_Philippe à Denise._
1er mai.
Mon cher bonheur,
Vous êtes exquise et je vous aime. Je comprends ce scrupule et
l'approuve. J'ai bêtement organisé ce déjeuner, je ne sais pourquoi.
N'avez-vous pas éprouvé de ces choses? on entraîne les gens dans une
partie de plaisir quelconque; on déploie une éloquence vertigineuse à
combiner, à vaincre les obstacles, les hésitations de ceux-ci, de
ceux-là; puis, quand tout est bien résolu, convenu, le rendez-vous pris,
une réaction se fait; on s'appelle imbécile, on se reproche d'avoir mis
en branle cette troupe qui va vous accaparer, vous assommer pendant des
heures; les amis eux-mêmes sont au regret d'avoir promis; chacun nous
envoyons les autres au diable, in-petto... ce qui n'empêche la foule,
regardant passer les réunis malgré eux, sortes de forçats du plaisir, de
murmurer: «C'est la bande des Luzy et autres, des fêtards!»
Lâchez-moi donc, je l'ai bien mérité; mais puisque je ne vous fais pas
de scène, récompensez-moi en me recevant à dîner?
Sauf dépêche contre-ordre trouvée chez moi vers six heures et demie, au
moment où je rentrerai passer mon habit, je viendrai.
_Your loving friend._