I
Cette union n'en eut pas moins de très beaux résultats:
Deux bijoux d'enfants, de vrais chérubins.
A la fin de la première année, un garçon, que la mère nomma Georges.
La seconde année, une ravissante petite fille, baptisée du nom de
Berthe.
Le garçon ressemblait, à s'y méprendre, au Georges tant pleuré, le
premier mari.
La fillette était créée à l'image de son père, Henri Paulet.
Bien qu'aimant les deux à la fois, la mère adorait le garçon, le père
idolâtrait la fille.
Les nouveaux époux vivaient presque toute l'année à Bordeaux, où ils
s'étaient définitivement établis, mais pour complaire à Guillaume
Desmarennes, dont la santé s'était peu à peu raffermie, tous les ans,
dès la belle saison, vers la Saint-Jean d'été, à la récolte des foins,
ils venaient passer un mois à Saint-Christophe.
Le beau-père aimait à revoir le cher pays de sa jeunesse et de son âge
mûr, où, grâce à l'opulence de son gendre, tout avait repris un air de
bien-être et de prospérité.
Le docteur Laborde continuait à soigner sa clientèle, dans sa bonne
petite ville et aux environs.
Quant à Me Guérineau, qui n'aimait pas à vivre en désoeuvré, il avait
rapidement augmenté sa réputation d'avocat et sa fortune, tout en
restant garçon.
Un soir il avait travaillé plus tard que d'habitude, en compulsant ses
divers Codes, tout en ruminant, dans son for intérieur, le pour et le
contre d'une affaire litigieuse, embrouillée comme un écheveau de laine
où une chatte aurait passé.
Désireux de n'omettre aucun document de nature à l'éclairer sur le _quid
juris_ d'une question aussi grave, il avait pris sa grande échelle pour
atteindre une _Revue encyclopédique des eaux et forêts_, juchée tout en
haut de sa bibliothèque.
Il avait mis la main sur le dernier volume, en soufflant la poussière
et secouant la reliure, quand d'un feuillet tomba, face contre terre, un
petit portrait-carte, oublié là sans doute depuis longtemps.
Curieux de voir qui ce pouvait être, il redescendit vite et le retourna.
C'était son ami Georges Paulet, en costume de marin, qui lui souriait
comme autrefois dans sa jeunesse et dans son bonheur.
--Ce pauvre Georges! pensa-t-il; assurément je ne l'avais pas oublié;
mais comme le temps passe!... Six ans déjà!...
Après l'avoir quelques instants contemplée, il remit avec un soin
religieux, dans un coin de son tiroir, l'image un peu effacée de son
vieux camarade; puis, après avoir lu son article des «Eaux et Forêts»,
il monta tout songeur dans sa chambre à coucher.
Il avait déjà le cerveau noyé dans les brumes du premier sommeil, où
s'entremêlaient vaguement des souvenirs du Code et de son ancienne
amitié, quand trois coups frappés à la porte de sa maison le
réveillèrent brusquement.
--Qui diantre peut venir à cette heure? On se trompe, je ne suis pas
notaire, ni médecin.. On me prend pour Laborde ou Verdier.... Quand il
s'agit des testaments ou des morts, on pourrait bien me laisser
tranquille... surtout moi qui plaide demain!
Comme on frappait de nouveau:
--Catherine, cria-t-il à sa vieille servante... si tu n'es pas couchée,
va donc voir qui ce peut être.
Catherine passa vite sa jupe, descendit en hâte et remonta presque
aussitôt:
--Il n'a pas dit son nom, mais il me suit dans l'escalier.--C'est un
vieil ami à vous, revenu d'un long voyage, et qui veut absolument vous
revoir.
Me Guérineau ralluma sa bougie, se frotta les yeux, mais avant d'avoir
pu reconnaître à qui il avait affaire, il fut enveloppé par deux bras
convulsifs et étreint comme un frère par quelqu'un qui pleurait à
chaudes larmes et n'avait pas la force de parler....
--Georges, dit-il enfin.... Tu ne me reconnais pas?
