_Ma méthode en écrivant._
Il en est de l'amour comme du cocuage...
--Mais quoi!--je vais commencer un nouveau livre, tandis que j'ai depuis
si long-temps une chose à communiquer au lecteur! une chose, qui, si
elle ne lui est pas communiquée en ce moment, ne le sera peut-être de ma
vie, au lieu que ma comparaison de l'amour lui sera expliquée à quelque
heure du jour.--Il faut que je me débarrasse de cette chose, après quoi
je commencerai tout de bon.
Or, voici cette chose.
C'est que de toutes les manières de commencer un livre, qui sont
maintenant pratiquées dans tout le monde connu, je suis persuadé que la
mienne est la meilleure;--je suis sûr du moins qu'elle est la plus
religieuse;--car j'écris d'abord la première phrase, et je m'abandonne à
la Providence pour la seconde.
C'est ce qui devroit guérir pour jamais tout critique du soin et de la
folie d'ouvrir sa porte, et d'appeller à son aide ses voisins, ses amis,
ses parens, et le diable et son train, pour examiner avec lui comment
une de mes phrases en suit une autre, et comment le tout se lie
ensemble.--
Je voudrois que vous me vissiez cramponné sur le bras de mon fauteuil,
et à moitié soulevé,--les yeux au plancher,--l'air confiant,--attrapant
une pensée, souvent lorsqu'elle n'est encore qu'à moitié chemin pour
venir à moi.--
Je crois, en conscience, que j'en ai intercepté plus d'une, que le ciel
destinoit à quelque autre.