Chapitre CLXXXII — Chez la reine mère

La reine mère était dans sa chambre à coucher au Palais-Royal avec Mme

de Motteville et la _senora_ Molina. Le roi, attendu jusqu’au soir,

n’avait pas paru; la reine, tout impatiente, avait envoyé chercher

souvent de ses nouvelles.

Le temps semblait être à l’orage. Les courtisans et les dames

s’évitaient dans les antichambres et les corridors pour ne point se

parler de sujets compromettants.

Monsieur avait joint le roi dès le matin pour une partie de chasse.

Madame demeurait chez elle, boudant tout le monde.

Quant à la reine mère, après avoir fait ses prières en latin, elle

causait ménage avec ses deux amies en pur castillan.

Mme de Motteville, qui comprenait admirablement cette langue, répondait

en français.

Lorsque les trois dames eurent épuisé toutes les formules de la

dissimulation et de la politesse pour en arriver à dire que la conduite

du roi faisait mourir de chagrin la reine, la reine mère et toute

sa parenté, lorsqu’on eut, en termes choisis, fulminé toutes les

imprécations contre Mlle de La Vallière, la reine mère termina les

récriminations par ces mots pleins de sa pensée et de son caractère:

— _Estos hijos!_ dit-elle à Molina.

Le vicomte de Bragelonne, Tome III. · 第 49 / 64 题