--Justement, je pensais à toi, ce soir même, répondit-il, mais je suis
encore si mal éveillé, mon ami, et si brusquement surpris, que je doute
encore si je dors ou si je rêve.
Et, mêlant le geste aux paroles, Me Guérineau se rhabilla vite, se jeta
de l'eau froide au visage et vint se rasseoir avec Georges, près de la
grande cheminée, en lui prenant les deux mains, tout en songeant aux
vieilles légendes où l'on voit des morts qui reviennent.
La première question de l'avocat fut:
--Tu reviens de Saint-Christophe?
--Non.... C'est toi d'abord que j'ai voulu, voir.
--Alors, tu ne sais rien?
--Rien absolument.... Ma femme?
--Ah! mon pauvre ami!
--Morte?
--Non, grâce à Dieu.... Mais, depuis ton départ, que d'événements
auxquels on ne s'attendait pas!...
--Tu crains de parler.... Ne me cache rien, je t'en supplie!
apprends-moi tout, j'aurai la force de tout entendre.
--En vérité, je ne sais comment te dire.... C'est qu'il te faudra de la
fermeté d'âme.
--Mais parle donc.
--Eh bien! ton beau-père, comme tant d'autres, ruiné de fond en comble,
a failli perdre la raison... et, pour lui sauver l'honneur, ta femme...
s'est remariée.
Georges gardait le silence, accablé de cette révélation.
Guérineau ajouta:
--Remariée à quelqu'un de très riche, qui lui donnait sa fortune et son
nom.
Et comme il hésitait:
--Mais nomme-le donc! reprit Georges.
--Quelqu'un de ta famille....
--Qui?
--Ton jeune frère, qui déjà lui avait sauvé la vie en exposant la
sienne.
Georges ne s'attendait pas à un coup si rude.... Après de muets et longs
serrements de main, l'avocat essaya de lui expliquer, avec des
précautions infinies, comment les choses s'étaient passées en son
absence.... Il lui fit comprendre que tous l'avaient cru mort... que
Baptiste l'avait affirmé... que l'extrait mortuaire avait été expédié
en bonne et due forme... que tous l'avaient sincèrement pleuré... que,
si elle n'avait agi que d'après les conseils de son coeur, Thérèse
serait restée veuve... éternellement veuve... mais que, si femme
propose, souvent les événements disposent.
Il lui raconta en détail les désastres financiers de Guillaume
Desmarennes... la crainte d'un suicide dans sa ruine et le dérangement
momentané de sa raison... que c'était simplement pour le sauver que sa
fille s'était courageusement sacrifiée... mais qu'elle était réellement
restée veuve de coeur... que ses deux enfants la rattachaient à la
vie... qu'il y en avait un surtout, le garçon, qui ressemblait à Georges,
et qu'elle aimait jusqu'à l'idolâtrie... que, du reste, ils ne vivaient
plus à Saint-Christophe, mais à Bordeaux les trois quarts de l'année,
loin des chers souvenirs qui parlaient encore trop cruellement au coeur
de Thérèse.
Quand Georges eut longtemps pleuré, en essayant d'étouffer ses
sanglots, pour faire diversion à sa grande douleur, l'avocat changea de
ton brusquement, comme un maître du barreau chez qui l'éloquence du
coeur n'est pas morte. A son tour, il pressa de questions son ancien
camarade:
--Mais toi, mon ami, d'où viens-tu? Explique-moi ta résurrection....
Comment se fait-il que tu n'aies pas écrit, nous laissant six longues
années sans nouvelles de toi? Pas un mot, pas une simple dépêche pour
éclaircir ceux qui t'aiment.... C'est invraisemblable, et si je ne
t'avais pas en ce moment bien serré dans mes deux bras, je douterais
encore....
--L'histoire n'est que trop vraie et n'est pas longue à raconter.... Tu
sais qu'à l'affaire du Bourget trois cents des nôtres sont restés....
J'étais tombé, n'espérant plus me relever....
--Nous l'avions cru, du moins....
