II

Vous me direz: Le gouvernement et la maçonnerie s'en moquent, car ils

ont la force; ils sont décidés à s'en servir, et ils le montrent

assez.

Je n'hésite pas à répondre:--Ils ont raison. Si la majorité est

opprimée, elle n'a que ce qu'elle mérite; et tant pis pour elle.

Elle n'avait qu'à se défendre depuis quinze ans. Elle n'avait

qu'à faire connaître ce qu'elle veut et ce qu'elle ne veut pas. Et

aujourd'hui, c'est bien simple, elle n'a qu'à se révolter.

Entendons-nous bien. Nous n'appelons pas un coup d'Etat, militaire

ou autre, pas même une révolution pacifique qui s'accomplirait

par l'accord spontané et soudain du peuple et de l'armée et qui ne

serait, nous dit-on, qu'une manifestation un peu irrégulière de la

volonté nationale et, au bout du compte, du suffrage universel. Nous

écartons cette chimère hasardeuse. Nous ne sommes pas royalistes;

nous ne sommes pas bonapartistes; nous ne sommes même pas césariens.

Nous voulons nous délivrer de nos tyrans par des moyens légaux. Nous

voulons triompher par une opposition strictement constitutionnelle.

Nous avons trois ans devant nous. Notre tâche (elle est énorme, mais

commençons toujours), c'est d'organiser le suffrage universel et de

le moraliser; de faire que, dans toute la France, ceux qui pensent

comme nous se rapprochent, s'imposent une discipline et agissent

ensemble.

Hélas! nous en sommes loin! L'inertie des braves gens est

désespérante. Nous nous indignons de ce qui se passe; nous crions à

l'oppression; et puis, parce que nous avons trouvé dans notre journal

l'expression véhémente de nos propres colères, nous les jugeons

satisfaites par là-même et nous retournons à nos occupations ou

à nos plaisirs. Le gouvernement peut faire ce qu'il veut; il peut

proscrire et persécuter, frapper les meilleurs serviteurs du pays,

ressusciter les lettres de cachet, désorganiser l'armée, dilapider

les deniers publics, consommer l'abaissement de la France à

l'extérieur; nous crierons un peu, mais c'est tout ce qui en sera.

C'est que nous ne souffrons pas encore assez; j'entends que nous ne

souffrons pas dans notre personne ni, directement, dans nos biens

matériels. Notre vie, après tout, reste supportable. Puis, nous

avons notre pain à gagner, nos intérêts, nos affections, nos

divertissements.

Lettre de cachet, Haute-Cour et polémique des journaux à part, les

moeurs sont assez douces; et nous voyons se préparer, et nous boucher

l'horizon, la grande kermesse où l'Europe se précipitera comme au

mauvais lieu, et sur laquelle comptent nos gouvernants pour verser

de l'oubli par-dessus notre inertie. Nous ne comprenons pas que, si

chacun de nous souffre peu, tous nous sommes menacés; que c'est

autre chose, pour la santé morale des individus et pour leur joie

intérieure, de faire partie d'une communauté bien ordonnée et

robuste, ou d'une collectivité énervée et avilie; que ce qui

atteint la nation atteint chaque citoyen; que, selon la parole d'un

ancien, ce qui importe à la ruche importe à l'abeille, et que nous

risquons de nous réveiller un jour dans une France définitivement

exténuée et perdue à jamais.

