23 avril.

Vous êtes la meilleure et la plus indulgente des amies. Je suis bien peu

digne de vous. Mon état d'âme ne s'est pas amélioré; je suis dans le

néant. Je n'ai même plus le courage de vous écrire.

C'est un affreux malheur de sentir l'infini dans les aspirations de son

cerveau, sans jamais pouvoir trouver la force ni la forme pour

l'exprimer. Mon amie, faites-vous à cette pensée d'affectionner un raté.

Votre affection m'est si douce! J'ai dans l'âme le spleen de

Saint-Augustin et n'ai pas, comme lui, la ressource de m'en dévêtir en

découvrant les sublimes clartés du christianisme.

J'ai perdu l'amour de l'emportement qu'affectaient autrefois mes

pensers; il ne me reste de force que pour cultiver le charme secret de

mes aspirations infécondes, sans cesse renaissantes et expirantes en mon

maladif cerveau.

L'influente expansion de votre esprit me manque douloureusement, mais

je vous en prie n'attendez rien de moi en fait de résolution active. Je

garde mon éternel malaise, angoissé par le désir d'un impossible

quelconque. Bah! qu'importe? la vie ne vaut pas qu'on la vive.

Je tiens cependant à vous remercier et à vous dire que je vous aime

tendrement. Écrivez-moi; vos lettres me sont bonnes, et gardez pour vous

seule les détresses de votre ami.

Amitié amoureuse · 第 212 / 469 题