Vous avez été un peu méchante aux courses pour votre ami; votre cher
dernier petit billet ne me faisait pas prévoir cette nouvelle
attitude... Vous m'avez très spirituellement blagué; les autres riaient;
j'aurais bien ri de bon coeur comme eux, si, au fond de tout cela, je
ne sentais vaguement que vous m'en voulez. Ne dites pas non, je le vois,
j'en suis sûr. Vous avez des manières de clore à demi les yeux en me
regardant, une façon de sourire, de vous taire, qui me font bien
souffrir.
Croyez-le, ma chérie, je sais parfaitement la bêtise que j'ai faite en
résistant à l'élan de votre coeur; mais croyez aussi que _je vous aime
trop pour rien regretter_. Hier, toute la soirée, vous avez écouté avec
une complaisance marquée les déclarations de ce grand viveur de
Chevrignies. Ne niez pas que c'en fussent: je l'ai senti dans vos yeux
qui me narguaient, dans votre sourire fixe de sphinx heureux de prendre
une revanche, d'imposer une petite vengeance, le tout dégusté goulûment.
Germaine elle-même s'en est aperçue et m'a jeté un: «Vous n'êtes donc
plus une lueur suffisante?»
Parbleu, il m'est surabondamment prouvé que vous êtes une femme exquise,
une désirable maîtresse; je m'étonne seulement de votre obstination à
ne pas comprendre le pourquoi infiniment supérieur qui m'a retenu.
Laissez-moi donc vous mettre en garde contre Chevrignies et consorts; il
vous a trop suivie aux expositions, aux Acacias, ailleurs. On commence à
murmurer un peu partout qu'il est amoureux de vous. C'est un affichant.
En ami sincère je vous crie: «Casse-cou.» Du reste, je pourrais aussi
vous le crier à propos de Bernard.