Nous devons donc consentir à l'effort, même à quelque

sacrifice.--La «Ligue de la Patrie française» s'est mise en règle,

on vous dira comment, avec une loi injuste. A présent, il

faut marcher. Il faut se contraindre à la méthode et à la

persévérance. Il faut que tous ceux qui pensent de même prennent

la peine de le dire et d'en tirer des conséquences. Il faut que, dans

chaque quartier de Paris et des grandes villes, dans chaque petite

ville et enfin dans chaque village, des groupes se forment, qui se

mettent bien d'accord sur quelques idées vitales; que ces groupes se

réunissent périodiquement pour traiter, sous forme de conférences

ou d'entretiens, des questions d'intérêt public; que leurs membres

s'obligent à l'assiduité; qu'ils contribuent, non seulement par

leurs discours et leurs bons désirs, mais par des actes--et par de

l'argent--à la propagation de leurs idées; que pas une élection ne

se fasse,--sénatoriale dans trois mois, municipale dans six mois et

législative dans trois ans--où ils ne présentent, à tout hasard,

leurs candidats; et que ces candidats soient d'honnêtes et de braves

gens qui introduisent enfin dans la politique ce qu'on n'y a guère vu

jusqu'ici: de la sincérité, de la générosité, et, si j'ose dire,

de la bonhomie.

Voilà, je le sais, un plan de conduite plus facile à tracer qu'à

suivre. Notre mal, c'est que nous sommes trop nombreux. L'union nous

devient par là extrêmement difficile. Elle est plus facile aux

minorités. Les catholiques sont forts en Angleterre, en Allemagne,

aux Etats-Unis.--La minorité politique qui nous gouverne est

puissante parce qu'elle est elle-même composée, du moins dans son

état-major, de trois minorités très unies: juifs, protestants,--et

francs-maçons, chez qui protestants et juifs se rencontrent et se

fondent.

Ne récriminons pas. Tâchons de comprendre. Tout se paye. La justice

«immanente», celle qui réside, pourvu qu'on y regarde un assez long

temps, dans le développement naturel des faits historiques, n'est

point un vain mot. Je ne pense pas que deux des minorités que je

viens de nommer aient, jadis, mieux connu la tolérance et la charité

intellectuelle que la majorité catholique. Mais il est certain

qu'elles ont eu à se plaindre de celle-ci, et qu'à ces deux

minorités la malveillance de nos aïeux a imposé la nécessité et

donné l'habitude du resserrement, de l'entente, de la résistance et

de l'action en commun. Et c'est pourquoi, du jour où elles ont cessé

d'être persécutées, elles ont envahi l'Etat, en vertu de cette

énergie patiente, de cet esprit de solidarité et de discipline

qu'elles devaient à la persécution elle-même. On peut dire que,

avec plus ou moins de préméditation, peut-être même à leur insu,

elles se vengent, aujourd'hui encore, de la rouelle jaune et de la

révocation de l'Edit de Nantes. La proscription les avait ramassées

sur elles-mêmes; l'involontaire souvenir de la proscription les

maintient et les arme contre nous. Ainsi, la France est déchirée,

dans son présent, par son passé; et nous expions les fautes de nos

pères.

Donc, en luttant contre nos oppresseurs, essayons de ne pas haïr

leurs personnes; haïssons seulement leur tyrannie, tout prêts à

les aimer quand nous n'en pâtirons plus. Et prenons confiance: car,

puisque nous voilà opprimés à notre tour, nous, la majorité,

peut-être la nécessité de la défense nous apportera-t-elle, encore

que nous soyons trop nombreux et embarrassés de notre nombre, les

vertus propres aux minorités.

* * * * *

Je vous propose de nous unir, pour commencer, sur trois idées très

simples, très élémentaires, que je vais vous dire:

1. L'amour de la patrie et le respect de l'armée (cette armée si

sûre, si maîtresse d'elle même, si prodigieusement patiente).

C'est une des bizarreries et un des désordres de ce temps, qu'il soit

besoin de recommander et de défendre ces deux sentiments si naturels

et si nécessaires.

Il ne suffit plus d'aimer la patrie instinctivement: il faut l'aimer

avec une tendresse réfléchie, avec application, avec vigilance:

trop de demi-étrangers et de cosmopolites pèsent sur nos affaires

intérieures; trop de gens, même de chez nous, ivres de vaniteuses

idéologies, parlent de la patrie avec détachement; et cela, à un

moment où le patriotisme des autres nations est plus exalté, plus

jaloux et plus conquérant que jamais.--Non que nous méconnaissions

la beauté du rêve très français de fraternité universelle. Si

nous renaissons dans quelques siècles, nous nous ferons sans doute

un plaisir d'aimer également tous les peuples. Mais nous n'avons pas

choisi, dans le développement de l'histoire européenne, le moment

où nous sommes nés; et il y a des devoirs convenables à chaque

étape de ce développement. Ce devoir, c'est aujourd'hui d'aimer la

France, simplement autant que les Allemands aiment l'Allemagne et les

Anglais l'Angleterre. Je ne demande rien de plus.

