Il m’est doux, mon cher Paul, d’écrire ton nom en tête de ce livre qui,
sans doute, ne sera pas suivi de beaucoup d’autres. Car, sans être vieux
encore, je suis averti par trop de signes que ma vie ne sera plus très
longue.
Nous nous sommes connus jeunes. Dans le _Roman du malade_ dont ces
_Paroles d’un solitaire_ ne sont que la suite naturelle, il y a un
personnage simplement nommé Paul et qui est toi. Vingt ans ont passé sur
les événements de ce livre, et, durant ces vingt ans, toute la longueur
de la France nous a séparés, sans que l’absence et le temps aient pu
affaiblir notre amitié d’élection. Aussi, l’offrant en exemple aux
esprits chagrins qui se plaignent de tout et d’eux-mêmes, je voudrais
leur dire: «Si misérable que soit notre condition, la vie contient à
notre usage quelques douces choses qu’il ne faut pas méconnaître ou
négliger. L’amitié est une de ces douces choses-là.