabel qui leur disait tout bas:

--Vous êtes bien ici, là vous seriez surveillés par tout le voisinage.

D'abord ils ne se dirent que ces futilités douces et charmantes, si

douces et si charmantes pour ceux qui les disent et les entendent,

si insignifiantes pour les indifférents.

Elle est soeur de Caïn, c'est-à-dire jalouse; aussi demande-t-elle

à son fiancé:

--As-tu toujours pensé à moi? ne m'as-tu pas parfois oublié dans

tous tes voyages, dans tant de grandes villes où sont tant de belles

femmes...?

Lui aussi est frère de Caïn, un peu menteur et sachant éluder les

questions embarrassantes:

--Pourrais-je t'oublier? répondit-il en regardant comme extasié les

noires pupilles de la jeune fille; pourrais-je manquer à un serment,

à un serment sacré? Te souviens-tu de cette nuit de tempête où, me

voyant seul pleurer près du cadavre de ma mère, tu t'approchas de moi,

tu posas ta main sur mon épaule, ta main que depuis longtemps déjà

tu ne me laissais plus prendre.

«Tu as perdu ta mère,» me dis-tu, «je n'en ai jamais eu...» et tu

pleuras avec moi. Tu l'aimais et elle t'aimait comme une fille. Dehors

la pluie tombait, les éclairs brillaient, mais il me semblait entendre

une douce harmonie et voir sourire le visage pâli de la morte...! O

si mes parents vivaient et pouvaient te voir maintenant! Alors moi

je pris ta main et celle de ma mère, je jurai de t'aimer, de te

faire heureuse quel que soit le sort que le ciel me réservât, et

comme ce serment ne m'a jamais causé de regrets, aujourd'hui je le

renouvelle. Pouvais-je t'oublier? Ton souvenir ne m'a jamais abandonné,

il m'a sauvé des périls du chemin, il a été ma consolation dans la

solitude où se trouvait mon âme en ces lointains pays; il a rendu

impuissant le lotus d'Europe, la fleur d'oubli qui chasse de la mémoire

de beaucoup de nos compatriotes les espérances et les malheurs de la

Patrie! Dans mes rêves, je te voyais debout, sur la plage de Manille,

regardant l'horizon lointain encore enveloppé dans la tiède lumière de

l'aurore; j'écoutais un chant langoureux et mélancolique qui réveillait

en moi des sentiments endormis et évoquait dans mon coeur l'image des

premières années de mon enfance, nos joies, nos jeux, tout l'heureux

passé que je vécus par toi lorsque tu étais à San Diego. Il me semblait

parfois que la fée, le génie, l'incarnation poétique de cette Patrie,

c'était toi, belle, simple, aimable, candide fille des Philippines,

de ce beau pays qui unit les vertus d'un peuple jeune aux grandes

qualités de la Mère Espagne, comme s'unissent en tout ton être la grâce

et la beauté des deux races; et par là, l'amour que j'ai pour toi et

celui que j'ai voué à ma Patrie se fondent en un seul... Pouvais-je

t'oublier? Que de fois j'ai cru entendre le son de ton piano ou les

accents de ta voix! En Allemagne, à la chute du jour, lorsque trop

rarement les trilles variées du rossignol venaient charmer mon oreille,

c'était ta présence qui inspirait le céleste chanteur. Si j'ai pensé

à toi! la fièvre de ton amour donnait une âme aux brouillards et

réchauffait les glaces de ces pays du Nord. En Italie, le beau ciel

azuré, par sa limpidité et par sa profondeur me parlait de tes yeux,

les gracieux paysages me redisaient ton sourire, comme les campagnes

d'Andalousie, embaumées d'aromes, peuplées de souvenirs orientaux,

remplies de couleur et de poésie, m'entretenaient de ton amour.

