CLXXXVIII

_Denise à Philippe._

Aux Ravenelles, 18 mars.

Gérald n'est plus auprès de nous; il rentre vers Paris en visitant

Aigues-Mortes, Arles; il était parti quand est arrivée votre dépêche.

Mais quelles que soient vos inquiétudes, quelle que soit votre

souffrance, elle n'est rien auprès de la mienne...

O mon ami, passez-vous les nuits à pleurer votre rêve, à regretter la

splendeur de votre tendresse méconnue, et à vous dire: je ne saurais

plus être heureux?

Je suis toujours faible; mon sang, il me semble, n'alimente que mon

coeur et mon cerveau et s'est retiré de ma chair. Je ne peux manger:

j'avale avec une répulsion grandissante un peu de lait. Je deviens

diaphane, et ces trois lignes écrites pour vous rassurer, dans un grand

effort de volonté, m'ont une première fois épuisée jusqu'à

l'évanouissement.

Je m'arrête, n'en pouvant plus. Adieu, Philippe.

Amitié amoureuse · 第 370 / 469 题