Eh bien! ce fut un concert de louanges, discrètes, mais très douces.
Encore meurtri de l’aventure, j’étais étendu sur mon lit, entouré de
coupures de journaux, et il me semblait que des sœurs de charité, ayant
le visage de Catulle Mendès et de quelques autres critiques, se
promenaient doucement dans ma chambre et me calmaient avec des épithètes
lénitives.
Vraiment, on n’est pas juste pour les critiques.
Ils exercent un métier effrayant. Il faut que dans notre société polie,
ils disent des choses désagréables à leur prochain le plus susceptible,
à un moment de sa vie où ce prochain est le plus excité, le plus
aveuglé. C’est bien simple: un auteur ne supporte plus les réserves. Il
lui semble impossible qu’elles viennent d’un esprit impartial ou
judicieux. Alors, il prête au critique le plus intègre les plus mesquins
partis pris.
Obligé d’être doux avec les auteurs qu’il connaît, à qui il serre la
main, le critique ne peut réserver sa sévérité aux auteurs qu’il ne
connaît pas. Cette sévérité--inusitée--n’en paraîtrait que plus dure.
Alors, la critique est réduite à des euphémismes dont il faut avoir la
clef.
Elle ne prononcera plus le mot: insuccès, ni l’autre mot, discrédité, de
succès d’estime. Elle préférera les expressions de: «gentil succès,
succès assez vif».
Un succès qui n’est pas franc s’appellera «un franc succès».
Une pièce qui ne passe pas la rampe est une œuvre distinguée (rien ne
déplaît autant aux auteurs que cette épithète accablante).
Les fours «d’art» sont de «belles et courageuses tentatives».
Quelquefois--car le directeur de journal tient à ce que le lecteur soit
informé--quelquefois le critique est obligé de constater que la pièce a
été «cueillie».
«Le drame de M. X... n’a pas été sans rencontrer, par moments, une
petite résistance...»
Petite résistance veut dire: Rires grossiers continuels, et cris
d’animaux.
Parfois, les expressions: grand succès, gros succès, correspondent à un
succès véritable. «Succès éclatant», c’est presque toujours un succès.
Quant au mot «triomphe», il est impossible de savoir ce qu’il veut
exprimer.