RÉPONSES (suite)

Ce que j'aime à voir, en Province, ce sont les vieilles maisons. Ces

demeures sont simples, elles parlent à l'esprit et au coeur, elles

rafraîchissent l'imagination fatiguée par les admirations saugrenues

pour les embellissements. Elles donnent une idée exacte de la vie

sociale de nos pères et rappellent cette réflexion d'un philosophe:

«Nous ne voyons, dans l'histoire comme elle est faite, que les grands

hommes, les rois, les ministres tout au plus; ce que nous ignorons et ce

qu'il y a plaisir à connaître, c'est la condition médiocre, l'existence

moyenne des bonnes gens de chaque temps.»--Charles D.

C'est avec des faits divers, des anecdotes et des commérages, qu'il

faudrait écrire l'histoire, la seule vraie, à la manière des _Mémoires_

de Saint-Simon pour nuire à... son temps, des _Lettres_ de Mme de

Sévigné, cette Fleur-de-Potin du dix-septième siècle, qui se savait lue

comme une Gazette, et de la _Correspondance_ de Diderot avec Mlle

Rolland, qui est le Tableau du dix-huitième siècle.--Kan dit Raton.

En dehors de Paris, il n'y a pas que des villages, il y a d'autres

villes, de grandes villes, de belles villes; mais j'ai beau faire, je ne

vois partout que Royaumes de l'ennui, et je donnerais toutes les plus

belles choses du monde pour jeter un seul coup d'oeil sur le bien-aimé

Paris. Plus j'ai vu les pays étrangers, plus j'ai aimé la France, et

plus j'ai habité la Province, plus j'ai aimé Paris.--Si on n'y est pas

toujours heureux, on y trouve du moins des armes contre le malheur.

Paris a une âme qui se met au diapason de l'âme humaine, et quand on

l'aime bien, on ne peut lui être infidèle qu'un moment, par contraste,

et pour lui revenir.--Viator.

Paris est la seule ville hospitalière aux parias intelligents qui lui

apportent leurs cerveaux pour alimenter sa fournaise. Elle dévore, mais

quelles heures! A Paris une semaine est plus pleine qu'une année de

Province, et toutes les cordes du clavier humain vibrent harmonieuses.

Quand on vit par l'intelligence et par le coeur, la Province est comme

la cloche d'une machine pneumatique où la respiration s'arrête. C'est le

vide, le néant, l'absolu malheur.--Un Lecteur.

A Paris, on a son individualité, sa physionomie, son caractère, ses

idées, ses opinions, ses sentiments. En Province, il est défendu d'en

avoir, ou du moins d'en montrer; tout est coulé dans le même moule, tout

est de convention. Le grand art, unique, qui résume tout le secret de la

vie en province, c'est l'abstraction complète de la personnalité; ces

gens si curieux et si bien informés ne donnent jamais leur avis sur rien

et sur personne. Cet art se résume dans la formule de Figaro, qui avait

le droit de parler de tout sans en rien dire. Le Normand: «Pour une

année où il y a des pommes, il n'y a pas de pommes; mais, pour une année

où il n'y a pas de pommes, il y a des pommes.» Le Breton: «Peut-être

bien». Le Franc-Comtois: «Voilà.»--Le Chardon.

On rencontre en Province des hommes supérieurs; mais ils ne sont pas

dans un milieu favorable à la culture et au développement des grandes

conceptions. Tous ceux qui croient avoir une idée nouvelle ou le secret

d'une découverte sont exposés à réinventer ce qui est déjà trouvé et

connu; aussi les voit-on déserter la Province et fixer toujours les yeux

sur Paris, comme l'aiguille aimantée vire au pôle: Paris, c'est la

patrie la Province, c'est l'exil.--Emile T.

Si l'homme est né laboureur, chasseur, artisan, marin et soldat, s'il a

des besoins matériels, il a aussi les aspirations de l'âme et de

l'intelligence. Mon rêve, à moi, ce serait ce séjour idéal de bonheur

que Diderot appelle _Le Petit Château_, et qui n'est pas en Espagne:

vivre en famille, dans une belle aisance, cinq mois à Paris et le reste

du temps partagé entre la campagne, la mer, la montagne et les voyages.

Toute proportion gardée, c'est là une vie royale, moins les ennuis de

l'étiquette et les soucis de la couronne.--Sans-Souci.