Dans les nuits de lune, de cette somnolente lune d'Europe, je me

demandais, voguant dans une barque sur le Rhin, si je ne pourrais

pas tromper ma fantaisie pour te voir apparaître entre les peupliers

de la rive, assise sur le rocher de la Lorelay ou bien chantant au

milieu des ondes, dans le silence de la nuit, comme la jeune fée

des consolations chargée d'égayer la solitude et la tristesse de ces

vieux châteaux ruinés. J'errais par les bois peuplés des fantastiques

créatures, filles des poètes, remplis des mystérieuses légendes des

générations passées; je prononçais ton nom, je croyais te voir dans

la brume s'élevant du fond de la vallée, je croyais t'écouter dans

le murmure des feuilles et, quand les paysans revenant du travail

faisaient entendre au loin leurs refrains populaires, il me semblait

que ces accords s'harmonisaient avec mes voix intérieures, qu'ils

chantaient pour toi, qu'ils donnaient une réalité à mes illusions

et à mes rêveries. Parfois, je me perdais dans les sentiers des

montagnes et la nuit qui, là-bas, descend très lentement, me trouvait

encore vaguant, cherchant mon chemin entre les pins, les hêtres et

les chênes; si quelque rayon de lune se glissait entre les branches

touffues, je croyais te voir au milieu du bois comme une ombre vague,

tour à tour paraissant à la lumière et se cachant dans les épaisses

ténèbres des profonds taillis!

--Je n'ai pas voyagé comme toi, je ne connais rien de plus que

ton pueblo, Manille et Antipolo, répondit-elle en souriant, car

elle croyait jusqu'au moindre mot tout ce qu'il lui avait raconté,

mais depuis que je t'ai dit adieu, que je suis entrée au couvent,

toujours je me suis souvenue de toi et, bien que mon confesseur me

l'ait souvent commandé et que cela m'ait valu nombre de pénitences,

jamais je n'ai pu t'oublier. Je me souvenais de nos jeux, de nos

querelles quand nous étions enfants. Tu choisissais les plus beaux

sigüeyes [35] pour jouer au siklot, tu cherchais dans la rivière les

cailloux les plus ronds et les plus fins, ceux qui s'ornaient des plus

belles couleurs, pour jouer au sintak [36]; tu étais très lourd, tu

perdais toujours et, pour châtiment, je te donnais le bantil [37] avec

la paume de la main, pas fort, car j'avais pitié de toi. Au jeu de la

chouka [38], tu étais très tricheur, plus encore que moi, et tout cela

finissait par des brouilles. Te rappelles-tu ce jour où tu te fâchas

pour de bon? J'en eus alors beaucoup de peine, mais depuis, lorsqu'au

couvent ces souvenirs me revenaient à la mémoire, je souriais, je te

cherchais pour nous disputer encore... et faire la paix ensuite, et

je ne te trouvais pas. Nous étions encore des enfants; avec ta mère,

nous allions nous baigner dans le ruisseau, à l'ombre des roseaux. Sur

les rives, croissaient des fleurs et des plantes nombreuses, dont,

fier de la science que déjà tu acquérais à l'Athénée, tu me disais

les noms étranges en latin et en castillan. Je ne t'écoutais pas;

j'étais trop occupée à poursuivre les papillons et les libellules

dont le corps, fin comme une épingle, brille de toutes les couleurs

de l'arc-en-ciel, de tous les reflets de la nacre, qui pullulent,

se mêlent, se poursuivent parmi les fleurs. Parfois, avec la main,

je voulais surprendre et saisir les petits poissons qui se glissaient

rapides entre la mousse et les cailloux de la rive. Toi, tu n'étais

plus là; quand tu revins, tu m'apportas une couronne de feuilles et

de fleurs d'oranger que tu posas sur ma tête en m'appelant Chloé; tu

t'en étais fait une autre pour toi avec des plantes grimpantes. Mais

ta mère prit ma couronne, la broya avec une pierre et en mélangea les

débris avec le gogo [39] dont elle devait se servir pour laver notre

chevelure: les larmes jaillirent de tes yeux et tu lui reprochas

de ne rien comprendre à la mythologie:--«Sot! répliqua ta mère, tu

verras comme vos cheveux sentiront bon!» Moi, je ris, tu te fâchas

de mes rires et ne voulus plus me parler de la journée; ta rancune

me donna à mon tour envie de pleurer. De retour au pueblo, comme le

soleil était très ardent, je cueillis des feuilles de sauge croissant

au bord du chemin et te les donnai pour que tu les misses dans ton

chapeau afin d'éviter les maux de tête. Tu me fis comprendre par un

sourire ta reconnaissance de cette attention, alors je te pris la

main et, bien vite, nous étions réconciliés.

Ibarra souriait de bonheur; il ouvrit son portefeuille, en tira un

papier dans lequel étaient enveloppées quelques feuilles noirâtres,

desséchées, mais parfumées encore.

--Tes feuilles de sauge! répondit-il au regard qu'elle tournait vers

lui; c'est là tout ce que tu m'as donné!

