_Denise à Philippe._
Lundi 5.
Votre frère m'a tout raconté, hors le pourquoi de ce duel et je n'ai pas
osé l'interroger... Ma seule inquiétude d'ailleurs c'était, c'est vous.
Vivre seul avec un domestique lorsqu'on est blessé, ce n'est pas vivre.
Je me morfonds à l'idée qu'il m'est interdit d'aller vous voir; j'enrage
contre les conventions mondaines qui n'empêchent pas la réalisation du
mal et interdisent la manifestation du bien. J'aurais tant de plaisir à
vous rendre des soins capables de vous distraire!
Laissez-vous toujours voir par François; il bourre ses yeux de souvenirs
qui nous intéressent, même nous amusent, Hélène et moi. Il dépeint
l'emmaillotement de la gouttière soutenant le bras... nous voilà émues.
Il saute de là pour dire: «Il y a sur la cheminée le portrait de notre
petite mademoiselle à côté d'un petit chien qu'on dirait en sucre verni
et peint.»--Mon Hélène, joyeuse, s'écrie: «C'est mon beau petit chien en
saxe que j'ai donné _à mon grand toutou de Phillip_, quand j'étais
petite(!) et il l'a encore? bon Phil! il ne l'a pas encore cassé _en
jouant avec_...» Et, devenant sérieuse et grave: «Vois-tu François, il
m'a promis de garder son portrait toute sa vie:»--François, ahuri, ne
comprend plus rien, les adjectifs de tite-Lène s'accordant, dans la
conversation, comme ils peuvent.
Adieu, cher malade; nous pensons à vous, trop.