12 octobre.

Mon amie,

Je vous envoie les _Chants d'amour_ par retour du courrier; cette

brusque séparation me chagrine. Je comptais les emporter avec moi

après-demain à la campagne pour les y relire tout à loisir. Mais si vous

avez une combinaison avec l'éditeur, pas de temps à perdre. Cette

combinaison m'a l'air d'une bonne nouvelle: vous savez tout le plaisir

que cela me cause.

Il fait à Paris une chaleur d'automne orageuse, insupportable; je suis

enthousiasmé de pouvoir m'échapper. Malheureusement je pars sans que mes

affaires soient arrangées; rien de perdu, mais cela traîne et les

affaires, comme les femmes, ne gagnent pas à traîner. Tout cela

m'occupe, me préoccupe, et, avec la chaleur et les courses à bicyclette

que j'ai entreprises avec ardeur, m'empêche de me livrer autant que je

le voudrais au plaisir de la correspondance. Alors vous me reprochez

d'être négligent... Mais vous qui n'avez rien à faire, qui ne montez

pas à bicyclette, qui êtes à l'air frais, pourquoi n'écrivez-vous pas

plus souvent? Est-ce parce que je n'ai pas répondu? Ce serait bien

mesquin!

Dites-moi un peu ce qui se passe; Gérald est-il encore auprès de vous?

Comment est tite-Lène? et votre mère? Écrivez-moi à Luzy, par Vire,

Calvados; je pars demain.

Adieu. Vous ne pouvez vous figurer combien, tous, je vous aime.

Amitié amoureuse · 第 294 / 469 题