CHAPITRE XXXI.

_Ma méthode en écrivant._

Il en est de l'amour comme du cocuage...

--Mais quoi!--je vais commencer un nouveau livre, tandis que j'ai depuis

si long-temps une chose à communiquer au lecteur! une chose, qui, si

elle ne lui est pas communiquée en ce moment, ne le sera peut-être de ma

vie, au lieu que ma comparaison de l'amour lui sera expliquée à quelque

heure du jour.--Il faut que je me débarrasse de cette chose, après quoi

je commencerai tout de bon.

Or, voici cette chose.

C'est que de toutes les manières de commencer un livre, qui sont

maintenant pratiquées dans tout le monde connu, je suis persuadé que la

mienne est la meilleure;--je suis sûr du moins qu'elle est la plus

religieuse;--car j'écris d'abord la première phrase, et je m'abandonne à

la Providence pour la seconde.

C'est ce qui devroit guérir pour jamais tout critique du soin et de la

folie d'ouvrir sa porte, et d'appeller à son aide ses voisins, ses amis,

ses parens, et le diable et son train, pour examiner avec lui comment

une de mes phrases en suit une autre, et comment le tout se lie

ensemble.--

Je voudrois que vous me vissiez cramponné sur le bras de mon fauteuil,

et à moitié soulevé,--les yeux au plancher,--l'air confiant,--attrapant

une pensée, souvent lorsqu'elle n'est encore qu'à moitié chemin pour

venir à moi.--

Je crois, en conscience, que j'en ai intercepté plus d'une, que le ciel

destinoit à quelque autre.

Oeuvres complètes, tome 4 · 第 52 / 134 题