--Quand l'ennemi, continua Georges, vint reconnaître les siens, enterrer
ses morts et recueillir ses blessés, un major saxon, plus humain que les
autres, constata que je respirais encore.... Il sonda mes plaies, put
extraire la balle, et je fus emmené dans un convoi de prisonniers dirigé
par voies rapides sur la frontière; je faillis rester en route de
fatigue et d'épuisement; je faillis même être fusillé d'abord par
quelques acharnés qui me disaient franc-tireur. Je ne savais pas un mot
d'allemand... je fus sauvé par un lambeau de mon uniforme, déjà tout en
pièces, mais où restaient encore, fort heureusement, quelques boutons
aux ancres marines. Mais quelles rudes étapes, mon ami! tantôt à pied
dans la neige, tantôt à ciel ouvert dans les wagons à bétail. En
Allemagne, les prisons, les forteresses étaient encombrées. Nous fûmes
traînés de Magdebourg à Stettin et de Stettin à Dantzick.
--Mais qui t'empêchait d'écrire?
--C'est qu'à peine la frontière passée, malgré tout mon sang-froid, que
tu connais bien, je ne pus me défendre d'un premier mouvement.... Pour
nous faire marcher plus vite, un officier prussien m'avait touché d'un
revers de sabre... et je l'avais frappé.
--Eh bien?
--Eh bien! au lieu d'être passé par les armes, je fus condamné à dix ans
de forteresse... et au secret le plus absolu.... Ce qui t'explique mon
silence.
--Mais alors, comment as-tu fait pour t'échapper?
--Par la providence du hasard.... Le gardien de la citadelle était un
ancien troupier que je croyais ne pas connaître; mais lui m'avait
reconnu et n'était pas un ingrat.
--J'ai peine à comprendre.
--Il avait servi en Afrique, au régiment étranger, et c'est à ma prière
qu'un jour son capitaine avait levé une punition beaucoup trop sévère,
injuste même, que lui avait infligée le sergent.... Il n'en fallait pas
davantage... le vieux troupier s'en est ressouvenu, et un soir j'ai pu
trouver ouvertes les portes de ma citadelle.... Sous un faux nom, à bord
d'un navire à blé faisant la traversée de Dantzick à la Rochelle, je
suis parti... et en mettant le pied sur la terre de France, ne sachant
rien encore et n'osant pas écrire... assailli d'ailleurs par de noirs
pressentiments après une si longue absence, je suis venu directement
chez toi... voilà tout.... Et maintenant je pars pour Bordeaux.
--Pour Bordeaux, mon ami... à cette heure de nuit?... D'abord c'est
impossible... et tu n'y trouverais sans doute personne en ce moment....
Partir pour Bordeaux, c'est bientôt dit.... Mais qu'y feras-tu?
Ton frère a sauvé Desmarennes de la ruine... il l'a retiré de l'abîme
quand il en touchait le fond... tu te présentes... je le veux bien...
ta seule identité constatée met à néant le second mariage... soit...
mais elle n'en détruit pas les effets.... La loi protège l'union
contractée de bonne foi... (l'article du Code est formel).
Les deux enfants de ton frère sont à lui, bien à lui, devant hériter de
sa fortune et de son nom... il a droit de les garder.... Toi, tu
reprends la femme; mais si on lui arrache ses enfants, que
deviendra-t-elle?
Georges se taisait, dans une anxiété profonde.
--Si tu veux m'en croire, mon ami, reprit l'avocat, attends un jour ou
deux.... Partir pour Bordeaux, ce soir, ne t'avance à rien.... Je
réfléchis d'ailleurs que tu pourrais croiser la famille en route... car
nous sommes au 20 juin... et c'est à cette époque que tous reviennent à
Saint-Christophe.... Laisse-moi faire... la nuit porte conseil....
Demain, nous trouverons quelque chose... je m'entendrai avec Baptiste,
ton ancien matelot....
--Ah! Baptiste! ce brave Baptiste!... Il est donc toujours là?...
--Oui, et logé dans le pavillon du parc. Mais j'y songe... n'êtes vous
pas de même taille?...