A son tour, elle sortit rapidement de son corsage une petite bourse

de satin blanc.

--Fi! dit-elle en lui donnant une chiquenaude sur la main; on ne

touche pas! c'est une lettre d'adieux.

--Est-ce celle que je vous ai écrite avant de partir?

--M'en avez-vous écrit d'autres, Señor mio?

--Et, que te disais-je alors?

--Beaucoup de mensonges, des excuses de mauvais payeur! répondit-elle

souriante et laissant voir que ces mensonges n'avaient rien qui lui

fût désagréable. Reste sage! je te la lirai, mais je supprimerai tes

galanteries pour ne pas te faire trop souffrir.

Et levant le papier pour cacher sa figure elle commença:

«Ma...», je ne te lis pas ce qui suit parce que c'est un mensonge! et,

des yeux, elle parcourut quelques lignes. «Mon père veut que je parte

malgré toutes mes prières.--Tu seras un homme, m'a-t-il dit, tu dois

apprendre à penser à l'avenir et aux devoirs qu'il t'impose. Tu dois

apprendre la science de la vie, que ta patrie ne peut te donner,

afin de pouvoir lui être utile un jour. Si tu restes à mes côtés,

à mon ombre, dans cette atmosphère de préoccupations journalières,

tu ne sauras jamais regarder au loin, et le jour où je te manquerai,

tu te trouveras comme la plante dont parle notre poète Baltazar «crue

dans l'eau, quand l'eau lui manque ses feuilles se flétrissent peu à

peu, un instant de chaleur achève de la dessécher.» Vois! tu es presque

un jeune homme et tu pleures encore!--Ce reproche me fut sensible et je

confessai alors à mon père mon amour pour toi. Il se tut, réfléchit et

me posant la main sur l'épaule, me dit d'une voix tremblante:--Crois-tu

que toi seul saches aimer, que ton père ne t'aime pas aussi, qu'il ne

lui coûte rien de se séparer de toi? Il y a peu nous avons perdu ta

mère. Déjà je m'approche de la vieillesse, de cet âge où l'on cherche

l'appui et les consolations de la jeunesse, et cependant, j'accepte

ma solitude, je cours le risque de ne plus te revoir! Mais d'autres

pensées plus hautes doivent guider ma conduite... Pour toi, l'avenir

s'ouvre, il se ferme pour moi; tes amours naissent, les miennes se

meurent; le feu bout dans ton sang, le froid pénètre dans le mien et

c'est toi qui pleures, c'est toi qui ne sais pas sacrifier le présent à

un lendemain utile pour toi et pour ton pays!--Les yeux de mon père se

remplirent de larmes, je tombai à genoux à ses pieds, je l'embrassai,

lui demandai pardon et lui dis que j'étais prêt à partir...»

L'agitation d'Ibarra la força d'interrompre cette lecture; le jeune

homme était devenu très pâle, il allait et venait d'un côté à l'autre.

--Qu'as-tu? es-tu malade? lui demanda-t-elle.

--Tu m'as fait oublier que j'ai des devoirs à remplir et que je dois

partir de suite pour le pueblo: demain est la fête des morts!

Maria Clara se tut. Elle fixa sur lui ses grands yeux songeurs et,

cueillant quelques fleurs:

--Va! lui dit-elle d'une voix émue, je ne te retiens plus. Dans

quelques jours nous nous reverrons. Dépose ces fleurs sur la tombe

de tes parents.

Quelques minutes après, tandis que Maria Clara s'enfermait dans

l'oratoire, Crisóstomo accompagné de Capitan Tiago et de la tante

Isabel descendait l'escalier.

--Faites-moi le plaisir de dire à Andeng qu'elle prépare la maison,

que Maria Clara et Isabel vont arriver. Bon voyage! dit Capitan Tiago

à Ibarra qui montait dans la voiture et s'éloignait dans la direction

de la place San Gabriel.

Puis, voyant Maria Clara pleurant et priant aux pieds d'une image de

la Vierge:

--Allons! lui dit-il pour la consoler, brûle deux cierges de deux

réaux chacun, l'un au seigneur saint Roch, l'autre au seigneur saint

Raphaël, patron des voyageurs! Allume la lampe de Nuestra Señora de

la Paz y Buenviaje, car les tulisanes sont nombreux et mieux vaut

dépenser quatre réaux de cire et six cuartos d'huile que leur payer

une grosse rançon.

Au Pays des Moines (Noli me Tangere) · 第 30 / 152 题