Je voudrais que des tendresses,--celles que j'ignore et que vous
aimeriez,--tombassent du bout de ma plume à chaque goutte d'encre qui
s'en échappe, pour vous remercier des tristes et délicieux huit jours
passés.--Pauvre Gérald, il vous aime aussi!--Je voudrais que les rêves
ne fussent pas des rêves. Je voudrais savoir vivre sans qu'un coeur
batte contre le mien...
Mais, sans vous figurer que tout ceci soit une chose qui doive vous
préoccuper, comment voulez-vous que j'arrive à la sagesse, étant donné
vous et moi?
Je me croyais guérie; hélas! la moindre joie venue de vous a un tel
retentissement en mon coeur... j'en ai des extases de pensée.
Si je pouvais vous communiquer ce que je sens, vous seriez heureux, mon
cher grand; car, en cela, vous m'êtes inférieur; vous êtes
l'usufruitier, moi le possesseur; vous goûtez le bonheur d'une amitié
comme la nôtre; seule, j'ai le secret de ce bonheur; il est en moi, je
l'engendre.
Or, ainsi que tous les créateurs, je puis prodiguer le bien dont la
source est en moi. Je vous l'offre; prenez-le, animez-vous de ma force
aimante, fût-ce pour d'autres; mais donnez à jamais à votre amie le
pouvoir de fournir votre âme de cette tendresse spéciale qui a demeuré
entre nous pendant ce court voyage.
Ce que je suis, ce que je serai après cela? heureuse à la façon d'un
poisson au milieu d'une prairie; mais trouvez-moi toujours très droite
et très bonne, c'est la seule ambition de votre Denise.