15 juin.

Vous avez été un peu méchante aux courses pour votre ami; votre cher

dernier petit billet ne me faisait pas prévoir cette nouvelle

attitude... Vous m'avez très spirituellement blagué; les autres riaient;

j'aurais bien ri de bon coeur comme eux, si, au fond de tout cela, je

ne sentais vaguement que vous m'en voulez. Ne dites pas non, je le vois,

j'en suis sûr. Vous avez des manières de clore à demi les yeux en me

regardant, une façon de sourire, de vous taire, qui me font bien

souffrir.

Croyez-le, ma chérie, je sais parfaitement la bêtise que j'ai faite en

résistant à l'élan de votre coeur; mais croyez aussi que _je vous aime

trop pour rien regretter_. Hier, toute la soirée, vous avez écouté avec

une complaisance marquée les déclarations de ce grand viveur de

Chevrignies. Ne niez pas que c'en fussent: je l'ai senti dans vos yeux

qui me narguaient, dans votre sourire fixe de sphinx heureux de prendre

une revanche, d'imposer une petite vengeance, le tout dégusté goulûment.

Germaine elle-même s'en est aperçue et m'a jeté un: «Vous n'êtes donc

plus une lueur suffisante?»

Parbleu, il m'est surabondamment prouvé que vous êtes une femme exquise,

une désirable maîtresse; je m'étonne seulement de votre obstination à

ne pas comprendre le pourquoi infiniment supérieur qui m'a retenu.

Laissez-moi donc vous mettre en garde contre Chevrignies et consorts; il

vous a trop suivie aux expositions, aux Acacias, ailleurs. On commence à

murmurer un peu partout qu'il est amoureux de vous. C'est un affichant.

En ami sincère je vous crie: «Casse-cou.» Du reste, je pourrais aussi

vous le crier à propos de Bernard.

Amitié amoureuse · 第 405 / 469 题