La vie de Paris enfante les fièvres et les passions, comme le soleil de

l'Inde fait éclore les piments et les fleurs empoisonnées; mais la

contagion est limitée, il y a des corps et des âmes réfractaires. On

calomnie Paris. Ses ennemis l'appellent la Capoue de l'Europe, ses

envieux l'Auberge du Monde, les êtres prosaïques la Gare de l'Univers,

mais les poètes l'ont surnommée la Ville sainte. La France est la Reine

de la pensée, et Paris la Grande Horloge de l'humanité, la ville de feu.

Cet Enfer a ses anges; Paris est aussi la Capitale de la Sagesse, de la

Vertu et du Pot-au-feu.

Paris est un désert peuplé d'égoïstes, mais il a ses oasis:

Ainsi l'on peut trouver au sein des multitudes

Le même isolement qu'au fond des solitudes.

Que les esprits moroses, les censeurs atrabilaires, gémissent sur la

Babylone moderne, c'est leur droit incontestable; ils prêcheront

longtemps dans le désert, et même au milieu des foules, avant que Paris

devienne la Capitale de la Morale en action. Assurément, dirait

Périandre, tyran de Corinthe, «il se commettrait moins de crimes, si

tous les hommes étaient vertueux», et on n'assisterait pas au spectacle

de l'injustice et de l'affliction perpétuelle des nobles créatures qui

honorent et relèvent l'humanité. La Grèce élevait les courtisanes à la

dignité de prêtresses; les vrais philosophes dédaignent les jérémiades

et la question est tranchée d'un seul mot. Il en faut.

Les naturalistes, sans jeu de mots, ne songent pas à s'étonner que les

reptiles empoisonneurs aient des reflets chatoyants et que les fleurs

vénéneuses soient riches en couleurs et en parfums. Quant au peintre de

moeurs, ce n'est pas lui qui est immoral, c'est le monde qui lui sert de

modèle et qui ne le paie pas pour le flatter.--Un Athénien de Paris.

Charles Joliet.

[Illustration: LES OBSÈQUES DE MEISSONIER.--Le cortège funèbre à

l'église de la Madeleine.]

[Illustration: LES OBSÈQUES DE MEISSONIER.--Le fourgon funèbre

traversant la forêt de Saint-Germain.--Arrivée du corps au cimetière de

Poissy.]

[Illustration: HISTOIRE DE LA SEMAINE.]

La semaine parlementaire.--L'interdiction de la pièce de M. Sardou,

_Thermidor_, a été, comme il fallait s'y attendre, l'objet d'une

discussion très vive à la Chambre. M. Fouquier qui, dans tous ses

écrits, et avec un talent auquel tout le monde rend hommage, défend la

cause de la tolérance, a déposé une demande d'interpellation, de concert

avec M. Charmes et M. Reinach, «sur les mesures que comptait prendre le

gouvernement pour assurer le maintien de l'ordre et la liberté de l'art

dramatique.» Il a défendu sa thèse avec l'esprit qu'on lui connaît, et,

en somme, la Chambre était très hésitante, car si d'une part la majorité

avait quelque peine à blâmer un ministère qui a sa confiance, de

l'autre, beaucoup de députés, même ministériels, regrettaient qu'on eût

interdit une pièce, acceptée par la censure, uniquement parce qu'il

avait plu à quelques individus isolés d'en empêcher la représentation.

M. Constans, ministre de l'intérieur, est monté à la tribune et a

expliqué que les incidents de la seconde représentation de _Thermidor_

et les renseignements parvenus depuis au ministère ne laissaient aucun

doute sur les désordres qui allaient se produire aux représentations

suivantes, soit dans la salle, soit dans la rue. Le devoir du

gouvernement, a ajouté le ministre, était de les prévenir par une

décision rapide. Il l'a fait, et il aurait été coupable s'il ne l'avait

pas fait.

Pendant toute cette discussion la Chambre s'est montrée visiblement

agitée, au point que les orateurs ne réussissaient pas à retenir

l'attention. Tour à tour, M. Pichon, M. Emmanuel Arène, M. Reinach,

prennent la parole sans parvenir à se faire écouter, en sorte que M.

