CHAPITRE XXX.

_La Chose impossible._

Oui, je voulois aller droit;--mais le pourrai-je?--Dans ces plaines

riantes, et sous ce soleil qui invite au plaisir, où dans ce moment on

n'entend que des flûtes, musettes et chansons, où le peuple court à la

vendange en dansant, où à chaque pas que l'on fait le jugement est

surpris par l'imagination.--Dans ces plaines, dis-je, je défie, malgré

tout ce qui a été dit sur les lignes droites en divers endroits de ce

livre,--je défie le meilleur planteur de choux, soit qu'il plante en

avant ou en arrière; (ce qui revient à-peu-près au même, à moins qu'il

n'ait une préférence secrète pour une des deux méthodes)--je lui défie

de planter ses choux froidement, posément et régulièrement, un par un,

en droite ligne, et à distances égales,--sans aller de guingois et

perdre à chaque pas son alignement... surtout si ces maudits trous de

jupes ne sont pas recousus.--En Frize-Lande, en Finlande, en Islande, et

dans quelques autres pays que je sais bien, la chose seroit peut-être

plus facile.--

--Mais dans ce beau climat, où tout parle aux sens et à

l'imagination,--où l'on est sans cesse maîtrisé par ses idées,--dans ce

pays, mon cher Eugène,--dans ce fertile pays de romans et de chevalerie,

où je me trouve en ce moment, ouvrant mon écritoire pour écrire les

amours de mon oncle Tobie, tandis que de ma fenêtre je vois dans la

plaine les tours et détours que parcourt Julie pour retrouver son cher

Diégo,--si tu ne viens pas à mon secours, si tu n'es pas mon guide.--

Oeuvres complètes, tome 4 · 第 50 / 134 题