_Philippe à Denise._
Mercredi 16 juillet.
Je réponds en hâte à votre lettre: calmez vos inquiétudes, amie aimée;
je vais très bien; mais j'ai eu une complication à ma blessure deux
jours après le duel. Je ne vous en avais rien dit afin de ne pas vous
tourmenter; vous pourrez donner ces détails au grand romancier, s'il
vous reparle de moi, pour qu'il me traite mieux: l'épée de Chevrignies
m'a traversé la peau de la face interne de l'avant-bras et m'y a fait
une plaie en séton de quelques centimètres; on m'a pansé, et, par
prudence, j'ai gardé le bras en écharpe deux jours; on me donnait des
bains locaux phéniqués; par horreur de cette odeur je n'aurais osé
sortir ni me présenter chez personne. Le second jour, des frissons m'ont
pris, tout le bras était douloureux et j'avais de la fièvre; Félizet a
trouvé de la rougeur, du gonflement à la partie blessée; il a fallu
débrider la plaie dans toute la profondeur, attouchement peu agréable.
C'est cette recrudescence de mal que je vous ai cachée et qui m'a forcé
de garder la chambre, le bras maintenu dans l'immobilité par une
gouttière.
Voilà, ma chérie, toute l'histoire; notre grand chirurgien d'ami pourra
vous la confirmer; voilà pourquoi je n'ai pas été vous baiser la main
avant votre départ, voilà pourquoi Danans a tort de m'appeler douillet.
Cela me gêne bien de vous écrire de la main gauche: patientez pour mes
réponses et écrivez-moi, vous, tout ce que vous faites et dites.
Baisers à Hélène, souvenirs aux Danans. Je suis triste. Soyez-moi
tendre.