Constans a pu faire cette observation, «que le désordre auquel la

Chambre paraissait en proie pouvait faire présager ce qui se serait

passé au théâtre si les représentations avaient continué.» Bref, on ne

savait ce qui pouvait résulter de cette discussion, lorsque M.

Clémenceau a demandé la parole, et du premier coup a porté la question

sur un terrain tout nouveau, car après son discours, chose inattendue,

la Chambre a été appelée à se prononcer, non sur l'interdiction de

_Thermidor_, mais sur la révolution elle-même, et sur la façon de gérer

l'héritage qu'elle a laissé au parti républicain.

«Qu'on le veuille ou non, a dit M. Clémenceau, la révolution française

forme un bloc dont il est impossible de rien distraire... Les temps ne

sont pas si changés qu'on le pense. Avez-vous oublié l'insurrection

royaliste de la Vendée, les émigrés servant à la frontière dans les

rangs des Prussiens et des Autrichiens? Avez-vous oublié la terreur

blanche? Les petits-fils des Vendéens et les petits-fils des bleus sont

toujours en face les uns des autres... La révolution n'est pas finie. Ce

que nos pères ont voulu, nous le voulons aussi. Voilà pourquoi la lutte

durera tant qu'un des deux partis ne sera pas victorieux. Et voilà

pourquoi, si le gouvernement ne faisait pas son devoir, les citoyens

feraient le leur.»

M. le comte de Mun, au nom de la droite, a accepté la discussion dans

les termes où la posait M. Clémenceau, en sorte que, pour faire suite au

centenaire de 1889, nous avons eu ce spectacle significatif des deux

partis se dressant l'un en face de l'autre comme si un siècle ne s'était

pas écoulé depuis le jour où ils étaient aux prises.

Mis en demeure de se prononcer, M. de Freycinet, tout en protestant

contre ceux qui évoquaient le «fantôme de la terreur», a déclaré que le

gouvernement se considérait comme le dépositaire des conquêtes de la

Révolution et qu'il les gardera et avec ceux qui partagent ses

sentiments et ses idées.»

Sur ce, on est passé au vote et l'ordre du jour pur et simple accepté

par le gouvernement a été voté par 215 voix contre 192.

Cependant la question de _Thermidor_ n'est pas épuisée. Elle reviendra

forcément devant la Chambre, car M. Antonin Proust et M. Le Senne ont

déposé chacun une proposition de loi qui tend au même but, la

suppression de la Censure. On se demande, en effet, à quoi sert cette

institution, si, après qu'elle a donné son visa à une pièce, on regarde

comme justifiées les protestations de ceux qui en empêchent la

représentation, sous prétexte qu'elle contient un outrage au régime que

le pays s'est donné? Il sera curieux de voir comment, après son vote sur

l'interpellation de M. Fouquier, la Chambre tranchera cette délicate

question.

--Les séances suivantes ont été consacrées à la discussion de la loi sur

le travail des femmes et des enfants dans les manufactures, loi votée

par le Sénat.

Italie: la chute de M. Crispi.--Lorsqu'aux élections générales de

novembre dernier, M. Crispi remporta la victoire que l'on sait, nous

faisions remarquer que cependant l'opposition avait gagné partout du

terrain. Certes, il était difficile de prévoir alors que le triomphateur

du jour était aussi près de sa perte, mais on pouvait avoir le

pressentiment des difficultés qu'il allait rencontrer.

Ces difficultés, qui sont surtout d'ordre économique et financier, ont

été exposées, il y a peu de jours, par le ministre des finances, M.

Grimaldi, qui, sans pousser les choses au noir, a cru cependant devoir

faire connaître l'état des ressources de son pays.

Or, M. Grimaldi accuse 75 millions de déficit pour l'exercice 1888-89,

autant pour 1889-90, 50 millions pour 1890-91 et même somme pour

l'exercice qui commence. Ce sont là des chiffres officiels et, à ce

titre, suspects d'être quelque peu optimistes, si ce mot est de mise en

cette circonstance. M. Grimaldi a reconnu, en outre, que l'Italie

subissait une crise sérieuse qui l'atteignait à la fois dans ses

intérêts agricoles et industriels.

