_Denise à Philippe._
Aux Ravenelles, 18 mars.
Gérald n'est plus auprès de nous; il rentre vers Paris en visitant
Aigues-Mortes, Arles; il était parti quand est arrivée votre dépêche.
Mais quelles que soient vos inquiétudes, quelle que soit votre
souffrance, elle n'est rien auprès de la mienne...
O mon ami, passez-vous les nuits à pleurer votre rêve, à regretter la
splendeur de votre tendresse méconnue, et à vous dire: je ne saurais
plus être heureux?
Je suis toujours faible; mon sang, il me semble, n'alimente que mon
coeur et mon cerveau et s'est retiré de ma chair. Je ne peux manger:
j'avale avec une répulsion grandissante un peu de lait. Je deviens
diaphane, et ces trois lignes écrites pour vous rassurer, dans un grand
effort de volonté, m'ont une première fois épuisée jusqu'à
l'évanouissement.
Je m'arrête, n'en pouvant plus. Adieu, Philippe.