Au lieu de me faire de la rhétorique et des phrases, dites donc tout
simplement que vous m'avez aimée quand je ne vous aimais pas, que je
vous aime quand vous ne m'aimez plus; là est la raison de vos raisons.
Vous avez peur aussi que je trouble la quiétude égoïste de votre vie; ma
passion vous effraie parce qu'elle est grande et que votre âme, vos
joies, vos désirs, sont mièvres et lilliputiens.
Je ne suis bonne qu'à distraire, mouvementer votre esprit en me
diversifiant. Voilà la mission que vous m'avez assignée, la part très
noble, en vérité, m'échéant dans votre existence; vous ne m'aimez qu'en
vue de ce rôle.
Oui, oui, l'amour est une fatale exception à vos lois mondaines
correctes et prudentes. Parlez-moi des caprices légers, à la bonne
heure! Vous vous créez habilement un calme petit bonheur individuel,
pris avec adresse aux dépens des autres... Vous me mangiez l'âme avec
délicatesse, à la cuiller; quand, toute blessée, je vous la tends et
vous dis: «achève!» vous vous reculez, effrayé de la voir tant
saignante, traversée de désirs, inassouvie. Elle tombe tout à coup au
beau milieu de votre tranquillité et vous êtes bien las de l'énergie qui
surabonde en elle.
Mais comprenez donc: j'aime!--Une émotion inconnue m'entraîne,
m'emporte; d'exaspérants désirs me foudroient: j'aime!... Et j'ai la
lâcheté--vous l'avez dit--d'implorer la relativité de votre amour,
pourvu qu'il soit: votre amour.