CHAPITRE XLIII.

_Description topographique._

Les destinées, qui avoient certainement prévu tout ce qui concernoit les

amours de la veuve Wadman et de mon oncle Tobie, avoient depuis la

création de la matière et du mouvement, (et même avec plus de courtoisie

qu'elles n'ont coutume d'en mettre en pareil cas,) avoient, dis-je,

établi une chaînes de causes et d'effets liés si étroitement ensemble,

qu'il étoit presque impossible que mon oncle Tobie eût habité et occupé

une autre maison et un autre jardin dans tout le monde entier, que la

maison qui touchoit à la maison, et le jardin qui touchoit au jardin de

mistriss Wadman.--Ce voisinage, joint à la commodité d'un gros arbre

creux et touffu, placé dans le jardin de la veuve, et sur la palissade

de mon oncle Tobie, fournissoit à l'aimable veuve toutes les occasions

que son goût pour les opérations militaires pouvoit désirer. Elle

pouvoit observer tous les mouvemens de mon oncle Tobie, et assister à

ses conseils de guerre.--Et mon oncle Tobie, dont le cœur étoit sans

défiance, ayant permis au caporal (à la sollicitation de Brigitte) de

pratiquer en osier une porte de communication pour prolonger les

promenades de mistriss Wadman,--mistriss Wadman se trouvoit maîtresse de

pousser ses approches jusqu'à la porte de la guérite, et quelquefois

même, (par pure reconnoissance du procédé de mon oncle Tobie,) de former

son attaque et d'assaillir mon oncle Tobie au fond même de sa guérite.

Oeuvres complètes, tome 4 · 第 68 / 134 题