Oh! ces lettres, ces lettres! froides, raisonneuses, prévoyantes de tout
le mal, de toute la honte, de tous les désenchantements de l'amour... Je
les hais... et je vous aime plus fort, plus cruellement que jamais.
Vous avez beau jeter du mépris sur ma tendresse qui s'offre, j'en suis
orgueilleuse ainsi qu'une martyre est orgueilleuse de sa foi.
Avez-vous donc vu des fleurs s'arrêter de s'épanouir et fermer leurs
corolles afin de retenir l'exhalaison parfumée de leur âme de fleurs?
Aussi involontairement je vous aime.
Ah! vous n'avez jamais aimé pour oser flétrir ainsi l'amour. Je ne sais
quoi m'emporte vers vous, malgré tout, si puissamment! Je n'ai même pas
la pudeur de ne plus vous dire: «Je vous aime!» et c'est en vous adorant
à genoux que je vous le murmure, mon bien-aimé.
Il y a dans ma tendresse des nuances divines; refusez-moi les folles
heures d'extase, mais prenez de mon âme son adoration et vivez
indifférent dans l'enveloppement de cet amour. Il n'y a pas dans ma
passion que cette violence qui me donne le vertige et me fait
frissonner, il y a toutes les tendresses fécondes et douces en savantes
trouvailles pour le bonheur de l'aimé.
Ah! aimez-moi! aimez-moi! ce cri je le jette, douloureux, vers vous qui
ne m'aimez pas. Philippe, mon bien-aimé, donnez-moi la vie d'amour... je
l'implore à vos pieds, défaillante.