Le soir, à huit heures, tout le monde était rassemblé chez la reine
mère.
Anne d’Autriche, en grand habit de cérémonie, belle des restes de sa
beauté et de toutes les ressources que la coquetterie peut mettre en
des mains habiles, dissimulait, ou plutôt essayait de dissimuler à
cette foule de jeunes courtisans qui l’entouraient et qui l’admiraient
encore, grâce aux combinaisons que nous avons indiquées dans le
chapitre précédent, les ravages déjà visibles de cette souffrance à
laquelle elle devait succomber quelques années plus tard.
Madame, presque aussi coquette qu’Anne d’Autriche, et la reine, simple
et naturelle, comme toujours, étaient assises à ses côtés et se
disputaient ses bonnes grâces.
Les dames d’honneur, réunies en corps d’armée pour résister avec plus
de force, et, par conséquent, avec plus de succès aux malicieux propos
que les jeunes gens tenaient sur elles, se prêtaient, comme fait un
bataillon carré, le secours mutuel d’une bonne garde et d’une bonne
riposte.
Montalais, savante dans cette guerre de tirailleur, protégeait toute la
ligne par le feu roulant qu’elle dirigeait sur l’ennemi.
De Saint-Aignan, au désespoir de la rigueur, insolente à force d’être
obstinée, de Mlle de Tonnay-Charente, essayait de lui tourner le dos;
mais, vaincu par l’éclat irrésistible des deux grands yeux de la belle,
il revenait à chaque instant consacrer sa défaite par de nouvelles
soumissions, auxquelles Mlle de Tonnay-Charente ne manquait pas de
riposter par de nouvelles impertinences.
De Saint-Aignan ne savait à quel saint se vouer.
La Vallière avait non pas une cour, mais des commencements de
courtisans.
De Saint-Aignan, espérant par cette manœuvre attirer les yeux
d’Athénaïs de son côté, était venu saluer la jeune fille avec un
respect qui, à quelques esprits retardataires avait fait croire à la
volonté de balancer Athénaïs par Louise.
Mais ceux-là, c’étaient ceux qui n’avaient ni vu ni entendu raconter la
scène de la pluie. Seulement, comme la majorité était déjà informée, et
bien informée, sa faveur déclarée avait attiré à elle les plus habiles
comme les plus sots de la Cour.
Les premiers, parce qu’ils disaient, les uns, comme Montaigne: «Que
sais je?»