CHAPITRE XLIII.

À la recherche d'une autre caisse de biscuit.

Je réfléchis pendant quelques heures au déplorable état de mes affaires,

sans qu'il se présentât une idée consolante. Je tombai dans le désespoir

où m'avait plongé au début la perspective d'une mort certaine; je

calculai, sans pouvoir en détourner ma pensée, qu'il me restait tout au

plus de quoi vivre pendant dix ou douze jours, et cela, en usant de mes

débris avec une extrême avarice. J'avais déjà souffert de la faim; j'en

connaissais les tortures; et l'avenir m'effrayait d'autant plus que je

ne voyais pas comment y échapper.

L'ébranlement que produisaient chez moi ces tristes réflexions

paralysait mon esprit; je me sentais pusillanime; toutes mes idées me

fuyaient, et quand je parvenais à les réunir, c'était pour les

concentrer sur l'horrible sort, qui m'attendait, et qu'elles étaient

impuissantes à conjurer.

À la fin cependant, la réaction s'opéra; et je fis ce raisonnement bien

simple: «J'ai déjà trouvé une caisse de biscuit, on peut en découvrir

une seconde. S'il n'y en a pas à côté de la première, il est possible

qu'il y en ait dans le voisinage.» Comme je l'ai dit plus haut, c'est

d'après leur dimension, et non suivant les articles qu'ils renferment,

que les colis sont rangés dans un navire. J'en avais la preuve dans la

diversité des objets qui entouraient ma cellule; n'y avais-je pas

rencontré côte à côte, du drap, de l'eau, de biscuit et de la liqueur?

Pourquoi n'y aurait-il pas une autre caisse de biscuit derrière celle où

j'avais pris l'étoffe? Ce n'était pas impossible; et dans ma position,

la moindre chance de succès devait être accueillie avec empressement.

Aussitôt que j'eus cette pensée je retrouvai mon énergie, et ne songeai

plus qu'au moyen de découvrir ce que je cherchais.

Mon plan de campagne fut bientôt établi. Quant à la manière d'y

procéder, je n'avais pas à choisir; pour instrument je ne possédais que

mon couteau, et je n'avais d'autre parti à prendre que de m'ouvrir un

passage à travers les caisses et les balles qui me séparaient du

biscuit. Plus j'y réfléchissais, plus cette entreprise me semblait

praticable; il est bien différent d'envisager un fait au milieu des

circonstances ordinaires, ou sous l'empire d'un danger qui vous menace

de mort, quand surtout le fait en question est le seul moyen de vous

sauver. Les essais les plus téméraires paraissent alors tout naturels.

C'est de ce point de vue que j'examinais l'opération que j'allais tenter

et les efforts qu'elle exigerait. La peine, la fatigue disparaissent

d'un côté devant la perspective de mourir de faim, et de l'autre en face

de l'espoir de trouver des vivres.

«Si j'allais réussir!» me disais-je; et mon coeur bondissait. Dans tous

les cas, mieux valait employer mon temps à cette recherche libératrice,

que de me livrer au désespoir. Si mes efforts n'étaient pas récompensés,

la lutte m'épargnerait toujours les terreurs de l'agonie; du moins elle

en raccourcirait la durée, en me distrayant d'une part, et en me

laissant espérer jusqu'au dernier moment.

J'étais à genoux, mon couteau à la main, bien résolu à m'en servir avec

courage. Lame précieuse! combien j'en estimais la valeur? Je ne l'aurais

pas échangée pour tous les lingots du Pérou.

J'étais donc agenouillé; j'aurais voulu être debout que les proportions

de ma case ne me l'auraient pas permis; vous vous rappelez que le

plafond en était trop bas.

Est-ce l'attitude que j'avais alors qui m'en suggéra l'idée, je ne

saurais pas vous le dire, mais je me rappelle qu'avant de me mettre à la

besogne, j'élevai mon coeur vers Dieu, et que je lui adressai une prière

fervente; je le suppliai d'être mon guide, de soutenir mes forces, et de

me permettre le succès.

Je n'ai pas besoin d'ajouter que ma supplique fut exaucée. Comment vous

raconterais-je cette épreuve si je n'y avais pas survécu?

Mon intention était de voir d'abord ce qu'il y avait derrière la caisse

où était l'étoffe de laine. Celle qui avait contenu les biscuits étant

vide, il m'était facile de pénétrer jusque-là; on se rappelle que c'est

en passant par celle-ci que j'étais arrivé aux pièces de drap qui me

rendaient tant de services. Pour franchir la seconde caisse, il fallait

tout bonnement en enlever quelques rouleaux d'étoffe, puisqu'elle était

ouverte. Je n'avais pas besoin de mon couteau pour cette opération, je

le mis de côté, afin d'avoir les mains libres; je fourrai ma tête dans

l'ancienne caisse à biscuit, et ne tardai pas à m'y trouver tout entier.

L'instant d'après je tirais à moi les rouleaux de drap, et je

m'efforçais de les arracher de la boîte.

A fond de cale · 第 54 / 79 题