Corollairement, il faut aimer l'armée, qui n'est que la nation

ramassée et debout pour assurer sa propre durée. Même les

philosophes qui sont dès à présent les amis de nos ennemis, de

l'Europe entière et de tout le genre humain, ne sauraient nourrir

de mauvais sentiments à l'endroit de l'armée nationale: car, je

le répète, leurs idées les plus généreuses sont des idées

françaises, et la France ne peut les répandre, les soutenir,

les faire triompher au dehors que si elle est forte chez soi. En

réalité, depuis trente ans que la France est diminuée, il y a eu

plus d'injustice dans l'Europe et dans le monde. Tous les faibles

et tous les opprimés ont été atteints par notre désastre. Quelle

pitié de n'avoir rien pu pour l'Arménie! Et maintenant, accablés

que nous sommes encore par cette honte de Fachoda qu'on pouvait nous

épargner, quelle pitié de ne rien pouvoir pour ces héroïques

Boërs qui nous donnent une si belle leçon de choses! Et quelle

tristesse ce serait, à l'ouverture de la succession d'Autriche, de

ne pas être assez forts pour empêcher telle iniquité que l'on

prévoit, et qui nous rabattrait décidément au rang de puissance

négligeable, de nation finie!

Amis de l'armée, nous ne prétendons point qu'elle soit parfaite

comme elle est. Elle-même saurait indiquer, au besoin, comment elle

peut être améliorée. Mais, en ce moment, par un phénomène inouï,

l'armée n'est pas du même côté que le gouvernement: muette comme

toujours, elle est au fond de son coeur, elle aussi, avec tout le

pays, «dans l'opposition», et elle ne peut pas n'y pas être.

Or, elle ne peut être réformée avec fruit que par des mains qui

l'aiment. Attendons.

* * * * *

Second point du programme:--Nous voulons une république qui

mérite ce nom et qui ne soit pas contradictoire à son principe. La

république est le gouvernement de tous dans l'intérêt de tous. Les

exceptions, les proscriptions, les actes arbitraires et tyranniques,

odieux dans une monarchie, sont des crimes sans nom dans une

république. C'est nous, les opposants, qui sommes les républicains

et les démocrates: nos gouvernants et leurs complices ne sont,

présentement, qu'une oligarchie factieuse.

Nous voulons la république de tout le monde, et non plus la

république des francs-maçons. Plus de lois persécutrices, de ces

lois qui restreignent les droits de telle ou telle catégorie de

citoyens, et qui violent le principe sacré de l'égalité de tous

devant la loi. Nous demandons le maintien, à nos risques et périls,

de la liberté de la presse. Tout en respectant le privilège

centenaire de l'Université, nous demandons le maintien de ce qui nous

reste de la liberté d'enseignement, de cette liberté qu'on menace

obliquement et avec la plus ignoble hypocrisie. Et nous demandons la

liberté d'association, qui est de droit naturel. Ce droit, à vrai

dire, devrait être sous-entendu, et, sans même être inscrit dans

nos codes, s'exercer sous le régime du droit commun.

Ce droit d'association, toutes les monarchies d'Europe, même

l'Espagne, même l'Autriche, le possèdent; et, nous, République,

nous ne l'avons pas! ou plutôt,--ce qui est encore plus

révoltant,--il n'existe chez nous, en fait, que pour un parti. Et

quand on sait combien ce droit pourrait être bienfaisant; quand

on sait qu'il permettrait à la démocratie de s'organiser, de se

«hiérarchiser» librement, et, peut-être, de résoudre une par une

les questions sociales, on se sent pénétré de douleur et de colère

en songeant qu'une faction maîtresse des pouvoirs publics détient

pour elle et nous refuse ce droit primordial, et transforme ainsi en

instrument de tyrannie ce qui devrait être un agent de progrès et de

salut national.