C'est qu'en effet les charges militaires, qui pèsent sur toutes les

nations qui ont le triste privilège de jouer un rôle en Europe, sont

particulièrement lourdes pour l'Italie qui voit les impôts s'accroître

constamment sans résultats appréciables pour sa gloire. Aussi quand est

venue la discussion sur les remaniements de taxes, ce qui, dans tous les

pays du monde, veut dire augmentation d'impôts, ceux-là mêmes parmi les

députés qui avaient été élus avec l'appui du gouvernement se sont-ils

sentis mal à l'aise. Ils savent que le pays a déjà grand'peine à

supporter les taxes anciennes et auxquelles ils s'est déjà difficilement

résigné; comment lui en imposer de nouvelles?

La majorité était donc impatiente, nerveuse. M. Luzzati, rapporteur du

projet de loi présenté par le ministre, a commencé par le défendre. M.

di Rudini l'a soutenu, au nom de ses amis de la majorité, tandis que

Nicotera et M. Imbriani l'ont attaqué avec violence. M. Crispi est alors

monté lui-même à la tribune pour faire l'apologie de sa politique. Mais

il ne s'en est pas tenu là, et dans un mouvement oratoire, dont il n'a

peut-être pas calculé l'effet--malgré ce qu'on en a dit-il s'est emporté

contre la politique suivie, avant son arrivée au pouvoir, non seulement

par ceux qui avaient été ses adversaires, mais même par ceux qui avaient

été ses amis.

M. Finali, ministre des travaux publics, s'est senti particulièrement

atteint et à ce moment il a quitté, très irrité, le banc des ministres.

Quant à M. Luzzati, changeant immédiatement de tactique, il déclara

qu'il voterait contre le projet. C'est dans ces conditions qu'on est

passé au vote et 186 voix contre 123 se sont prononcées contre le

ministère.

M. Crispi a aussitôt prié le président de lever la séance et il s'est

rendu au palais pour remettre sa démission au roi.

Cela veut-il dire que la politique suivie jusqu'ici par l'Italie va être

modifiée? La chose n'est pas probable. Ce n'est pas M. Crispi qui a fait

la triple alliance, la triple alliance lui survivra. Ce sera le même air

chanté autrement; nous y gagnerons toujours quelque chose, car la voix

de M. Crispi commençait à être fort désagréable aux oreilles françaises.

En résumé, si la démission du président du Conseil italien fait avec

raison quelque bruit, rien ne dit que ce soit un gros événement par ses

conséquences. La politique que suivait M. Crispi était, en somme, celle

du roi, et si M. Crispi, qui a peut-être voulu avoir ce dernier point de

ressemblance avec M. de Bismarck, est condamné à la retraite, le roi n'a

pas abdiqué.

Le Soudan français.--L'expédition entreprise par le commandant

Archinard, et dont nous avons donné les résultats, semble avoir eu les

conséquences les plus heureuses. Depuis, le commandant Ruault a dispersé

dans le Goudioumé le dernier rassemblement des débris de l'armée

d'Ahmadou et il a fait 800 prisonniers.

Les soumissions affluent et Ahmadou a pris la fuite dans la direction du

désert.

On peut donc considérer la campagne comme à peu près terminée. Toutefois

on continuera à se tenir en garde contre les retours offensifs des

partisans d'Ahmadou, car, tant que l'ex-sultan de Segou ne sera pas

entre nos mains, il ne désespérera pas complètement de la fortune et

cherchera à nous créer des embarras.

Six heures de révolution à Oporto.--Une révolution qui éclate, triomphe

et se laisse réprimer en une demi-journée, mérite d'être signalée au

passage, alors même qu'elle n'a pas laissé de traces durables dans le

pays où elle s'est produite.

Le 31 janvier, on apprenait par dépêche qu'un certain nombre de soldats

de la garnison d'Oporto s'étaient insurgés et qu'après avoir livré

plusieurs escarmouches aux troupes restées fidèles, ils s'étaient

emparés de l'Hôtel-de-Ville où ils avaient constitué un gouvernement

provisoire, composé de cinq membres directeurs, lesquels, entre

parenthèses, ne se trouvaient même pas dans l'édifice municipal au

moment où ils étaient ainsi investis du pouvoir suprême.

Mais les insurgés étaient en très petit nombre et ne possédaient que

fort peu de munitions, en sorte qu'ils ne purent soutenir longtemps

l'assaut que leur livra la troupe et force leur fut de se rendre.