--A peu près.... Pourquoi donc?
--Cela nous servira peut-être. En attendant, repose-toi, mon ami; tu
dois être bien las. Tu vois, c'est toujours ma chambre à deux lits
d'autrefois. Depuis que tu as couché là (voilà six ans passés), personne
n'y est venu. Tu seras chez toi; je suis sûr de Catherine pour la
discrétion. Sois donc parfaitement tranquille, ta présence ici restera
ignorée de tous.
Et, comme autrefois, les deux amis couchèrent l'un près de l'autre, mais
agités bien diversement. L'avocat ne tarda pas à s'endormir en se disant
qu'il est des situations bien étranges dans la vie!
Quant à Georges, malgré les grandes fatigues du voyage et son
accablement moral, il ne fut vaincu par un lourd et douloureux sommeil
que très avant dans la nuit.
Le lendemain, au grand jour, il n'était pas encore éveillé que
Guérineau, déjà revenu de Saint-Christophe, ramenait Baptiste, qui
montait pieds nus l'escalier pour ne pas faire de bruit.
--Tiens, le voilà qui dort, lui dit-il à voix basse. C'est bien lui....
Tu l'as vu.... Ne le réveillons pas.
Et quand ils furent redescendus, il donna à Baptiste, qui comprenait à
demi-mot, toutes les instructions détaillées pour l'exécution du plan
qu'il avait conçu.
--Georges et toi, reprit-il, vous êtes de même taille, ou peu s'en
faut.... Tu m'apporteras un de tes costumes de matelot pour lui, et dès
qu'il fera nuit, il t'accompagnera travesti pour n'éveiller les soupçons
de personne. S'il y avait sur la route des curieux ou des indiscrets, tu
dirais....
--Je dirais que c'est Étienne, un ancien gabier d'artimon à bord de l'
_Hirondelle_, qui m'est venu voir en passant.
--Très bien! Tu comprends, il faut qu'on ne se doute de rien. Georges
passera la nuit avec toi dans le pavillon et demain, dans la matinée, la
famille.... Elle est revenue, m'as-tu dit?
--Oui, d'avant-hier, excepté M. Henri Paulet, retenu encore à Bordeaux
deux ou trois jours pour ses affaires.
--C'est pour le mieux, reprit Guérineau. Demain, dans la matinée, la
famille fera sans doute, comme d'habitude, une promenade sur la pelouse
du parc.
--C'est probable.
--Alors, sans être vu, Georges pourra la voir.... Tout est bien compris,
n'est-ce pas?
--Parfaitement.
Le rôle de l'avocat n'était pas sans difficultés.... Il sut pourtant
mener à bonne fin l'exécution de son projet et dit à Baptiste en le
congédiant:
--C'est entendu, pour ce soir, à la nuit tombante; tu viendras prendre
ici ton commandant.
Quand Georges se réveilla, encore accablé de fatigue et de son lourd
sommeil, Me Guérineau lui expliqua que la famille était revenue depuis
deux jours à Saint-Christophe... que s'il tenait à la voir sans être
vu, il n'avait qu'à prendre le costume apporté par Baptiste, sans danger
d'être reconnu, et à coucher le soir même dans le pavillon du parc...
que Baptiste était dans la confidence et qu'une discrétion absolue lui
était assurée.
Dans ces grandes crises qui sont à la fois comme un naufrage du coeur et
du cerveau, Georges se laissa faire comme un enfant dont la raison a
besoin d'être guidée. Il partit le soir en compagnie de Baptiste et
arriva à Saint-Christophe à nuit close.
Quand il passa comme autrefois sur le pont de la rivière, la fraîcheur
de l'eau et le bruit du moulin lui causèrent une impression
singulière... et l'odeur des prés en pleine floraison, qui se mêlait au
parfum des troènes et des chèvrefeuilles, le grisa de ses effluves
capiteux. Quand il aperçut dans l'ombre sa maison, près de laquelle il
passait comme un étranger, ce fut une terrible épreuve... il s'arrêta
un instant et s'appuya la main au coeur, comme pour en comprimer les
battement....