Enfin, depuis quinze ans, nos oppresseurs n'ont fait que de la

politique, c'est-à-dire qu'ils se sont uniquement attachés à

conquérir le pouvoir pour les bénéfices qu'il procure. Ils ont

fait des lois _politiques_, c'est-à-dire des lois propres à leur

faciliter, puis à leur assurer cette conquête. Ils n'ont pas fait de

lois _sociales_, c'est-à-dire des lois qui profitent à tous et qui,

sans prétendre changer la nature des choses, essayent d'en atténuer

l'iniquité; ou, s'ils ont fait des lois sociales, c'étaient encore,

par un détour, des lois politiques et qui, dans leur pensée,

devaient profiter d'abord à leur parti.--Eh bien, dans cette

«République de tous» que nous rêvons, nous voudrions que le

Parlement ne fît plus de lois politiques (la Constitution elle-même,

révisée ou non, l'en dispensera une fois pour toutes), mais qu'il

s'occupât uniquement de législation économique et sociale; qu'il

ne fît plus de lois maçonniques, mais des lois françaises, des lois

populaires, des lois humaines.

* * * * *

Troisième point du programme: conjurer la ruine financière.--Nos

oppresseurs, depuis quinze ans, n'ont cessé de gaspiller l'argent du

pays, le plus souvent dans un intérêt électoral. Nous avons, avec

une dette de trente-cinq milliards qu'on n'amortit pas, un budget

de trois milliards et demi, et qui, chaque année, s'accroît de

cinquante millions. Cela est fou. Et ce qui nous attend, ce à quoi

nous marchons d'un pas régulier et sûr, c'est la banqueroute, ou,

si vous voulez, la conversion du 3 0/0, c'est-à-dire l'épargne

française ruinée au tiers ou à moitié. Et ainsi nos maîtres, ces

hommes sans bonne grâce, sans charité intellectuelle, ont été, en

outre, de détestables intendants de la fortune du peuple.

Tout le monde convient que cela ne saurait durer. Personne n'ose

proposer les remèdes. Au fait, quels seraient-ils? Monopole de

la rectification et de la vente des alcools assurés à l'Etat?

Simplification des rouages administratifs? Suppression des

sous-préfectures et des tribunaux d'arrondissement? Suppression, par

voie d'extinction, d'une moitié de notre dévorante bureaucratie?

Nouvelle répartition des impôts, à la fois plus équitable (par

suite moins durement sentie) et aussi productive? Quel problème!...

Peut-être cependant l'évidence grandissante du mal rendra-t-elle

possible demain ce qui semble aujourd'hui impraticable. En attendant,

il faudrait du moins que toute proposition d'accroissement des

dépenses non compensé par une diminution correspondante fût

considérée comme un crime public.

En résumé, amour de la patrie et respect de l'armée; une

République qui soit la chose de tous, et non plus le butin d'un

parti; enfin, une République économe de nos deniers: voilà le

programme bien modeste sur lequel je vous demande de vous accorder.

* * * * *

Les absurdités et les abominations d'un régime parlementaire

faussé, telles que nous les ont décrites MM. de Marcère et Benoist,

M. de Voguë et M. Emile Faguet (pour ne citer que ceux-là);

la question de savoir s'il est urgent ou opportun de réviser

la Constitution, et dans quelles conditions cela se pourra faire

utilement; les diverses réformes proposées: vote obligatoire pour

tous les électeurs; élargissement du collège électoral qui nomme

le Président de la République; diminution du nombre des députés;

réduction de leur droit d'initiative en matière financière, etc...,

je laisse aujourd'hui tout cela de côté; et savez-vous pourquoi?

La réforme des moeurs semble dépendre des institutions; mais, pour

corriger celles-ci, il faut avoir déjà modifié celles-là dans

quelque mesure. En somme, c'est la réforme des moeurs, des habitudes,

de l'esprit public, qui importe le plus, et c'est par elle qu'il faut

commencer.