Le nombre des insurgés arrêtés dès l'abord est de 54, sur lesquels 11

civils. D'autres se sont livrés eux-mêmes à la police. On compte 30 tués

dont 3 militaires et une femme. Il y a eu 10 civils et 36 militaires

blessés.

Le 1er février, une autre dépêche annonçait que tout était rentré dans

l'ordre.

On assure que ce mouvement avait été combiné pour éclater simultanément

à Lisbonne, Oporto et d'autres villes dont les garnisons eussent été

secondées par les républicains. Mais les meneurs d'Oporto auraient

devancé la date parce qu'ils se croyaient découverts.

Les Républiques Américaines.--_Les événements du Chili._--La situation

au Chili est toujours grave. Les insurgés ont gagné du terrain, et,

depuis le commencement des hostilités, ils ont reçu chaque jour de

nombreuses adhésions. En même temps, on signale un mécontentement

extrême parmi les troupes restées fidèles au gouvernement et on pense

qu'elles se révolteront, si les pourparlers, engagés en vue d'un accord

entre le président Balmuceda et le Congrès, n'aboutissent pas. Or, tout

fait supposer que les négociateurs qui se sont chargés de cette oeuvre

de conciliation ne réussiront pas.

Les représentants des insurgés font remarquer d'ailleurs que la

responsabilité des événements retombe sur le président, qui, ainsi que

nous l'avons raconté, s'est refusé à accepter les résolutions votées par

les Chambres, et ils déclarent qu'il est le seul auteur de

l'insurrection puisqu'il s'est mis en révolte ouverte contre la

Constitution.

D'après une correspondance adressée au Times, on le tient pour

personnellement responsable des fonds publics actuellement dépensés, et

cela en raison de la décision qu'il a prise de décréter ces dépenses de

son autorité privée, alors que les Chambres avaient refusé le vote du

budget. Le directeur général du Trésor à Santiago aurait fait savoir, en

effet, au président Balmuceda, que, dans les circonstances présentes, il

ne reconnaissait plus la qualité légale aux mandats du gouvernement.

Le président a concentré à Santiago et à Valparaiso les troupes qui lui

sont restées fidèles et on s'attend d'un moment à l'autre à une bataille

décisive.

_Guatemala et San-Salvador._--Les choses se gâtent de nouveau dans

l'Amérique centrale. D'après des nouvelles de Mexico, le Guatemala

équiperait, en ce moment, une armée de 25,000 hommes, dans le but de

déclarer la guerre au Salvador, dans la deuxième quinzaine de février.

Le Honduras serait résolu à empêcher les républiques de Costa-Rica et du

Nicaragua d'intervenir. Dans le cas de non-intervention de ces États, le

Honduras attaquerait également le Salvador.

Tribunaux.--_La fuite de Padlewski._--On se rappelle que, sur l'appel

interjeté par M. de Labruyère, la Cour, infirmant le jugement du

tribunal correctionnel, prononça l'acquittement pur et simple, par le

motif qu'il n'était pas prouvé que l'individu conduit à la frontière

sous le nom de Wolf fût réellement Padlewski.

A la suite de cet arrêt, l'affaire de M. Grégoire et de Mme Duc-Quercy,

condamnés aussi pour avoir coopéré à l'évasion du meurtrier du général

Seliverstof, est venue également devant la Cour, qui cette fois a

confirmé le jugement de condamnation. Il y a là une contradiction faite

pour dérouter les esprits et pour ajouter à la confusion qui règne sur

toute cette affaire, dont on ne connaîtra le fin mot que lorsque

Padlewski, couvert par la prescription, voudra bien faire savoir

lui-même les détails de son incroyable évasion.

_Exécution d'Eyraud._--On s'était trop hâté d'annoncer que le président

de la République était décidé à accorder la grâce de l'assassin de

Gouffé. La commission des grâces s'est prononcée contre cette mesure de

clémence et M. Carnot, se conformant à son avis, a laissé la justice

suivre son cours.

Eyraud a été exécuté mardi matin.

Nécrologie._--Le peintre Meissonier.

Le peintre Charles Chaplin.

Charles Bradlaugh, membre de la Chambre des communes, célèbre par sa

propagande anti-religieuse.

Le général Ibanez de Ibanez de Ibero, grand d'Espagne, grand-officier de

la Légion d'honneur, président de la commission internationale du mètre.

L'Illustration, No. 2502, 7 février 1891 · 第 13 / 33 题