_La Chose impossible._
Oui, je voulois aller droit;--mais le pourrai-je?--Dans ces plaines
riantes, et sous ce soleil qui invite au plaisir, où dans ce moment on
n'entend que des flûtes, musettes et chansons, où le peuple court à la
vendange en dansant, où à chaque pas que l'on fait le jugement est
surpris par l'imagination.--Dans ces plaines, dis-je, je défie, malgré
tout ce qui a été dit sur les lignes droites en divers endroits de ce
livre,--je défie le meilleur planteur de choux, soit qu'il plante en
avant ou en arrière; (ce qui revient à-peu-près au même, à moins qu'il
n'ait une préférence secrète pour une des deux méthodes)--je lui défie
de planter ses choux froidement, posément et régulièrement, un par un,
en droite ligne, et à distances égales,--sans aller de guingois et
perdre à chaque pas son alignement... surtout si ces maudits trous de
jupes ne sont pas recousus.--En Frize-Lande, en Finlande, en Islande, et
dans quelques autres pays que je sais bien, la chose seroit peut-être
plus facile.--
--Mais dans ce beau climat, où tout parle aux sens et à
l'imagination,--où l'on est sans cesse maîtrisé par ses idées,--dans ce
pays, mon cher Eugène,--dans ce fertile pays de romans et de chevalerie,
où je me trouve en ce moment, ouvrant mon écritoire pour écrire les
amours de mon oncle Tobie, tandis que de ma fenêtre je vois dans la
plaine les tours et détours que parcourt Julie pour retrouver son cher
Diégo,--si tu ne viens pas à mon secours, si tu n'es pas mon guide.--