Mon amie,
Je vous envoie les _Chants d'amour_ par retour du courrier; cette
brusque séparation me chagrine. Je comptais les emporter avec moi
après-demain à la campagne pour les y relire tout à loisir. Mais si vous
avez une combinaison avec l'éditeur, pas de temps à perdre. Cette
combinaison m'a l'air d'une bonne nouvelle: vous savez tout le plaisir
que cela me cause.
Il fait à Paris une chaleur d'automne orageuse, insupportable; je suis
enthousiasmé de pouvoir m'échapper. Malheureusement je pars sans que mes
affaires soient arrangées; rien de perdu, mais cela traîne et les
affaires, comme les femmes, ne gagnent pas à traîner. Tout cela
m'occupe, me préoccupe, et, avec la chaleur et les courses à bicyclette
que j'ai entreprises avec ardeur, m'empêche de me livrer autant que je
le voudrais au plaisir de la correspondance. Alors vous me reprochez
d'être négligent... Mais vous qui n'avez rien à faire, qui ne montez
pas à bicyclette, qui êtes à l'air frais, pourquoi n'écrivez-vous pas
plus souvent? Est-ce parce que je n'ai pas répondu? Ce serait bien
mesquin!
Dites-moi un peu ce qui se passe; Gérald est-il encore auprès de vous?
Comment est tite-Lène? et votre mère? Écrivez-moi à Luzy, par Vire,
Calvados; je pars demain.
Adieu. Vous ne pouvez vous figurer combien, tous, je vous aime.