--Allons, commandant, dit Baptiste à voix basse, du courage!
Il en fallait. Ils entrèrent dans le grand parc sans en faire crier les
grilles et passèrent la nuit dans le pavillon.
Le lendemain, dans la matinée, entre neuf et dix heures, Baptiste lui
fit signe de monter vite à la haute fenêtre du pavillon, d'où il pouvait
tout voir sans être aperçu, à travers les minces lamelles d'une petite
persienne fermée depuis très longtemps, et lui indiqua du doigt la
pelouse verte, pleinement éclairée du soleil.
Il n'y avait encore personne, mais quelques instants après, Georges vit
Desmarennes s'acheminer vers un des bancs de la pelouse.
Ses cheveux étaient tout blancs, mais encadraient encore de leurs belles
touffes drues sa bonne et grosse figure épanouie, d'un rouge plus foncé.
Il tenait à la main une fille en robe blanche et à grande ceinture
bleue, sémillante et vive comme une bergeronnette, qui se trémoussait en
le suivant de ses petits pieds.
Desmarennes vint s'asseoir avec elle sur un des premiers bancs et lui
passa les doigts dans les boucles de sa fine chevelure; puis, enlevant
par la taille la petite coquette si richement habillée, il la fit
retomber sur un de ses genoux, paraissant tout joyeux d'être inondé par
le flot de dentelles, de gazes et de rubans qu'elle étalait à grand luxe
autour d'elle.
Puis une femme apparut.... Thérèse.... C'était bien elle.... Elle
marchait lente et grave, mais ne perdant pas des yeux un fort garçon de
quatre ou cinq ans, qui venait d'entrer dans le parc en courant.
Il suivait un grand lévrier fauve qui gambadait autour de lui, parfois
lui échappant d'un bond rapide, d'autres fois se laissant prendre et lui
léchant les mains, puis filant droit comme un chevreuil.
Tantôt Thérèse se baissait pour prendre la tête de son fils et
l'embrassait éperdument.
Tantôt elle l'arrêtait court, lui essuyait le front, et lui glissait
inquiète une main entre les deux épaules, pour être assurée qu'il
n'avait pas trop chaud, avec toute la sollicitude d'un geste maternel.
C'était bien elle... telle que Georges se la figurait voir... six
années plus tard... les joues encore pâles, mais le cou plus fort, des
formes plus accusées, plus réellement femme qu'autrefois dans sa robe
grise d'été.... Mais son regard était grave, et, malgré ses joies
sérieuses de mère, on eût dit que ses lèvres étaient déshabituées de
sourire.
Il y eut pour Georges un instant terrible.... Arrivée au bout de la
pelouse, elle fit lentement des yeux le tour de l'horizon, et quand son
regard fut en face du pavillon, elle leva la tête et fixa la haute
fenêtre où il se trouvait.... Illusion poignante, bien qu'elle ne pût
rien voir.... Une pensée d'autrefois, sans doute, lui était venue en ce
moment, rapide comme l'éclair d'un souvenir.... Ce fut l'affaire d'un
instant... puis elle baissa la tête, et, toute rêveuse, elle continua
sa marche en reprenant la main de son fils qui s'était rapproché d'elle
et semblait inquiet de son rêve.
Tout le passé de Georges lui revint en mémoire comme un afflux de
souvenirs débordants.... Tout ce qu'il peut y avoir de tempête dans un
coeur gronda sourdement dans le sien, puis s'apaisa par degrés quand
disparut cette femme recueillie, belle comme une sainte devenue mère, et
qui ne souriait plus.
Georges comprit toute l'étendue de ses graves devoirs et s'inclina
devant l'austérité du grand rôle maternel.
--Chère et noble femme! murmura-t-il dans ses larmes... le coeur
débordant d'un immense pardon.
La pensée ne lui vint pas de lui arracher ses enfants, ni de la prendre
à son frère.
Il partit le soir même pour une destination inconnue.
Le secret fut rigoureusement gardé. Thérèse ne sut jamais qu'il était
revenu.
[Illustration]