Si la majorité des délégués du peuple étaient de très honnêtes

gens, et, de plus, s'ils étaient sincèrement d'accord avec nous sur

le programme ingénument national que j'indiquais tout à l'heure,

le fameux «jeu des institutions parlementaires» nous apparaîtrait

bientôt moins effrontément faussé; ce qui, en même temps,

limiterait la révision de la Constitution et la rendrait plus

aisée et moins périlleuse. Autrement dit, les moeurs nouvelles des

députés que nous enverrions à la Chambre influeraient déjà, d'une

façon très heureuse, sur les institutions elles-mêmes.

Il n'y a à cela qu'une difficulté. Pour faire surgir du milieu de

nous, en nombre suffisant, des représentants de volonté droite et

persévérante, pour avoir cette puissance de renouveler ainsi

la représentation nationale, il faut d'abord que nous devenions

nous-mêmes des hommes nouveaux; il faut que nous le devenions tous

(et nous sommes des millions); et c'est ce qui m'effraye, et je crains

d'être ici en pleine chimère.

Mais non, ce n'est pas rêver que de croire que la France voudra enfin

se ressaisir et se délivrer. Sans doute nos adversaires ont sur nous

ce grand avantage, de s'adresser aux mauvais sentiments de ceux qu'ils

enrôlent. Mais sommes-nous si faibles et si lâches que nous ne

puissions imiter du moins leur discipline, leur union, leur admirable

activité et même, un peu, leur organisation? Sommes-nous incapables,

quand notre intérêt le plus pressant nous y engage, de remplir

entièrement notre devoir de citoyens? Car il ne s'agit pas d'autre

chose. Le vrai secret des réformes publiques est, en dernière

analyse, dans la réforme morale des individus. Je vous convie à un

accroissement de dignité de vos personnes. Vous rassembler; former

des comités; échanger vos impressions sur les affaires du pays;

être assidus à ces réunions; chercher en toute cordialité des

occasions de rencontre et d'entretien avec des hommes d'une autre

condition sociale; donner à l'intérêt général un peu de votre

temps et de votre argent de poche; vous discipliner vous-mêmes;

obéir aux chefs que vous aurez librement choisis; sacrifier

quelquefois votre sentiment, sur des points secondaires (car, dans

cet essai d'entente et d'action commune, les vanités, les rivalités

personnelles seront le grand écueil); tenter, en somme, et commencer

sérieusement, contre une oligarchie malfaisante, l'oeuvre énorme de

l'organisation de la démocratie; faire tout cela, et y persévérer,

ce sera, pour vous, valoir mieux, et ce sera en même temps sauver le

pays et, par conséquent, vous sauver vous-mêmes...

Oui, je sais, il s'agit de faire ce que la plupart des Français,

indolents, routiniers, passifs, habitués à se décharger de tout sur

l'Etat--et à tout supporter de lui--n'ont jamais fait encore.

Mais les nations sont guérissables. En tout lieu, l'énergie, la

ténacité d'un homme peut transformer ceux qui l'entourent. Il y a

des paroles qui, d'abord, nous sont extérieures et qui, nous venant

du dehors, agissent sur nous faiblement ou brièvement; mais ces

paroles, à force de nous être répétées, font en nous leur

brèche, nous deviennent peu à peu intérieures, finissent par faire

partie intégrante de nos habituels mobiles d'action. Alors, nous

sommes véritablement _changés_. On sent aujourd'hui, dans ce pays,

une inquiétude morale qu'on n'y avait peut-être jamais vue depuis

un siècle. Non, nous ne sommes pas en décadence, car la décadence

s'ignore elle-même ou elle se résigne; et nous, nous connaissons

notre mal et nous ne nous y résignons pas. Dans ces innombrables

bonnes volontés, dont l'expression vient tous les jours jusqu'à

nous,--volontés jusque-là isolées et qu'il faut réunir,--nous

découvrons avec joie des signes évidents de résurrection et de

renouvellement national.

La patrie française · 第 6 / 6 题